La section de recherches de Rennes met fin à un trafic de stupéfiants d’ampleur entre la Bretagne et l’Espagne
- Par le chef d'escadron Charlotte Desjardins
- Publié le 05 février 2025
Le 28 janvier 2025, quinze individus sont interpellés à la suite d'une enquête de la Section de recherches (S.R.) de Rennes, et 151 kg de drogue saisis, pour une valeur marchande de 2 500 000 euros. Ce jour-là, sous l’égide de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) du parquet de Rennes et en collaboration avec Europol et Eurojust, les gendarmes démantèlent un trafic de stupéfiants d’ampleur internationale.
C’est la Section de recherches (S.R.) de Rennes qui, mettant à jour un trafic de stupéfiants atypique, est à l’origine du dossier. Les dealers déploient leur commerce sur le territoire breton, mais disposent d’une base logistique en Espagne d’où tout est organisé. Le 7 mai 2025, le parquet de Lorient ouvre une enquête préliminaire, pour laquelle il saisit les gendarmes de la S.R. de Bretagne, dont les premières investigations révèlent rapidement l’ampleur de ce trafic à dimension internationale.
Ouverture d’une information judiciaire
Aussi le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes se saisit-il de l’affaire, ouvrant une information judiciaire le 25 juin 2024 pour de nombreux chefs d’accusation : importation en bande organisée de produits stupéfiants ; trafic de produits stupéfiants (transport, détention, acquisition, offre ou cession) ; participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre un crime ; participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni de 10 ans d'emprisonnement ; blanchiment, concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'importation non autorisée de stupéfiants en bande organisée ; blanchiment, concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de trafic de stupéfiants.
Les investigations se poursuivent alors sur commission rogatoire, confiée au Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN) et à la S.R. de Rennes, en co-saisine avec le Groupe interministériel de recherches (GIR) de Rennes, et avec l’appui de la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS) et d’Europol.
Des trafiquants organisés et méticuleux
Une partie du réseau étant ancrée dans le sud de l’Espagne, une importante coopération policière et judiciaire est mise en œuvre avec la police espagnole de Malaga, notamment l’Unité locale de drogue et du crime organisé (UdyCO), ainsi qu’avec le parquet national anti-drogue espagnol, via Eurojust.
Le travail des enquêteurs permet de préciser l’organisation criminelle déployée dans cette affaire, qui se révèle particulièrement structurée et organisée. Les malfaiteurs utilisent des méthodes sophistiquées pour préparer et exécuter les convois. Ils louent une maison isolée dans le sud de l’Espagne, où ils conditionnent et chargent en toute discrétion les produits (cannabis, cocaïne et drogues de synthèse) avant de les acheminer en France. Les auteurs multiplient les trajets par voie routière depuis Malaga, d’où les stupéfiants sont importés. Les convois sont composés d’un véhicule « ouvreur » et de véhicules « porteurs » équipés de caches aménagées. De nombreuses précautions et contre-mesures sont prises pour sécuriser les livraisons.
Une opération d’ampleur en France et en Espagne
L’opération d’interpellation est déclenchée le 28 janvier 2025, sous le contrôle du magistrat instructeur de la JIRS de Rennes.
Au petit matin, un convoi de stupéfiants en provenance d’Espagne est intercepté à son arrivée dans une maison du Morbihan, dédiée au trafic. Le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) procède à l’interpellation des trois conducteurs ainsi que du responsable du réseau en Bretagne, qui se trouvait sur les lieux pour réceptionner son équipe et les produits stupéfiants.
Sitôt ces premières arrestations réalisées, d’autres interpellations sont déclenchées en France et en Espagne, grâce à la coopération entre les services d’enquête et judiciaires impliqués. Sur le territoire national, plusieurs autres personnes sont appréhendées. Il s’agit des quatre semi-grossistes du réseau identifiés à ce stade, des conjointes des membres actifs de l’équipe importatrice, ainsi que d'un chauffeur vivant dans la Manche, qui n’était pas mobilisé sur cette remontée. Tous sont placés en garde à vue.
Les gendarmes saisissent 134,4 kg de drogues (111 kg de résine de cannabis, 14 kg de cocaïne, 3,4 kg d’herbe de cannabis et 6 kg de drogues de synthèse), 30 kg de produits de coupe, plus de 37 000 euros en numéraire, ainsi que 16 véhicules et plusieurs armes et munitions. Dans le même temps, dans le sud de l’Espagne, la tête de réseau et un coauteur, originaires du Morbihan et faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen, sont interpellés par les autorités espagnoles, en présence de deux militaires de la S.R. de Rennes. Ils devraient être remis dans les prochaines semaines à la justice française.
Les perquisitions menées dans neuf lieux en Espagne, à la demande de la justice française, conduisent à la découverte de trois laboratoires de cocaïne et de neuf chambres de culture indoor de marijuana, tenus par les fournisseurs du réseau breton. Plusieurs personnes sont interpellées à cette occasion. Sur le territoire espagnol, 14 kg d’herbe de cannabis, 2 kg de cocaïne, un peu moins d’1 kg de résine de cannabis, ainsi qu'une multitude de matériels de conditionnement et de préparation de produits stupéfiants (cocaïne, cannabis, drogues de synthèse) et 210 000 euros en numéraire ont été saisis.
En France, à l’issue de leur garde à vue, quatre femmes et neuf hommes, âgés de 25 à 45 ans, sont présentés au magistrat instructeur de la JIRS pour être mis en examen. Neuf d'entre eux sont placés en détention provisoire et quatre sont placés sous contrôle judiciaire.
Les membres actifs du réseau et leurs revendeurs ne sont pas particulièrement connus de la Justice, présentant des casiers judiciaires vierges ou ayant été condamnés pour des délits mineurs. Ceux qui ont participé activement à l’importation et au blanchiment du produit d’importation non autorisée de stupéfiants en bande organisée encourent une peine de trente années de réclusion criminelle. Les revendeurs locaux encourent, eux, une peine de dix ans d’emprisonnement. Tous risquent également une peine de confiscation générale de leur patrimoine.
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