Opération « Matai Rorofai » en Polynésie française pour lutter contre le trafic de stupéfiants

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 20 juin 2025
Photo prise d'une hélicoptère, d'un champs de pied de canabis. Sur la gauche de la photo, prise de jour, on aperçoit le pied d'une personne.
© COMGENDPF

Une vaste opération à dominante de sécurité publique ciblant les infractions à la législation sur les stupéfiants a été menée du 2 au 15 juin par le Commandement de la Gendarmerie pour la Polynésie française (COMGENDPF). Une manœuvre baptisée « Matai Rorofai ».

Pour lutter contre les différents phénomènes de criminalité qui impacte le territoire de la Polynésie française, le COMGENDPF a mis en place du 2 au 15 juin 2025, une vaste opération anti-délinquance.

Menée sous l'autorité conjointe du Haut-Commissaire de la République en Polynésie française et de la procureure de la République près le tribunal de première instance de Papeete, cette opération baptisée « Matai Rorofai » s’inscrit dans le cadre du plan zéro délinquance adopté par le ministre de l’Intérieur. Son objectif : cibler l’ensemble des acteurs du trafic, des producteurs aux revendeurs en passant par les consommateurs.

L’ensemble des services de gendarmerie mobilisés

Outre les effectifs des compagnies de gendarmerie départementale des Îles du Vent et des Archipels, cette opération a également mobilisé de nombreux moyens spécialisés d’enquête en matière de criminalité organisée, de lutte contre les trafics, de fraudes, de lutte contre l’économie souterraine et de cybercriminalité. Parmi eux, se trouvaient les enquêteurs de la Section de recherches (S.R.), de l’antenne de l’OFAST ( Office anti-stupéfiants), du GIR (groupe interministériel de recherche) et les experts en nouvelles technologies (N’TECH).

Pour appuyer l’ensemble de ces forces, des opérateurs du GIGN (spécialisé notamment en observation-surveillance et d’intervention), des moyens spéciaux de l’escadron de gendarmerie mobile déplacé de Périgueux, la Cellule d’identification criminelle (CIC) du COMGEND, la Brigade nautique, la Brigade des transports aériens (BTA), le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PISG) ainsi que des opérateurs drones et des équipes cynophiles ont également été mobilisés.

En tout, chaque jour, ce sont près de 100 gendarmes qui ont procédé à des contrôles et conduit des investigations portant sur les cinq axes du plan anti-stupéfiants du COMGEND : les contrôles des flux routiers, l’occupation quasi constante sur les points de deal, la destruction des plantations, le démantèlement des réseaux et les cyber investigations.

Contrôles des flux routiers

Au cours de ces deux semaines, le contrôle des flux routiers a conduit au contrôle de près de 2065 véhicules et à la réalisation de 621 dépistages de stupéfiants. Au total, 111 délits ont ainsi été relevés. Afin de garantir des conditions de déplacement sûres pour l’ensemble des usagers, une attention a également été portée à la sécurité des transports en commun. Les gendarmes ont également mené des opérations de contrôle sur l’ensemble du territoire dans une logique de prévention et de lutte contre les comportements à risque.

Au cours des contrôles, parmi les cinq bus inspectés, un conducteur a été testé positif aux stupéfiants. Ces résultats soulignent l’importance de ces opérations pour assurer la sécurité des passagers. Ces contrôles ciblés des flux routiers démontrent une fois encore la réalité d’un phénomène qui, par les effets qu’il génère sur l’attention du conducteur, peut avoir des conséquences dramatiques sur la route.

Photo d'une saisie de plusieurs grammes de canabis et de matériel servant à la consommation de celui ci. Tout cela est posé sur une table en bois
© COMGENDPF

Occupation des points de deal

En parallèle, la gendarmerie a également renforcé sa présence sur les points de deal identifiés dans sa zone de compétence, menant des actions ciblées pour lutter contre les trafics. Cette mobilisation a permis le contrôle de 1096 personnes, la constatation de 100 infractions et l’interpellation de 50 individus. Lors de l’opération, une attention particulière a été portée à la sécurisation des abords des établissements scolaires, dans le cadre de l’opération « Bouclier scolaire». Ce dispositif vise à protéger les jeunes contre les phénomènes de deal et de consommation de drogues.

