Des équipes REXPEMO sécurisent le Tour de France
- Par le capitaine Tristan Maysounave
- Publié le 15 juillet 2025

Chaque année, le Tour de France attire plusieurs millions de spectateurs. À chacune des étapes, des équipes de la gendarmerie spécialisées dans la Recherche d'explosifs sur personnes en mouvement (REXPEMO) garantissent la sécurité des villages départ et arrivée.
Jeudi 10 juillet 2025, sixième étape du Tour de France. Le centre-ville de Bayeux est noir de monde. Alors que la foule se masse le long des barrières limitant la zone de course, plusieurs spectateurs ont escaladé le mobilier urbain afin de pouvoir apercevoir les coureurs sur la ligne de départ. Une folle clameur monte à la vue de Julian Alaphilippe. Alors que les fans scandent le prénom du champion, Puma, un malinois de cinq ans, reste imperturbable. Cheminant dans la foule, il flaire les spectateurs à la recherche d’une odeur caractéristique d’un produit utilisé dans la fabrication d’Engins explosifs improvisés (EEI). Accompagné de six militaires du Peloton d’intervention du 1er régiment d’infanterie de la Garde républicaine (PIGR), le maître de chien Arthur guette ses réactions. Après trente minutes de recherche, le binôme cynophile est relevé par l’adjudant Christophe et son chien Novak.
Une technicité incontournable lors des grandes manifestations
La technicité REXPEMO a été mise au point en réaction aux attentats du 13 novembre 2015 afin de mieux prendre en compte les différents modes d'action auxquels les terroristes peuvent recourir lors d'importants rassemblements de personnes. Elle vient compléter la formation « explo » traditionnelle, qui consiste à détecter la présence de matière explosive sur des objets. Plusieurs équipes ont ainsi été rapidement formées afin d’être opérationnelles dès l’Euro de football 2016. Aujourd’hui, elles sont une vingtaine à détenir cette spécialité en France. Elles sont notamment employées dans les zones aéroportuaires ainsi qu’à l’occasion de grands événements.
« L’année dernière, nous avons notamment été engagés lors des commémorations du 80e anniversaire du Débarquement de Normandie, puis lors du Tour de France, explique l’adjudant Christophe, affecté à la Brigade de gendarmerie des transports aériens (BGTA) de Lille-Lesquin. Nous avons ensuite enchaîné avec les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, avant de conclure l’année par la sécurisation de la visite du Pape François à Ajaccio. »
L’équipe cynophile REXPEMO n’est jamais employée seule. Elle est renforcée par des gendarmes d’unité intervention chargés d’appréhender l’individu susceptible de transporter de la matière explosive. En fonction du type d’événement et de la densité du public, les chiens peuvent être engagés dans le cadre de dispositifs statiques ou dynamiques.
« Le dispositif statique consiste à se positionner à un point précis, par exemple à l’entrée du village départ du Tour de France, explique le gendarme Arthur. S’agissant d’un point de passage obligé, ce procédé nous permet de filtrer un plus grand nombre de personnes. L’avantage du dispositif dynamique est qu’il nous confère un effet de surprise, car nous effectuons des recherches de manière aléatoire. »
« En cas de marquage positif du chien, notre mission consiste à isoler la personne, à créer une bulle de sécurité et à faire intervenir les démineurs de la Sécurité civile pour effectuer la levée de doute, le cas échéant », explique le maréchal des logis-chef Ronan, chef du dispositif, affecté au PIGR.
Après le départ des coureurs, les rues de Bayeux se vident progressivement. Aucun incident n’est à déplorer, et les équipes cynophiles ainsi que les gendarmes du PIGR peuvent ainsi rejoindre la prochaine ville étape afin d’être de nouveau opérationnels le lendemain matin. À Vire-Normandie, ville d’arrivée de la sixième étape, les missions REXPEMO sont assurées par deux autres équipes cynophiles renforcées par le Peloton d’intervention du 2e régiment d’infanterie de la Garde républicaine (PIGR).
Une formation exigeante basée sur le jeu
À partir de 2016, des équipes ont été formées à la technicité REXPEMO, qu’elles soient ou non déjà titulaires de la spécialité « explo » traditionnelle.
« Je suis devenu maître de chien en 2021, explique le gendarme Arthur. Ce qui m’intéressait, c’était le travail quotidien avec l’animal et la possibilité d’être engagé sur des événements majeurs. Puma a d’abord été formé en « explo tradi », avant de suivre la formation complémentaire REXPEMO en 2022. »
La formation REXPEMO se déroule au Centre national d'instruction cynophile de la Gendarmerie (CNICG) de Gramat, dans le Lot, pendant quatorze semaines. Les chiens retenus pour cette formation doivent être particulièrement sociables et robustes. Ils ne doivent pas être effrayés par la foule et doivent être capables d’endurer des conditions parfois difficiles (météo, durée de la mission, espaces exigus et bruyants, etc.).
« La formation REXPEMO est comparable à la formation « explo tradi », mais appliquée sur des personnes, détaille Arthur. L’objectif est de faire assimiler au chien que l’odeur d’explosif est celle d’un jouet et que le marquage positif lui permet d’obtenir une récompense s’il s’avère que la personne est effectivement porteuse de matière explosive. La formation se fait de manière progressive. Le chien travaille d’abord sur des personnes statiques, puis le mouvement est introduit dans un second temps. On fait alors tourner plusieurs personnes autour du chien et il doit identifier celle qui est chargée (porteuse de matière explosive, NDLR). Le marquage du chien se traduit par son comportement et par la tension ressentie dans la laisse. Tous les chiens « explo tradi » ne sont pas aptes à la formation REXPEMO. Certains ne parviennent pas à comprendre qu'il peut y avoir de l'explosif sur une personne. »
Outre la formation, les maîtres de chiens utilisent également des astuces pour préparer l’animal à la mission. « Mon chien est formé à la fois en « explo tradi » et en REXPEMO, précise Arthur. Lorsqu’il est employé dans la seconde technicité, je lui passe un harnais spécifique qu’il assimile à cette mission. Je l’encourage également en lui répétant le mot « personne » pour l’inciter à flairer les gens et non les objets. » Ce conditionnement n’empêche toutefois pas Puma de pouvoir faire preuve d’une désobéissance positive s’il venait à croiser un objet chargé en matière explosive.
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