La gendarmerie française démantèle un vaste réseau de trafic de stupéfiants en coopération avec l’Albanie
- Par le chef d'escadron Charlotte Desjardins
- Publié le 19 juillet 2024

La section de recherches de Lyon a démantelé, en coopération avec la police albanaise, un trafic de stupéfiants, dont les chefs opéraient depuis l’Albanie. Cinq des mis en examen ont été placés en détention provisoire.
Les débuts de l’affaire remontent au deuxième semestre de l’année 2022, au cours duquel la Brigade de recherches (B.R.) d’Albertville enquête sur les manœuvres d’un groupe criminel organisé gérant un trafic de stupéfiants. Celui-ci s’étend bien au-delà du commerce local, ce que les gendarmes découvrent au gré de leurs investigations. La structure de base est installée dans la région lyonnaise et alimente plusieurs réseaux dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes, principalement dans les départements de Savoie et de Haute-Savoie.
Le parquet d’Albertville se dessaisit alors au profit de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lyon, compétente au vu de l’ampleur du dossier. Celle-ci ouvre dès lors une information judiciaire et confie la direction de l’enquête à la Section de recherches (S.R.) de Lyon, avec l’appui de celle de Chambéry et du Groupement de gendarmerie départementale de Savoie (GGD 73). Outre cette saisine des unités, une cellule nationale d’enquête est créée le 23 janvier 2023, sous l’égide de la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ) de la gendarmerie.
Au cours de leurs investigations, les gendarmes identifient des livraisons de stupéfiants quasi-quotidiennes à des groupes de revente à partir de la base logistique du réseau, implantée à Villeurbanne. Ils fournissent ainsi leurs équipes à travers le Rhône, la Loire, l’Ain, ou encore les deux départements savoyards. Plus de dix points de deals sont alors identifiés puis démantelés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, grâce à une action coordonnée entre la cellule d’enquête et les unités de gendarmerie et de police concernées localement.
Un réseau originaire d’Albanie
Le donneur d’ordres de la structure est finalement identifié et localisé par les enquêteurs : il vit en Albanie. Les gendarmes parviennent à prouver l’importation de produits stupéfiants depuis les Pays-Bas et le transfert des fonds générés vers l’Albanie, généralement par voie routière. Des dispositifs de coopération judiciaire sont alors initiés avec plusieurs pays européens, tels que la Belgique ou l’Italie.
Un des autres responsables du réseau, ayant terminé de purger une peine pour trafic de stupéfiants, reprend une partie du trafic en place. Il devient l’intermédiaire entre le chef de file en Albanie et les dealers de Villeurbanne, et gère en parallèle une seconde filière d’importation d’héroïne et de cocaïne. Condamné à une peine de 16 ans de prison pour traite des êtres humains et proxénétisme de mineurs, cet homme est identifié comme une cible prioritaire des autorités albanaises. Il est donc arrêté dès le 5 février 2024 par les gendarmes français, avec le concours de l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants, et expulsé vers l’Albanie le 13 du même mois.
La coopération judiciaire internationale via une équipe commune d’enquête
C’est sous l’égide d’Eurojust qu’une Équipe commune d’enquête (ECE) franco-albanaise est ouverte en septembre 2023. Ce cadre d’enquête international permet un échange direct d’informations entre les procédures françaises et albanaises dans ce dossier. Afin de permettre une réelle efficacité du processus, les magistrats de la JIRS de Lyon, les enquêteurs français, l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade et les autorités judiciaires du SPAK (Struktura e Posaçme anti-korrupsion, le service judiciaire chargé de l’enquête) de Tirana se retrouvent au cours de plusieurs réunions opérationnelles à Lyon et en Albanie.
Cette collaboration permet aux différents services de confirmer à la fois la nature et la forme de l’organisation. Les opérations d’interpellations sont dès lors envisagées dans les deux pays, afin de faire aboutir les enquêtes.
Les deux premières cibles sont les responsables successifs du réseau en France, interpellés le 18 juin 2024 à Villeurbanne et à Deville-lès-Rouen. Ils sont présentés aux magistrats trois jours plus tard, mis en examen et placés non seulement en détention provisoire mais à l’isolement. Mais il faut porter un coup d’arrêt plus important.
L’arrestation des chefs du réseau
La deuxième vague de l’opération, pilotée par la JIRS de Lyon, vise à arrêter le chef du réseau et ses complices en Albanie. Elle se déploie du 1er au 3 juillet 2024, avec l’envoi d’enquêteurs de la S.R. de Lyon en Europe de l’est dans le cadre de l’ECE, et le déploiement de 150 policiers albanais sous la direction du SPAK. Ce travail commun se solde par l’arrestation des quatre principaux dirigeants de la structure, dont trois font l’objet de demande d’incarcération.
Durant cette phase opérationnelle, dix sites sont perquisitionnés, débouchant sur la saisie de 36 000 euros en numéraire et de quinze véhicules. Deux de ces lieux sont identifiés comme directement concernés par l’importation de produits stupéfiants en novembre 2023 du Benelux vers Lyon, et par le transfert d’argent en Albanie.
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