Rencontres AGIR 2025 : pensons demain à partir de nos besoins

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 04 décembre 2025
© SIRPA-G / BRC Alexandre Marcé

Ce mardi 2 décembre 2025, à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, s’est déroulée la cinquième édition des Rencontres AGIR (Accompagnement par la Gendarmerie de l’Innovation, de l’industrie et de la Recherche), en présence de 800 participants. Administrations publiques et entreprises étaient ainsi réunies dans le but d’apporter à l’État des solutions innovantes sur diverses thématiques.

Beffroi de Montrouge (92). Dans ce bâtiment en briques de couleur ocre conçu par l’architecte Henri Decaux, hébergeant le Palais de la culture et des congrès de Montrouge, se sont tenues les cinquièmes Rencontres AGIR (Accompagnement par la Gendarmerie de l’Innovation, de l’industrie et de la Recherche), ce mardi 2 décembre 2025.

Véritable salon de la demande publique, cet événement réunit, le temps d’une journée, administrations publiques et entreprises. Objectif : confronter les besoins de l’État aux solutions proposées par le monde industriel, la recherche ou les start-ups, sur des thématiques aussi fondamentales que variées : innovation, cybersécurité et systèmes d’information et de communication, enquêtes et renseignement, logistique des opérations, gestion des données, intelligence artificielle, sécurité, ressources humaines ou encore achats.

Avec plus de 2 millions d’euros de marchés conclus par la gendarmerie lors des précédentes éditions, les Rencontres AGIR sont devenues au fil des années un catalyseur d’innovation et un accélérateur de la commande publique.

« L’innovation technologique n’est pas un luxe, mais une nécessité opérationnelle »

« Nous avons besoin de ces rencontres, car nous avons changé d’époque. La revue nationale stratégique l’exprime clairement : nous vivons aujourd’hui un point de bascule qui commande de revoir nos priorités : multiplication des menaces hybrides, extension de la criminalité organisée, durcissement des radicalités violentes, délinquance du quotidien, développement exponentiel du cyberespace et révolution de l’intelligence artificielle. Les tendances s’accélèrent, de nouvelles menaces apparaissent, et les risques sécuritaires viennent fragiliser notre souveraineté et affaiblir la cohésion nationale », a ainsi déclaré lors de l’ouverture de ces Rencontres le général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN). 

L’adversaire, quant à lui, s’empare pleinement des nouvelles technologies afin de développer ses capacités. Dans ce contexte, la Gendarmerie nationale n’a d’autre choix que de s’adapter et d'anticiper les évolutions. « C’est la condition nécessaire de notre efficacité sur le terrain », a affirmé le DGGN. 

L’efficacité du dispositif global de défense du pays, essentielle à la défense des intérêts fondamentaux de la nation, implique en effet une capacité constante d’adaptation des acteurs de l’État face aux enjeux sécuritaires et aux défis technologiques.

Afin d’accompagner ces transformations majeures, la société civile tient un rôle prépondérant aux côtés de la Gendarmerie et des Armées, notamment à travers l’activité du secteur industriel. La préparation de l’avenir repose à ce titre sur une collaboration efficiente des différents acteurs, qu’ils soient issus du monde civil ou militaire. 

« Nous avons besoin de toutes ces contributions pour enrichir nos réflexions communes, a ainsi déclaré, à l’occasion de l’ouverture de la journée, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, directeur de l’Agence de l’innovation de défense (AID). Les Rencontres AGIR sont la démonstration d’un écosystème réactif, qui se rencontre et qui partage autour d’un intérêt commun. Ce lien est fondamental dans ce contexte de durcissement des menaces, sur tous les territoires. Tous ensemble, nous devons construire un environnement favorable au développement de l’innovation. »

Parmi les porteurs de projets se trouvent de nombreux directeurs de programme issus de la Gendarmerie nationale, mais également d’autres Institutions, à l’instar de la Police nationale, des Douanes, des ministères des Armées et de la Justice, etc.

« L’innovation ne peut pleinement répondre au besoin opérationnel que si elle se construit dans le dialogue et la proximité avec les utilisateurs finaux », a rappelé le Général (2S) Emmanuel Miglierina, délégué général adjoint « Sécurité et international » au sein du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT).

Or, la force de ce salon réside dans sa capacité à connecter les besoins concrets du terrain avec des solutions technologiques mises en œuvre par les entreprises (start-up, TPE, PME…).

« L’innovation technologique n’est pas un luxe, mais une nécessité opérationnelle. Elle doit être au cœur de la réflexion sur la modernisation de la politique commune de sécurité pour accompagner la transformation des forces, la préparation de la réponse aux nouvelles menaces dans le contexte actuel […] nous obligeant à aller plus vite, à travailler différemment et à décloisonner les approches. »

Imaginer ensemble l’avenir !

Articulées autour de trois séquences phares, les Rencontres AGIR ont réuni cette année près de 800 participants.

Les traditionnels speed-meeting se sont déroulés tout au long de la journée dans l’espace Nicole Ginoux, une vaste salle de 1 000 m2. Programmées en amont, ces rencontres calibrées (15 minutes) ont pour objectif de mettre en présence porteurs de projet et entreprises afin de confronter besoins et solutions, et éventuellement aboutir à une collaboration qui s’étalera sur plusieurs mois avant que la solution ne soit validée et déployée. S’agissant d’une première prise de contact visant à définir finement le besoin, aucun contrat n’est signé lors de ce salon.

