La protection physique et numérique des exploitations agricoles, enjeu de sécurité publique et de souveraineté

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 26 février 2026
© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

La Gendarmerie nationale était présente au 62e Salon international de l’agriculture (SIA), organisé Porte de Versailles, à Paris, du 21 février au 1er mars 2026, pour présenter l’offre de service de l’Institution au cœur des territoires et diffuser des messages de prévention en matière de sécurité physique et numérique, aux côtés du Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI).

Plus grand salon de France, avec plus de 1 100 exposants et plus de 600 000 visiteurs sur la semaine, le Salon international de l’agriculture (SIA) est aussi pour la Gendarmerie nationale l’occasion de voir regroupés, Porte de Versailles à Paris, tous les territoires ruraux de sa zone de compétence. Une France en miniature, en quelque sorte, et une opportunité d’aller à la rencontre des acteurs du monde agricole et de faire connaître l’une des fonctions de la gendarmerie, celle de référent sûreté. Ils étaient douze à sillonner les allées cette année, du lundi 23 au vendredi 27 février 2026, dont le major Marc, de la Cellule prévention technique de la malveillance (CPTM) de Savoie, et l’adjudante-cheffe Sylvie, de celle du Gers.

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Mettre des barrières et faciliter le travail d’enquête

Les effectifs de la Gendarmerie nationale comptent 200 référents sûreté, répartis dans chaque département métropolitain et en outre-mer. Tous ont suivi une formation de cinq semaines, commune avec les policiers, portant sur la sûreté et la vidéoprotection. L’adjudante-cheffe Sylvie est référente depuis 2018. Après avoir cumulé cette fonction avec son travail en brigade, jusqu’en 2022, elle l’occupe désormais à temps plein. « Nous avons un rôle de conseil auprès des élus, des chefs d’entreprise, des exploitants agricoles, décrit-elle. Nous faisons des préconisations pour faire face aux différents actes de malveillance (vol, dégradation, usurpation de données). En brigade, j’intervenais après les faits. J’avais la volonté de travailler en amont pour que la population concernée se protège au mieux. »

Sylvie participe pour la première fois au Salon de l’agriculture. « Venant d’un territoire agricole, cela me semblait important de venir au moins une fois, et j’ai donc répondu à un appel à volontaires. Cela permet de nouer de nombreux contacts. Le Gers connaît une recrudescence de vols de GPS, des incivilités sur les systèmes d’irrigation et des vols de caisses au retour des foires et des marchés. Ce n’est plus une délinquance locale comme avant, mais des réseaux très organisés. »

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Référent sûreté depuis 2016, d’abord en Isère, puis en Savoie depuis 2024, le major Marc couvre les 265 communes du département avec son camarade de la CPTM. « Notre action concerne en priorité les communes, parce que c’est le service public. Les mairies, mais aussi les établissements scolaires, les crèches, les locaux des services techniques, et plus généralement le territoire communal, car la vidéoprotection peut avoir un effet dissuasif permettant de faire baisser la délinquance. Nous avons aussi une problématique particulière en Savoie, il s’agit des dépôts d’explosifs servant à déclencher préventivement les avalanches, qui peuvent être la cible de malveillances. Nous accompagnons les sociétés d’exploitation des stations de ski dans la protection de ces sites. En ce qui concerne les agriculteurs et les éleveurs, nous leur prodiguons un certain nombre de conseils, certains relevant du bon sens, d’autres un peu plus techniques, pour éviter le siphonnage de carburant par exemple. Notre objectif, c’est de mettre des barrières pour ralentir les délinquants et ainsi offrir plus de temps à nos camarades des brigades pour intervenir. J’étais déjà venu au salon en 2022. C’est très utile pour faire connaître cette fonction de référent sûreté. »

Les exploitations agricoles présentent des particularités qui sont autant de vulnérabilités. Souvent de grande superficie, parfois isolées géographiquement, elles comptent de nombreux biens représentant une valeur : récoltes, bétail, équipements, carburant, etc. Le premier conseil des référents sûreté est souvent d’inventorier précisément ces biens, afin de faciliter le travail d’enquête et de gêner la revente. Il convient aussi d’être attentif et de signaler à la gendarmerie tout comportement suspect qui pourrait s’apparenter à du repérage. Il faut ensuite protéger les accès aux engins en les stationnant dans des locaux fermés, bâchés et, si possible, attachés entre eux, en installant un éclairage de détection à proximité du bâtiment et un système de vidéoprotection. Se prémunir totalement des vols et des dégradations est difficile, mais a minima il faut tout faire pour compliquer l’action des malfaiteurs et faciliter le travail d’enquête en personnalisant le matériel, voire en l’équipant d’un système de géolocalisation.

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« On ne peut pas se passer du pan cyber »

Si les menaces sont souvent physiques pour les exploitants, elles sont également de plus en plus cyber, avec le développement du numérique comme outil de gestion, notamment dans ce qu’il convient désormais d’appeler les fermes connectées. Raison pour laquelle les personnels du Département de la prévention et de la cyber-résilience (DPCR) du Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI) sont également engagés sur le Salon de l’agriculture. « Quand on mène une démarche d’accompagnement des entreprises, et en l’occurrence celles du monde agricole, on ne peut pas se passer du pan cyber, estime le capitaine (CNE) Michaël, chef du DPCR adjoint. Avec les fermes connectées, on augmente la surface d’attaque, on ouvre plus de portes et, si on ne les sécurise pas, on s’expose à des ruptures d’activité. Il s’agit d’un véritable enjeu pour les exploitations agricoles. »

Cet aspect est trop souvent négligé par de nombreux agriculteurs et éleveurs, persuadés qu’ils sont trop petits pour être attaqués. « Or, en ne sécurisant pas leurs systèmes d’information, ils peuvent constituer une vulnérabilité qui permettra aux délinquants d’atteindre de plus grosses structures dont ils sont des partenaires commerciaux. C’est donc toute la chaîne qu’il convient de sécuriser, mais cela reste difficile à appréhender pour un agriculteur confronté à de nombreuses problématiques particulièrement pesantes sur son exploitation. » L’agroalimentaire est en outre un secteur sensible, qui peut impacter l’ensemble de la population, et constitue un enjeu de souveraineté pour la France.

Pour lutter contre les cybermenaces, le COMCYBER-MI préconise des solutions souvent simples et peu coûteuses. Il s’agit de développer une véritable culture cyber autour de l’hygiène numérique, avec, par exemple, des mots de passe forts, c’est-à-dire de douze caractères minimum, avec des chiffres, des lettres et des caractères spéciaux, sans lien avec la vie personnelle (pas de date de naissance, de prénom d’enfant ou de nom d’animal domestique…) ; une double authentification ; des mises à jour pour corriger les vulnérabilités des machines et des logiciels ; une stricte séparation des usages personnels et professionnels ; des sauvegardes régulières pour pouvoir limiter les impacts d’une attaque par rançongiciel.

Pratique

Rappelons que le ministère de l’Intérieur a déployé plusieurs outils pour accompagner les professionnels : Ma sécurité, qui permet d’alerter les forces de l’ordre et d’initier un dépôt de plainte ; MonAideCyber, afin d’évaluer le niveau de maturité cyber de son organisation, outil de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), que le ministère aide à déployer au travers des Forces de sécurité intérieure (FSI) sur le terrain ; et Cybermalveillance.gouv.fr, pour prévenir les risques cyber et bénéficier d’un accompagnement lors d’un incident.


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