Le général (2S) Jean-Pierre Bedou, témoin et acteur des changements de la police judiciaire en gendarmerie

  • Par monsieur Léopold Dubois
  • Publié le 21 juin 2025
A gauche un livre en bleu et blanc titré "enquêtes judiciaires en gendarmerie; à droite le portrait d'un général de gendarmerie portant des lunettes
© D.R.

La longue carrière du général (2S) Jean-Pierre Bedou au sein de la gendarmerie lui a permis de constater l’évolution de la doctrine de police judiciaire au sein de l’Institution. Il raconte ces changements dans son livre « Enquêtes judiciaires en gendarmerie, une constante émulation au fil des siècles avec la Police ».

Si vous aimez les séries d’enquêtes ou celles mettant en scène la police scientifique, il faut en partie remercier le général (2S) Jean-Pierre Bedou. Ce dernier a en effet a participé à l’évolution de la Police judiciaire (P.J.) en gendarmerie telle qu’on la voit aujourd’hui dans les séries et les films. Tout au long de sa carrière, il a été témoin, puis acteur, des changements techniques dans la manière de mener une investigation.

« J’ai été l’un des premiers officiers de S.R. »

Après Saint-Cyr Coëtquidan, Jean-Pierre Bedou est passé par l’École d’application du Train (EAT) de l’armée de Terre, avant de rejoindre, en 1967, l’École des officiers de la Gendarmerie nationale (désormais Académie militaire de la Gendarmerie nationale, AMGN). À sa sortie d’école, il s’oriente vers la « jaune » : « J’ai fait un peu de gendarmerie mobile, comme c’était obligatoire à l’époque », mentionne le général Bedou. Il a ensuite pris le poste de commandant de compagnie à Pontivy, en Bretagne, avant de commander la Section de recherches (S.R.) de Rennes de 1978 à 1984. Créée seulement en 1975, il en était le second commandant. « J’ai été l’un des premiers officiers de S.R. », témoigne-t-il. Son rôle a notamment été « d’asseoir l'implantation de la S.R. de Rennes et de mener à bien les enquêtes relatives à la moyenne et à la grande délinquance commises sur le territoire de compétence de la Gendarmerie ! Au départ, les S.R. étaient en phase d’expérimentation, puis elles ont heureusement été définitivement validées par la direction générale. » 
Après avoir commandé le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Territoire de Belfort pendant quelques années, Jean-Pierre Bedou a pris la direction, en 1987, du tout nouveau Centre de perfectionnement de la police judiciaire (CPPJ, devenu depuis Centre national de formation à la police judiciaire ou CNFPJ). Fort de son expérience en Police judiciaire (P.J.), l’officier a ensuite été affecté comme chef de la mission de liaison à la direction centrale de la P.J., au ministère de l’Intérieur, avant de prendre le commandement de l’ancienne Région de gendarmerie Limousin, puis le poste de général adjoint à la Région de gendarmerie Île-de-France. En deuxième section depuis 2000, il profite désormais de son temps libre pour écrire de nombreux livres.

Les enjeux de la formation

Un novateur dans les techniques de P.J.

Le général Bedou a dernièrement publié « Enquêtes judiciaires en gendarmerie », un livre qui retrace les avancées de l’institution dans le domaine de la police judiciaire : « C’est pour ça que j’ai écrit ce livre, parce qu’il y a eu un certain nombre de pionniers qui ont fait évoluer la police judiciaire. J’ai moi-même été l’un d’eux. » Parmi ces pionniers qu’il a côtoyés, se trouve le général de corps d'armée (2S) Serge Caillet, avec qui il a travaillé sur les techniques de recueil d’indices, et qui a préfacé son livre. « Au CPPJ, nous avons créé des mallettes de police judiciaire qui n’existaient pas, se souvient-il. Nous avons mis en place trois mallettes : une pour les constatations, une deuxième pour les micro-prélèvements et la troisième pour les traces latentes. » Il a également contribué à uniformiser l'apparence des techniciens de la police scientifique et judiciaire en préconisant le port d'une combinaison spécifique - la tenue blanche - afin d'éviter toute contamination des scènes de crime. Il se remémore aussi que le CPPJ a été reonnu pour sa capacité « à faire progresser les enquêtes judiciaires. Par exemple, il était demandé aux stagiaires d’enregistrer les auditions avec un magnétophone, voire de les filmer. C'était une idée novatrice ».

La police judiciaire d’hier et d’aujourd’hui

Témoin de l’évolution de la police judiciaire à travers ses lectures et son parcours dans cette filière, il l’a étudié depuis ses débuts : « La police judiciaire en gendarmerie est très ancienne. Son origine remonte à l’édit du 25 janvier 1536 qui a permis à la Maréchaussée de s’occuper des affaires judiciaires. Ce n'est qu'en 1667 qu'une lieutenance civile est créée à Paris pour s’occuper de la sécurité urbaine. Cela marquera le début de la dualité des forces de police. »
Si la gendarmerie a longtemps été une force de police judiciaire adaptée au monde rural, pour ne s'occuper que de la petite délinquance, le général Bedou estime que c'est à partir des années 1970, et surtout de 1975, avec la création des S.R. et leur implication dans les enquêtes de haut niveau, qu’elle s’est progressivement imposée comme un acteur reconnu et légitime dans le domaine de la police judiciaire.
Depuis, la gendarmerie a développé un pôle de compétences et de savoir autour du judiciaire. « Elle est devenue très compétente », insiste le général Bedou. « L’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) jouit d'une renommée internationale. Le CPPJ, devenu le CNFPJ, a considérablement élargi son offre de formation. Les enquêteurs ont été de mieux en mieux formés. La gendarmerie a véritablement réussi dans le domaine de la lutte contre la criminalité moderne. On observe maintenant une dominante de carrière dans la police judiciaire pour les officiers, ce qui témoigne du professionnalisme croissant au sein de l’institution », se réjouit-il.
Son livre « Enquêtes judiciaires en gendarmerie, une constante émulation au fil des siècles avec la Police » s’adresse à tout le monde, mais aussi et surtout aux enquêteurs de gendarmerie. « J’ai été invité en tant qu’ancien patron aux 50 ans de la S.R. de Rennes. J’ai beaucoup discuté avec les gendarmes de l’unité et ils ont été surpris de voir qu’avec peu de moyens, on avait réussi à faire en sorte que la gendarmerie puisse investir le domaine du judiciaire de haut niveau. Ils ignoraient que, parfois, pendant les planques, on s’habillait en civil, malgré les ordres. Ils devraient être intéressés de savoir comment leurs prédécesseurs ont travaillé pour en arriver là où ils en sont actuellement. »

Enquêtes judiciaires en gendarmerie, aux Éditions Complicités


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