Les gendarmes ont mis fin à la cavale de Mickaël Ettori
- Par Antoine Faure
- Publié le 18 décembre 2025
Mickaël Ettori, 52 ans, a été interpellé sans résistance en Corse-du-Sud, samedi 13 décembre, par une cinquantaine de gendarmes, appuyés par le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), agissant sur commission rogatoire délivrée par la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. Dernier membre en fuite de la bande criminelle du Petit Bar, sous le coup de deux mandats d’arrêt, il venait d’être condamné à 15 ans de réclusion lors du procès du meurtre du bâtonnier Antoine Sollacaro. Retour sur une traque menée par les gendarmes pendant cinq ans.
Objectif prioritaire de la justice et de la Section de recherches (S.R.) de Corse depuis cinq ans, Mickaël Ettori, 52 ans, a été interpellé le samedi 13 décembre 2025, à 6 heures. Figure du banditisme insulaire, il faisait partie de la bande du Petit Bar, une organisation investie dans tous les domaines criminels, mais aussi dans de nombreuses vitrines légales de la ville d’Ajaccio, par le biais d’extorsions. Retour sur une cavale qui a duré cinq ans et sur l’opération qui y a mis fin.
Septembre 2020
Une opération est montée par la police judiciaire pour interpeller les membres de la bande du Petit Bar, dans le cadre de deux dossiers : l’un portant sur la tentative d’homicide en bande organisée contre un rival présumé, Guy Orsoni, en septembre 2018 ; l’autre, baptisé « Email diamant », consacré au circuit de blanchiment des activités criminelles de l’organisation, dont Mickaël Ettori est présenté par les magistrats comme un rouage essentiel. Mais à la suite de fuites locales, les principales cibles échappent à l’intervention : Pascal Porri, André Bacchiolelli et Mickaël Ettori. Le service d’enquête est alors dessaisi au profit de la Section de recherches (S.R.) de Corse. Les gendarmes reprennent les investigations dans ces deux dossiers, et une importante cellule d’enquête est montée avec de nombreux renforts consacrés par la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ) de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN). Ce qui va porter rapidement ses fruits.
Janvier 2021
Au cours d’une opération judiciaire d’ampleur, avec l’appui du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), la S.R. de Corse interpelle une vingtaine d’individus, dont les principaux acteurs de la bande du Petit Bar. Les trois fugitifs manquent toujours à l’appel.
Juillet et septembre 2021
Le 5 juillet et le 15 septembre 2021, André Bacchiolelli et Pascal Porri, en cavale depuis septembre 2020, sont arrêtés en Corse par la S.R. avec l’appui du GIGN. Mickaël Ettori demeure le seul membre de la bande du Petit Bar toujours en fuite.
Août 2023
Alors que personne ne l’a revu depuis près de trois ans, Mickaël Ettori réapparaît subitement sur les radars. Il entre en contact avec un riche homme d’affaires corse, mis en examen dans le dossier de blanchiment du Petit Bar, pour l’extorquer. Une nouvelle information judiciaire est ouverte à la JIRS de Marseille. L’enquête pour extorsion en bande organisée est confiée à la S.R. de Corse. Au fil des années, cette traque a bénéficié de plus en plus de moyens, avec la venue à de nombreuses reprises du GIGN, sur des périodes assez longues. La Force observation recherches (FOR) du Groupe « descend » parfois en autonomie, ou accompagnée d’une équipe de la Force d’intervention (F.I.), « pour être en mesure de l’interpeller dès qu’on l’aurait repéré, sachant que c’est un individu dangereux, potentiellement armé », indique le colonel Lacoste qui commande la S.R.
Mai 2025
Mickaël Ettori est condamné par défaut à 12 ans de prison ferme et 1 500 000 € d’amende par le tribunal correctionnel de Marseille pour des infractions financières dans le volumineux dossier des finances du Petit Bar. Un mandat d’arrêt est décerné.
La surveillance de l’entourage d’Ettori s’intensifie. « Il faut bien comprendre que nous avons à faire à un fantôme, habitué à vivre dans la clandestinité, non seulement pour échapper aux forces de l’ordre, mais aussi pour éviter d’être victime d’un règlement de compte entre bandes rivales, précise le colonel Lacoste. Dans son entourage, personne ne parle de Mickaël. Ils ont une grande capacité de contrôle, se méfient de tout et de tous. » Mais les gendarmes ne desserrent pas leur étau. Et cela va finir par payer.
Jeudi 11 décembre 2025
Au terme de six semaines de procès, la cour d’assises des Bouches du Rhône condamne Mickaël Ettori à 15 années de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs dans le dossier de l’assassinat du bâtonnier Antoine Sollacaro, tué le 16 octobre 2012 à Ajaccio, et de la tentative d’homicide qui a visé Charles Cervione, un mois et demi plus tôt. Un nouveau mandat d’arrêt est décerné à son encontre.
Samedi 13 décembre 2025
À la suite d’un travail considérable et minutieux de la S.R., la trace d’Ettori est retrouvée sur le secteur de la commune de Olmeto (Corse du Sud). Les observations menées conjointement par le GOS et la S.R. de Corse permettent de localiser une bergerie rénovée implantée dans un secteur isolé et très défavorable en raison de la topographie des lieux. Il est décidé de mener une opération dans ce qui semble être le lieu de repli du fugitif.
Dans la nuit du 12 au 13 décembre, les militaires du GIGN atterrissent en Corse, où les attendent, avec des véhicules, les gendarmes mobiles basés près du site d’atterrissage. Ils se rendent à la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Sartène, où a été installé le Poste de commandement opérationnel (PCO). Il est quatre heures du matin, le brief commence. Guidée par le GOS qui connaît les lieux, l’équipe de la F.I. s’infiltre à proximité de la villa. L’assaut est donné à 6 heures. Ettori est interpellé sans opposer de résistance. 5 200 € en numéraires, 14 téléphones portables, une perruque et une moto T-max sont notamment découverts. Placé en garde à vue à la S.R., il est auditionné durant 48 heures. Transféré en hélicoptère à Marseille, il est présenté au magistrat instructeur et incarcéré au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes.
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