Pour Ysens de France, chargée de mission IA au sein du Centre d’expertise IA du Service de la transformation de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), « Depuis l’arrivée sur le marché de ChatGPT, il y a trois ans, on observe une réelle maturation des entreprises face aux besoins spécifiques et opérationnels que sont les nôtres. Des solutions sur mesure nous sont aujourd’hui proposées. Ces deux écosystèmes, que sont les porteurs de projet et les entreprises, ont une meilleure maîtrise du sujet de l’I.A et des enjeux associés. Par conséquent, l’expression du besoin s’est affinée. Celui-ci concerne le déploiement d’outils visant à aider et accompagner le gendarme dans sa vie quotidienne, mais également le développement de solutions répondant aux spécificités métiers, notamment pour les enquêteurs (traitement de la fiabilité des données…). »

Parallèlement à ces rencontres bilatérales ont eu lieu des tables rondes, keynotes et workshops, autour de thématiques d’actualité liées à l’innovation, aux industries et à la recherche : « Gestion et management de l’inconnu », « Financements publics et privés de la deeptech de souveraineté », « Enjeux de la robotique », ou encore « Enjeux du quantique ».

La présence de neuf délégations étrangères lors de cette journée témoigne en outre de la visibilité grandissante de cet événement et de l’intérêt qu’il suscite au-delà de nos frontières.

© SIRPA-G / BRC Alexandre Marcé

… mais aussi récompenser l’innovation et la créativité au service du collectif

Troisième temps fort de ces Rencontres, les traditionnelles remises de prix échelonnées au cours de la journée ont permis de récompenser et de mettre en valeur les initiatives innovantes portées par les entreprises et les militaires de la Gendarmerie.

Une première cérémonie de remise de prix « Technology Call » s’est tenue en fin de matinée, lors de laquelle ont été décernés trois prix « Projets de recherche » (AIR WAIV : 1er prix ; INIFUGE : 2e prix ; PROTECT FLEX : 3e prix), ainsi qu’un prix « Start-up » (GRAPHEAL).

Parmi les 47 projets reçus par la Gendarmerie nationale et l’Agence de l'innovation de défense, quatre ont ainsi été mis à l’honneur pour leur pertinence et leur capacité à renforcer la protection, l’efficacité et la résilience des militaires engagés sur le terrain.

La journée s’est achevée par la remise des prix « Prévention » et « Innovation » de la Gendarmerie. Dans la catégorie « Prévention », trois lauréats ont été récompensés. Le premier prix a été décerné au projet « MI-FORTNITE EXPERIENCE » porté par l’adjudant Frédéric H. (département de la prévention et de la cyber-résilience – Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace), le deuxième au projet « Mon corps, mon château-fort », porté par la maréchale des logis-cheffe Anaïs B. (maison de protection des familles du groupement de gendarmerie départementale de la Vienne), et le troisième au projet « Escape Game Harcèlement - Cyberharcèlement », porté par le major Jean-Vincent H. (maison de protection des familles du groupement de gendarmerie départementale du Puy-de-Dôme).

« Le prix de la prévention met en lumière les projets, les actions et les dispositifs qui renforcent l’action préventive de la gendarmerie au service des plus vulnérables et de la sécurité du quotidien. Ces initiatives démontrent notre capacité collective à améliorer nos modes d’action, à renforcer notre efficacité et à mieux protéger la population », a déclaré le général Gilles Martin, chef du Service de la transformation au sein de la Direction générale de la gendarmerie nationale.

Le premier prix de l’atelier de l’innovation a quant à lui été remis au projet « D3T : détecteur de drones et localisation en temps réel du télé-pilote », porté par l’adjudant Vincent B. et l’adjudant Donatien M., tous deux affectés à la Section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces / brigade départementale de renseignements et d’investigations judiciaires du Haut-Rhin. « Nous avons opté pour une solution peu coûteuse, portable et autonome, 100 % gendarmerie, intervenant en complément des solutions existantes et en cours de déploiement au sein de l’Institution. Réalisé en impression 3D, le boîtier est ainsi fabriqué et monté par les gendarmes. Simple d’utilisation sur le terrain, l’outil ne nécessite aucune formation spécifique », ont expliqué les deux lauréats.

Testée depuis mai 2025 par le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Mulhouse, la solution a d’ores et déjà permis de réaliser plusieurs détections.

Le deuxième prix de l’atelier de l’innovation a été décerné au projet « KES@KO – l’IA pour les applications métier ! », porté par le colonel de réserve Patrice C. (division régionale des réserves Région Île-de-France) et le gendarme de réserve Étienne G. (Compagnie de réserve territoriale 78/5 de Versailles). Le troisième prix a récompensé le projet de logiciel de formatage de texte, porté par le maréchal des logis-chef Donovan K. (brigade de proximité de Selles-sur-Cher).

« Ces rencontres illustrent notre volonté de stimuler et valoriser l’initiative, l’innovation et la créativité de nos personnels, la recherche de solutions nouvelles […], que ce soit au niveau du commandement, des état-majors ou des unités opérationnelles, au plus près des réalités missionnelles », a souligné le général Martin.

Rendez-vous en 2026 !


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