Cyclone Chido : La Réunion se transforme en base arrière logistique
- Par le capitaine Tristan Maysounave et le commandant Céline Morin
- Publié le 18 décembre 2024

Après le passage dévastateur du cyclone Chido sur l’île de Mayotte, le 14 décembre 2024, la gendarmerie de La Réunion, située à 1 435 km de là, s’est mise en ordre de bataille pour appuyer la manœuvre de soutien humain et logistique. Le général Frédéric Labrunye, Commandant la gendarmerie (COMGEND) de La Réunion et la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité du sud de l'océan Indien, explique comment s’est mis en place un véritable hub permettant d’acheminer fret et renforts vers Mayotte, via un pont aérien combinant moyens civils et militaires. Il revient également sur la formation rapide d'une compagnie de marche d’une centaine de gendarmes d’active et de réserve, soulignant la forte mobilisation et le volontarisme des personnels face à cette crise d’ampleur.
Mon général, comment La Réunion se mobilise-t-elle pour répondre à la crise d’ampleur que connaît l’île de Mayotte, notamment concernant l’organisation des liaisons et la projection des renforts ?
Général Frédéric Labrunye : La Réunion est aujourd'hui l'unique point d'accès à Mayotte. Elle s’est ainsi transformée en véritable hub et en base arrière pour l'opération de secours qui y est déployée, et ce, quelles que soient les forces : Sécurité civile, gendarmerie, santé, et tous les autres intervenants. C’est donc depuis La Réunion que vont partir les liaisons maritimes, là également que l’on va concentrer les liaisons aériennes, qui seront reconfigurées avant d’être envoyées à Mayotte.
Le pont aérien, piloté par la préfecture, agrège des avions civils et militaires. Les moyens de la compagnie locale Air Austral, qui assure habituellement la desserte commerciale de Mayotte, sont ainsi mobilisés pour effectuer les transferts de passagers, avec les renforts entrants et au retour, notamment, les évacuations sanitaires. Les avions militaires ont quant à eux vocation à réaliser le transport de fret. Les A400M, avec leur cargaison de 20 tonnes, vont pouvoir être particulièrement dédiés au transport du ravitaillement en nourriture et en eau, qui sera un défi prioritaire.
Il faut avoir à l’esprit que sur l’aéroport de Mayotte, la piste est la seule chose qui soit opérationnelle. La tour de contrôle étant endommagée, tous les avions doivent poser à vue. Mais nécessité fait loi. Ce sont des conditions de vol dégradées et hors normes que maîtrisent les pilotes de l'armée de l'Air tout comme ceux d’Air Austral, qui, en tant que compagnie aérienne de référence sur cet aéroport, peut opérer de jour sans contrôle aérien.
Comment avez-vous constitué vos compagnies de marche dans ce temps très restreint ?
À la demande du Directeur général de la Gendarmerie (DGGN), j'ai généré une compagnie de marche « flash », qui se compose de 55 Gendarmes départementaux (G.D.) d'active et 45 réservistes de la Réunion. Comme dans tous les outre-mer, nos effectifs G.D. sont très contraints. Qui plus est, la succession de crises nous a privés du renfort d'escadrons de gendarmerie mobile. Par conséquent, pour générer cette compagnie de marche, j’ai prioritairement puisé dans l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR), qui se trouve désormais « neutralisé » au vu de son petit dimensionnement, puisque la moitié de ses effectifs est actuellement en transit vers Mayotte, avec le commandant d’unité en qualité de chef de détachement.
Nous avons ensuite mis à contribution l'intégralité des unités du COMGEND : les brigades territoriales, les Pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG), la section de recherches, ainsi que les unités qui sont dans son orbite, c'est-à-dire le détachement OCLAESP, la Section aérienne gendarmerie (SAG), l'antenne GIGN…
Au sein de cette compagnie de marche, nous avons généré plusieurs modules : évidemment un module commandement ; un module SOLC (Section Opérationnelle de Lutte contre les Cybermenaces), pour venir en appui de la section homologue de Mayotte, en complément des renforts nationaux ; un module secours, avec un pilote de la SAG et trois secouristes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) ; un module de pilotes VBRG, avec des pilotes de l'antenne, mais également des G.D. issus de la mobile, qui étaient qualifiés et que l'on a rapidement remis à niveau pour qu’ils puissent s'occuper des VBRG à Mayotte ; et puis des OPJ (Officiers de Police Judiciaire) et des APJ (Agents de Police Judiciaire) de brigade ; et, enfin, les réservistes qui seront aussi du voyage. Ces 100 militaires d’active et de réserve seront engagés à Mayotte pour les deux prochaines semaines, et passeront au moins Noël et le Jour de l’An sur place.
Est-ce que cette crise a généré une forte mobilisation au sein du COMGEND de La Réunion ?
J'ai senti plus qu’une mobilisation. Dès vendredi, on savait que ça allait taper fort. Quand nous avons eu la confirmation, samedi, que la catastrophe était vraiment colossale, nous avons commencé à mettre sur pied les détachements. Ensuite, nous avons affiné notre manœuvre et attendu les consignes de la DGGN. Enfin, toute la journée de dimanche a été consacrée à la montée en puissance. Tout l'état-major a été rappelé ainsi que les commandants unité, afin de structurer l'état-major pour la mission. Une cellule dédiée au suivi de la crise à Mayotte a été mise en place pour préparer les missionnaires, établir les listes de déplacement, étudier les cas non conformes, contrôler les passeports, etc.
Lundi 16 décembre, en début d’après-midi, nous étions déjà capables de projeter 50 des 100 militaires pour lesquels je m'étais engagé auprès du DGGN dans la nuit de samedi à dimanche. Mardi matin, j'avais 100 noms de gendarmes d’active et de réservistes. Les gens se sont spontanément portés volontaires. J'ai eu plus de personnels d’active et de réserve qui m'ont demandé à partir à Mayotte que je n'avais de place dans l'avion.
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