Savoie : les gendarmes démantèlent un trafic de protoxyde d’azote aux Arcs

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 27 janvier 2026
© CGD Albertville

À partir d’un renseignement douanier, les gendarmes de Bourg-Saint-Maurice et des Arcs, en Savoie, ont démantelé un trafic de protoxyde d’azote impliquant des ressortissants maltais au sein de la station de ski d’Arc 1800. Au total, 6 325 bouteilles ont été saisies, pour une valeur marchande estimée à 340 000 euros, ainsi que du numéraire.

L’usage détourné du protoxyde d’azote (N₂O), communément appelé « proto », à des fins récréatives n’est pas nouveau, notamment dans le milieu festif. Dès 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui surveille ces usages détournés depuis 2013 au moyen d’un dispositif d’addictovigilance, avaient mis en évidence une forte augmentation des intoxications en lien avec la consommation de ce produit, principalement utilisé dans le domaine médical.

Cette tendance haussière se poursuit depuis 2020 de manière continue chez les adolescents et les jeunes adultes, parfois en dehors de tout contexte festif, et ce malgré l’interdiction de vente aux mineurs instaurée en 2021, souligne la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).

Bien que le protoxyde d’azote ne soit pas classé comme stupéfiant en France et que sa consommation ne constitue pas en soi une infraction pénale, la loi n° 2021-625 du 1er juin 2021 encadre strictement sa commercialisation afin de prévenir les usages dangereux, en particulier chez les mineurs, au regard de leurs conséquences sur la santé publique, mais également en termes de sécurité publique générale (conduites sous l’emprise, violences, troubles à l’ordre public). Le texte punit ainsi d’une amende de 3 750 euros le fait de vendre ou d’offrir du protoxyde d’azote à un mineur, ainsi que la vente ou la distribution de tout produit destiné à en faciliter l’extraction. Le fait d’inciter un mineur à un usage détourné de protoxyde d’azote est quant à lui passible d’une amende pouvant atteindre 15 000 euros.

Pour autant, l’engouement autour de ce produit a rapidement trouvé un écho au sein de réseaux criminels, qui se sont emparés de cette nouvelle source de profits en procédant à sa revente selon des modalités analogues à celles observées pour les produits stupéfiants. Un commerce juteux et moins risqué, puisqu’en l’absence de délit spécifique réprimant le trafic de protoxyde d’azote dans le Code de la santé publique ou le Code pénal, les faits de revente organisée ne relèvent pas du régime applicable aux stupéfiants, même s’ils peuvent donner lieu, selon les circonstances, à d’autres qualifications pénales ou douanières.

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6 325 bouteilles saisies en Savoie

Tandis que les coups de filet se multiplient sur le territoire, une importante saisie vient d’avoir lieu en Savoie.

Le 19 janvier 2026, la Brigade territoriale autonome (BTA) de Bourg-Saint-Maurice est informée par les services douaniers de Chambéry de la présence de treize palettes de protoxyde d’azote dans des box loués auprès d’une société située dans une zone artisanale de Bourg-Saint-Maurice. Une enquête préliminaire, confiée à la brigade éponyme avec l’appui de la Brigade de recherches d’Albertville, est alors ouverte sous l’autorité du parquet local.

Les premières investigations permettent de matérialiser le déchargement suspect d’un poids lourd aux abords de la société, ainsi que l’implication de trois véhicules de location. Les gendarmes parviennent ensuite à identifier les trajets effectués par ces véhicules et à les localiser dans la station de ski d’Arc 1800, laissant présager l’existence d’un trafic entre la vallée, utilisée comme lieu de stockage, et la station, où s’effectue la vente du produit.

Concomitamment, à l’occasion d’une intervention pour tapage au sein de la station de ski, les gendarmes de la brigade avancée des Arcs, ouverte depuis le 19 décembre 2025 dans le cadre du Dispositif hivernal de protection des populations (DHPP), sont informés de la présence de bouteilles de protoxyde d’azote et d’individus consommateurs.

Les informations recueillies, portées à la connaissance des gendarmes de la BTA de Bourg-Saint-Maurice, leur permettent d’établir un lien avec le stockage de protoxyde d’azote constaté sur leur commune.

Le 21 janvier 2026, dans l’après-midi, les militaires procèdent à l’interpellation et au placement en garde à vue des trois individus impliqués. Les perquisitions réalisées dans les véhicules, l’appartement des mis en cause ainsi que dans les box conduisent à la découverte de bouteilles de protoxyde d’azote parfaitement identiques à celles consommées aux Arcs.

Au total, 6 325 bouteilles sont saisies pour une valeur marchande estimée à 340 000 euros, ainsi que du numéraire, comprenant 5 000 euros et plus de 1 000 livres sterling.

Les trois mis en cause ont comparu le lundi 26 janvier 2026 devant le tribunal correctionnel d’Albertville dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate. Ayant sollicité un délai pour préparer leur défense, l’affaire a été renvoyée à l’audience du 23 février prochain. Les prévenus ont été maintenus en détention provisoire jusqu’à cette date.

Une consommation loin d’être anodine

Si le protoxyde d’azote est recherché pour ses effets euphorisants, la MILDECA rappelle que sa consommation peut entraîner des conséquences graves : asphyxie par manque d’oxygène, perte de connaissance, brûlures liées au froid du gaz expulsé, désorientation, vertiges, chutes ou encore accidents en cas de conduite. Une dépendance peut également s’installer. En cas de consommation répétée, les complications peuvent être sévères, parfois irréversibles : dépendance, atteintes neurologiques et neuromusculaires — se traduisant par des douleurs, des pertes de sensibilité et de force au niveau des membres, des troubles de la marche ou une incontinence —, troubles psychiatriques, atteintes cardiaques et troubles de la fertilité. Les risques sont majorés lorsque le gaz est associé à d’autres substances psychoactives, en particulier l’alcool, les poppers, le cannabis ou des psychostimulants. Le 16 mars 2023, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé cette substance comme toxique pour la reproduction de catégorie 1B.


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