Un nouveau département pour l’École de guerre : l’Anglophone Track

  • Par le lieutenant-colonel Antoine Jouclas
  • Publié le 11 février 2025
13 officiers de nationalités différentes autour d'une tablea et d'un jeu de duel tactique
© D.R.

Au sein de la 32e promotion de l’École de guerre, vingt-quatre stagiaires, parmi lesquels des officiers français et internationaux, ainsi qu’une auditrice civile, ont intégré le nouveau département de la formation : la division internationale anglophone. Aussi appelé l’Anglophone Track, ce dispositif permet d’ouvrir davantage l’École à l’international, notamment sur les plans stratégique et partenarial, tout en rayonnant à l’étranger.

Riche d’une histoire de plus de 140 ans, l’École de guerre est reconnue pour la qualité de sa formation opérationnelle mais également parce qu’elle incarne une excellence à la française largement établie dans le monde. Cette réputation ne l’empêche pas d’évoluer pour s’adapter aux évolutions de l’environnement stratégique. Ainsi, depuis plusieurs décennies déjà, l’École de guerre accueille des officiers internationaux maîtrisant suffisamment le français pour suivre le stage.

Une réforme ambitieuse

Mais la grande innovation de cette rentrée 2024 est la création d’un nouveau département, baptisé « Division internationale anglophone » ou « Anglophone Track ». Cette nouvelle offre de formation, décidée et portée par le Chef d’état-major des armées (CEMA) depuis juillet 2023, a pour vocation de délivrer une instruction identique au cursus de l’école, avec attribution du même diplôme, mais dispensée exclusivement en langue anglaise. Dans ce cadre, un premier groupe d’officiers français et internationaux de la 32e promotion de l’École de guerre ont été sélectionnés pour leur potentiel professionnel et leur maîtrise de l’anglais. Depuis le mois de septembre 2024, ils suivent ce cycle académique offrant les mêmes choix d’options et les mêmes travaux de recherche que leurs pairs.
Pour répondre à ce défi de scolarité en langue anglaise, la grande majorité des cours est délivrée directement par des professeurs anglophones, et certaines conférences, comme celles de hautes autorités, bénéficient d’une traduction simultanée. Cet enseignement vise à permettre à des stagiaires internationaux non francophones de suivre la scolarité de l’Enseignement militaire du second degré (EMS2) à Paris, et à renforcer la pratique de l’anglais opérationnel pour les stagiaires français insérés dans le programme. Cette nouvelle filière se veut aussi un instrument important pour forger ou renforcer de solides relations de confiance entre la France et ses partenaires de l’OTAN, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie.

Une dynamique d’ouverture de l’École

Selon le général de Gaulle, « préparer la guerre, c’est préparer les chefs ». Responsable de l’orientation des dirigeants militaires de demain, l’École de guerre a donc franchi une nouvelle étape en matière de coopération interalliée, dans la perspective de futurs conflits de haute intensité dans un cadre multi-milieux et multi-champs. Cette réforme s’inscrit dans la continuité des évolutions de l’école, à la fois axées sur la personnalisation de la scolarité, l’adaptation des cycles d’enseignement, et sur l’exigence de souplesse intellectuelle d’officiers prochainement responsables d’opérations cinétiques et non-cinétiques. L’ouverture à l’international concrétise la volonté de dynamiser les échanges avec nos partenaires, tout en consolidant l’excellence de formation délivrée par l’École de guerre. Ce nouveau cursus anglophone accentue encore cette ouverture, en permettant l’accès à la formation à de nouveaux pays et de nouveaux profils.

Le dispositif actuel, armé par un premier groupe comprenant quinze officiers internationaux issus de quatorze pays, huit officiers français de toutes les armées et services, et une auditrice civile, devrait être doublé dès la rentrée 2025. Cela passera par la création d’un second groupe, permettant d’accueillir au total 42 stagiaires et assurant ainsi de disposer d’un pôle d’excellence anglophone. En plus des enseignements du cursus classique (stratégie, histoire militaire, géopolitique, organisation de la défense, planification opérative, exercice du leadership, comités thématiques, embarquements, visites…), les stagiaires internationaux anglophones bénéficient de cours de civilisation et de français, afin de parfaire leur acculturation.
Avec ce dispositif, l’École de guerre donne ainsi aux armées les moyens d’une exposition plus efficace vers nos partenaires stratégiques anglophones. Ce solide compromis entre acquisition des savoir-faire et accessibilité à la ressource, avec comme axe majeur le maintien de l’excellence pédagogique, permet de proposer l’enseignement de la culture militaire française à des officiers souhaitant développer leurs connaissances de la pensée stratégique de notre pays sans en maîtriser la langue. Cette nouvelle offre de formation garantit un accès privilégié à l’enseignement militaire supérieur français et se veut un puissant outil de rayonnement vers l’étranger.


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