Une délégation de l’Office franco-québécois pour la jeunesse en visite à la MPF des Yvelines
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 07 mars 2025

Jeudi 6 mars 2025, une délégation de l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) s’est rendue à la Maison de protection des familles (MPF) des Yvelines. Cette visite s’inscrit dans le cadre d’un échange de bonnes pratiques initié entre les deux pays début 2024.
L’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) est un office possédant une antenne en France (à Saint-Denis) et deux au Québec (dans la ville éponyme et à Montréal). Cette structure organise chaque année des échanges entre jeunes de 18 à 35 ans portant sur de nombreuses thématiques guidées par les priorités gouvernementales communes aux deux pays. C’est dans ce contexte qu’en 2024, lors de la visite de Gabriel Attal, alors Premier ministre, auprès de son homologue québécois, François Legault, les sujets des Violences sexistes et sexuelles (VSS) et des Violences intrafamiliales (VIF) sont abordés. Quelques mois après cette entrevue, l’office envoie une première délégation française à Montréal afin de découvrir les bonnes pratiques locales en matière d’accompagnement des victimes. Composée de juristes, de sociologues et de chercheurs, la délégation compte également dans ses rangs une gendarme : l’adjudante Camille, de la Maison de protection des familles (MPF) du Morbihan.
Lors de cette visite d’une semaine, les échanges entre les membres de la délégation et leurs homologues rencontrés sur le terrain, au fil des visites organisées, s’avèrent extrêmement enrichissants. Ils permettent de découvrir un autre mode de fonctionnement et ouvrent de nouvelles perspectives, notamment en matière de gestion des enquêtes de VIF et de VSS, qui, au Québec, sont réalisées tout au long de la procédure par une seule et même personne.
« Match retour »
Du mardi 4 au samedi 8 mars 2025 a eu lieu le « match retour ». Une délégation québécoise, composée de quinze personnes (juristes, sociologues, chercheurs et deux policiers), est venue en France pour découvrir le fonctionnement des différentes structures développées au sein des institutions et des ministères pour lutter contre les VSS et les VIF.
Jeudi 6 mars 2025, la délégation québécoise s’est ainsi rendue à la Maison de protection des familles (MPF) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) des Yvelines. Inaugurée le 13 octobre 2020, cette structure, consacrée à la prévention, à l’accueil et à l’accompagnement des victimes, est la première du genre à avoir vu le jour en France (aujourd’hui, la gendarmerie compte une MPF par département). Composée de six gendarmes, tous formés, et de trois Intervenantes sociales en gendarmerie (ISG), réparties sur les compagnies du groupement, la MPF réalise chaque année des centaines d’actions de prévention et de sensibilisation auprès des jeunes, dans la lutte contre le cyberharcèlement par exemple, et auprès d’autres publics vulnérables, dont les personnes en situation de handicap ou les personnes âgées, mais aussi des auditions de mineurs victimes d'infractions à caractère sexuel ou de faits criminels, dans le cadre de sa mission d’appui judiciaire. Les personnels de la MPF sont également formés pour accompagner au mieux les victimes lors de la procédure. Un travail et des missions exposés par l’adjudante Lætitia lors de la présentation de la MPF à la délégation québécoise.