Ces opérations traduisent une volonté claire : reprendre le terrain face aux réseaux de trafic et assurer une présence visible et dissuasive dans les secteurs sensibles. Elles participent à l’amélioration du cadre de vie des habitants, en réduisant l’emprise des trafiquants sur l’espace public et en protégeant notamment les plus jeunes des dangers liés à la consommation ou à la vente de stupéfiants.

Cette manœuvre a été renforcée par une intensification des actions de prévention menées par la Maison de protection des familles (MPF). Au cours de la période, cette unité spécialisée est intervenue à huit reprises dans plusieurs collèges de Tahiti. Ces interventions ont permis de sensibiliser les jeunes aux risques liés à la consommation de substances psychoactives et de promouvoir des comportements responsables. La gendarmerie a également élargi son action à la maison d’arrêt de Faa’a-Nuutania.

En coordination avec la direction d’établissement, une opération de fouilles sectorielles a été menée au cours de la semaine dans 11 cellules. Cette intervention a permis de découvrir dans 7 d’entre elles des objets et stupéfiants détenus illégalement ainsi que de nombreux matériels connexes (téléphones portables, accessoires dissimulés, etc). Ces découvertes confirment l’existence de réseaux structurés opérant au sein même des établissements pénitentiaires, et soulignent l’importance de maintenir une vigilance constante pour prévenir toute forme de trafic ou de compromission de la sécurité intérieure des prisons.

Destruction des plantations de « paka »

Toujours dans ce cadre là, la gendarmerie a poursuivi ses opérations de recherche et de destruction de plantations de cannabis sur l’ensemble du territoire polynésien. Depuis le début de l’année, ces actions se multiplient pour éradiquer la production locale. Au cours des deux dernières semaines, les unités de Tahiti et des archipels ont conduit 71 opérations, au cours desquelles 52 personnes ont été mises en cause. Ces interventions ont permis la saisie de 590 grammes de cannabis et la saisie de 2268 plants.

Par ailleurs, plusieurs enquêtes judiciaires menées en parallèle par l’OFAST, la S.R. de Papeete, la Brigade des recherches, le Groupe d’intervention régional (GIR) et les unités territoriales ont abouti à des saisies significatives d’avoirs criminels, pour un montant total de 2 776 926 XPF (soit près de 23 415 euros) ainsi que la saisie de 16 grammes d’ICE (dérivé de méthamphétamines) et 1036 grammes d’herbe de cannabis.

Ces confiscations, qu’il s’agisse d’argent liquide, de biens immobiliers ou de véhicules, constituent un levier essentiel dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. En réduisant les profits issus d’activités illicites, elles dissuadent les individus de s’engager dans ces réseaux et contribuent à affaiblir durablement leur capacité d’action. La privation des gains criminels permet également de perturber le fonctionnement logistique et financier des trafiquants.

À cela s’ajoute l’interpellation menée par la brigade de Faa’a, visant un individu sous le coup d’un mandat d’arrêt. Ce dernier a été condamné à 13 mois de prison, dont 8 mois ferme, pour trafic de stupéfiants. Placé en garde à vue au sein de la brigade, il a été présenté devant le parquet de Papeete le vendredi 13 juin dernier.

Le cyber au cœur des contrôles

Enfin, une offensive numérique a été menée pour lutter contre la vente de stupéfiants en ligne, un phénomène en pleine expansion. Sous l’égide du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) et sous l’autorité du Parquet de Papeete, dix enquêteurs spécialisés ont conduit une opération visant les plateformes de revente illégale. Celle-ci a permis la mise en cause de 9 auteurs. Les perquisitions positives ont abouti à la saisie de pieds de cannabis et de matériel servant à la revente.

Bilan conséquent : opération nécessaire

Au total, l’opération «Matai Rorofai» conduite par la gendarmerie s’est traduite par plus de 200 opérations en deux semaines. Le bilan total, conséquent, illustre parfaitement la nécessité de ce type d’opération mené à grande échelle. Il s’établit donc par la destruction de 2 830 pieds de cannabis (soit environ 112 kg de produit stupéfiant consommable), la saisie de 17 grammes d’ice, de 2 475 grammes d’herbe de cannabis et de 2 776 926 XPF (23 415 euros) au titre des avoirs criminels, dont 2 119 311 XPF (17 870 euros) en numéraire.

Sur le plan judiciaire, 209 personnes ont été mises en cause pour des infractions à la législation sur les stupéfiants et 34 placées en garde à vue, portant par là même un coup significatif aux réseaux de trafic de stupéfiants en Polynésie française.

 


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