GIGN : la polyvalence des chiens d’élite au profit de missions à haut risque (épisode 2/2)
- Par le commandant Céline Morin
- Publié le 27 juin 2025

Les maîtres de chiens du Groupe appui cynophile (GAC) du GIGN, tous opérationnels, cherchent sans cesse à faire évoluer leur discipline afin d’élargir leurs capacités et de répondre aux besoins de la mission. Ainsi, si leurs chiens restent avant tout spécialisés dans les missions d'assaut et de recherche d'explosifs, ils ont également développé d'autres spécialités, comme le guidage au laser, systématique en recherche d'explosifs, le « dirigement », une méthode de conduite à distance à la voix, au moyen d'un émetteur radio, ou encore le pistage tactique. Une pluridisciplinarité au service de l’efficacité opérationnelle.
Si la priorité missionnelle du GAC demeure « l’assaut » et « l’explo », les maîtres de chiens sont toujours en quête d’innovation pour répondre aux besoins opérationnels. « L’idée est de pouvoir apporter des outils supplémentaires lors des opérations. Nos chiens travaillent déjà l’olfaction sur les explosifs, alors les former au pistage n’est pas incompatible, ni incohérent. Nous avons étudié cette possibilité en effectuant du bench-working chez nos homologues et en travaillant avec Gramat. Aujourd’hui, nous avons formé plusieurs de nos chiens. L’objectif n’est pas qu’ils soient officiellement validés piste, mais qu’ils soient en mesure de faire un départ véhicule, un départ sur un objet au sol, ou autre, et de donner une direction de fuite, voire plus en fonction du niveau du chien et du terrain. L’avantage de généraliser cette capacité à tous nos chiens est de pouvoir faire travailler deux ou trois chiens en relais sur la même mission, comme une traque, explique Jérémie. Par ailleurs, le pistage est une discipline très exigeante, notamment en termes d'endurance. Cela permet donc d'augmenter les facultés olfactives du chien et sa résistance cardio, ce qui lui est bénéfique. »
Du guidage laser…
L'utilisation du laser pour guider le chien à distance est une technique employée depuis très longtemps par le GIGN.
Le laser permet au maître de se positionner en toute sécurité et d'envoyer le chien dans une direction spécifique, principalement pour réaliser rapidement une recherche d’explosifs, dans le cadre d’une levée de doute ou d’un contrôle rapide. Le chien peut ainsi vérifier un objet, une porte, un véhicule ou même une personne à distance.
Le laser peut également être utilisé dans certaines situations de mordant, pour envoyer le chien dans une zone définie, par exemple à travers une fenêtre ou dans un couloir, sans que l'opérateur n'ait à s'exposer.
Son utilisation est toutefois limitée par la ligne de visée, qui dépend de la configuration du terrain (angle de rue, obstacle, etc.). Le système de caméra sur le casque de l’animal est alors essentiel pour que le maître puisse voir ce que fait le chien, s'il marque quelque chose ou s'il est en danger, et pouvoir le rappeler immédiatement au sifflet à ultrasons.
… au « dirigement » !
Le « dirigement » est finalement l’émanation du guidage au pointeur laser. Si les premières expérimentations de cette technique au sein du GIGN remontent aux années 2010-2013, son développement, fruit d’échanges avec la Belgique notamment, est relativement récent. Elle est d’ailleurs encore peu utilisée en mission, contrairement à d'autres unités étrangères.
Équipé d’un casque muni d’une caméra et d’un récepteur radio fixé à son collier, le chien est dirigé à distance à la voix, au moyen de mots bien spécifiques, par son maître, qui suit sa progression via le retour caméra sur une tablette. À ce jour, seul Olto, le chien de Jérémie, est en mesure d'exécuter cette technique sur le terrain. « Le « dirigement » permet de travailler avec le chien à distance sans contact visuel direct avec le maître, par exemple pour des missions de reconnaissance et d’acquisition de renseignements en toute discrétion. C’est un peu comme avoir un "drone sur pattes" », sourit le militaire du GIGN.
Le « dirigement », qui reste tributaire de la portée de la radio et de la caméra, permet ainsi de donner au chien des ordres plus complexes que le laser et de manière séquencée : aller tout droit, s'arrêter, aller à droite ou à gauche, monter un escalier, s’arrêter devant une porte, effectuer une détection. Il peut également amener le chien à transporter et déposer des objets, comme un brouilleur ou un petit drone, ou inversement, récupérer un élément, comme un sac ou une arme.
Cette technicité ne peut s’adapter qu’à « un chien hyper-réceptif, capable d’assimiler un grand nombre d’informations complexes et de travailler en toute autonomie sans avoir le visuel de son maître, ce qui demande là encore de la confiance », précise Jérémie. La formation est donc assez longue et nécessite de nombreuses heures de travail supplémentaire.
« Il y a encore tellement de choses à faire avec le chien et comme nous sommes une équipe de passionnés ultra-motivés, on y va !, conclut Jérémie. En plus, le fait de travailler avec le vivant, avec les aléas que cela comporte en termes de sensibilité, est vraiment intéressant. Cela demande une remise en question permanente. On teste des choses pendant l'entraînement. Parfois ça marche et parfois non. Nous nous filmons beaucoup et nous travaillons ensuite en équipe pour corriger nos éventuels défauts et progresser. Le regard des autres est vraiment important et ensemble, on avance plus vite. »
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