En amont de la présentation de la MPF, le colonel Rémy Moulinier, ancien commandant en second du GGD des Yvelines, et aujourd’hui commandant du Bureau de la prévention et des partenariats de sécurité (BPPS) à la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), est également intervenu pour présenter brièvement la fonction prévention en gendarmerie ainsi que le fonctionnement de l’institution. En charge de la gestion des projets de partenariats, c’est le colonel Moulinier et la majore Jessica qui ont organisé, avec l’OFQJ, cette journée particulièrement enrichissante. « Dans le cadre du rayonnement de la gendarmerie et de l’échange de bonnes pratiques, nous travaillons avec différents pays, explique le colonel Moulinier. On observe, on s’inspire de ce qui est fait ailleurs, notamment au Québec, qui présente l’avantage d’être un très bon laboratoire où la police, la justice et l’éducation nationale travaillent étroitement ensemble, ce qui facilite l’expérimentation de nombreux projets, notamment dans les domaines des violences intrafamiliales et de la protection de la petite enfance. Par exemple, le programme québécois « sexto », qui propose une sorte d'alternative aux poursuites. Lorsque vous avez des images type « nudes » qui circulent entre jeunes d'un établissement, il y a tout un protocole mis en place par les policiers québécois pour pouvoir apporter une réponse éducative ou, si nécessaire, pénale. En France, dans le même esprit, on retrouve à présent des protocoles similaires dans le cadre de situations de harcèlement scolaire pour apporter, avec le parquet, une réponse socio-éducative aux enfants et aux parents, auteurs comme victimes. Cela favorise la prévention de la récidive et évite ainsi des répercussions encore plus graves pour la suite. Autre exemple : la mise en place des Zones de rencontre neutre (ZRN) qu’on a pu observer au Québec. Sur ces zones sécurisées, situées à proximité d’un poste de police québécois, on peut faire des échanges en toute sécurité, comme la vente d’un véhicule d’occasion. En France, nous les avons surtout mises en place jusqu’à présent pour « le passage de bras », c’est-à-dire l’échange d’affaires ou le « transfert » d’un enfant d’un parent à l’autre dans les situations de séparation difficiles. »
Échanges de bonnes pratiques
Parmi les membres de la délégation, les deux policiers québécois ont été particulièrement réceptifs tout au long de la visite. C'est le cas de Johanne, sergent détective au sein de la police de Montréal, spécialisée dans les crimes liés aux violences sexuelles et sexistes : « C’est intéressant parce qu’on peut voir qu’il y a des formations qui sont communes. Par exemple, avec l’adjudante, on s’est rendu compte qu’on utilisait le même protocole pour l’audition des enfants. Après, il y a des différences. Au Québec, lorsqu’on se saisit d’une enquête, on la mène de A à Z […] Ici, si j’ai bien compris, la MPF va être sollicitée seulement pour faire l'entretien avec l’enfant. […] Mais il y a aussi des choses qui sont vraiment intéressantes. Par exemple, chez nous, pour les auditions de mineurs, nos locaux sont plus froids. Il y a juste un bureau d’entrevue, alors qu’ici, vous avez vraiment une salle avec des jeux pour prendre le temps de mettre à l’aise l’enfant, et ça, c’est quelque chose qui pourrait être vraiment pertinent. […] Autre exemple : les vêtements que vous donnez aux victimes, quand il faut saisir les leurs. C’est quelque chose qu’on a chez nous dans les centres de détention, pour les accusés, mais pas pour les victimes. Et c’est vrai que dans les cas d’agressions sexuelles, on saisit effectivement souvent les vêtements, parce que c’est là où se trouve la preuve, donc c’est vraiment très pertinent. »
Après la visite de la MPF, les Québécois, toujours accompagnés des gendarmes français, se sont rendus dans une autre partie des locaux accueillant Gend’Elles. Cette initiative, lancée le 8 mars 2024 par la Gendarmerie nationale et la fondation L’Oréal, offre aux victimes de violences (femmes et hommes) un soin esthétique. Un moment privilégié dans un lieu sécurisé (l’enceinte militaire) qui permet aux victimes de lâcher prise et d’aborder avec plus de force et de sérénité le long parcours à mener. Après quelques derniers échanges et questions, les quinze Québécois et leurs deux accompagnantes ont repris le chemin de la capitale pour une dernière visite. Durant la semaine, ils auront ainsi rencontré des magistrats, se seront rendus à la région Île-de-France, à la fondation des femmes, au sein de différents collectifs et associations, et bien sûr à la MPF. Un programme complet avant leur retour au Québec.
Face au succès et à la richesse des échanges entre les homologues des deux pays, l’Office franco-québécois pour la jeunesse compte bien réitérer l’expérience. En juin prochain, une délégation française reprendra ainsi le chemin de Montréal pour un nouvel échange et de nouvelles découvertes. Cette délégation comptera dans ses rangs de jeunes professionnels, dont peut-être à nouveau un militaire de l’institution.
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