Une exposition en hommage aux gendarmes résistants de l’Ain

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 01 décembre 2024
Des gendarmes interrogent un prisonnier allemand.

Des gendarmes interrogent un prisonnier allemand.

© Collection personnelle de Michelle Ravier

Jusqu’en octobre 2025, une exposition met en lumière les militaires de la compagnie de gendarmerie de l’Ain qui ont fait « le choix de l’impossible » : celui de l’honneur plutôt que celui de la honte.

En 2021, Martial Zanetta, conducteur de bus de métier, juge au Conseil de prud’hommes de Bourg-en-Bresse, et président de l’association Mémoires de l’Ain, est abordé par le colonel Yannick Bellemin-Laponnaz, alors commandant du Groupement de gendarmerie départementale (GGD). « Il connaissait ma passion pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, l’une de mes deux échappatoires, avec le tir sportif, quand je ressens le besoin de sortir de mes dossiers et de me refaire une santé mentale ! Il m’a demandé si j’accepterais de devenir responsable de la Commission histoire du GGD. Je n’ai pas hésité longtemps avant de dire oui ! »

Engagé comme réserviste citoyen, Martial commence ses recherches, se plonge dans les archives départementales, échange avec de nombreux militaires, reçoit le soutien de Florence Gherardi, la directrice départementale de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (OnaCVG). « Je ne connaissais pas la gendarmerie et je ne suis pas historien, précise-t-il, mais c’était un travail passionnant. »

103 gendarmes résistants

De juin 1940 à septembre 1944, quand certains gendarmes faisaient le choix de l’obéissance aux ordres, d’autres s’engageaient aux côtés des résistants, de manière active, en tendant des embuscades, en réceptionnant des parachutages, ou passive, en faisant preuve d’une certaine mollesse dans l’application des consignes. « Quand il fallait réquisitionner ceux qui étaient soumis au Service du travail obligatoire (STO), de nombreux gendarmes, bizarrement, ne trouvaient jamais personne, sourit Martial Zanetta. L’idée était donc de dépoussiérer les noms de ces hommes. On connaît assez bien l’histoire de la brigade de Nantua, au pied des maquis de l’Ain, que les Allemands avaient baptisée « la brigade de terroristes », et dont les militaires ont payé un lourd tribut, puisque six d’entre eux sont morts en déportation. Mais il y en avait beaucoup d’autres. »

Il en a recensé pas moins de 103, sur les 457 gendarmes de la compagnie de l’Ain, soit plus d’un cinquième des effectifs des brigades. Un engagement résistant méconnu, peu traité, qui méritait un coup de projecteur. Après une première conférence sur le sujet lors du festival Rétro Folies, en 2022, le nouveau commandant du GGD, le général Rudy Gaspard, lui soumet une idée autour d’un café : monter une exposition pour mettre en valeur ce travail.

« Et nous nous sommes lancés dans l’aventure, poursuit Martial. Un vrai travail d’équipe, avec deux commissaires à mes côtés : Florence Gherardi et Patrick Subreville, membre de la Société d'émulation de l'Ain et du Souvenir Français. Il y avait tant à dire. Ne pas occulter le passé sombre de la gendarmerie pendant cette période, la soumission aux forces d’occupation, pour mieux mettre en lumière ceux qui ont fait un autre choix, celui de l’honneur plutôt que celui de la honte. »

Ce sont les gendarmes de la brigade de Nantua donc, mais aussi de celles de Brénod, décorée de la Croix de guerre, et de Saint-Rambert-en-Bugey. C’est le gendarme Marcel Appriou, alias « Lieutenant Roland », torturé - sans jamais parler - avant d’être exécuté par les Allemands, le 12 juillet 1944. C’est l’aspirant Jean-Marie Guy, lui aussi torturé et abattu par la Gestapo de Chambéry, en juin 1944, et qui a donné son nom, en 2023, à une promotion d’Élèves officiers de réserve (EOR). Ce sont aussi les femmes de ces gendarmes, héroïnes de l’ombre. « Des petites histoires qui en font une grande », résume Martial Zanetta.

Exposition « Les gendarmes résistants dans l’Ain, le choix de l’impossible »

  • Château des Allymes, à Ambérieu-en-Bugey, jusqu’au 11 mai 2025.
  • Portes ouvertes de la compagnie de gendarmerie départementale de Trévoux, du 17 mai au 18 mai 2025.
  • Hôtel de Ville d’Oyonnax, le 27 mai 2025.
  • Salle des Augustins, à Montluel, du 3 juin au 7 juin 2025.
  • Fort l’Écluse, à Léaz, du 15 juin 2025 au 14 septembre 2025.
  • Préfecture de l’Ain, dans le cadre des Journées du Patrimoine, les 20 et 21 septembre 2025.
  • Musée militaire de Lyon – Cercle Bellecour, en octobre 2025.

 


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