Milipol 2025 : le numérique au service des enquêtes judiciaire
- Par Léopold Dubois
- Publié le 01 décembre 2025

À l’heure digitale, la résolution des enquêtes judiciaires s’appuie de plus en plus sur l’exploitation des preuves numériques, ce qui implique une parfaite maîtrise de ce territoire pour mieux contrer les criminels. Elle bénéficie également de l’appui des nouvelles technologies pour débusquer plus facilement ou plus rapidement des indices essentiels. Au sein de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), les enquêteurs de l’Unité nationale d’investigation (UNI) et de l’Unité nationale cyber (UNCyber), ainsi que ceux des offices centraux, tirent parti de ces avancées technologiques, tout comme les unités de recherches territoriales. De nombreux gendarmes, experts dans le domaine, ont présenté ces évolutions lors de conférences au salon Milipol, du 18 au 21 novembre 2025.
Durant les quatre jours du salon Milipol, qui s’est tenu au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte du 18 au 21 novembre 2025, des gendarmes de différentes unités ont apporté leur expertise lors de plusieurs conférences sur la place du numérique et de l’intelligence artificielle dans les enquêtes, et sur les usages différents mais complémentaires qu’ils font des outils numériques dans le cadre de leurs missions.
La Gendarmerie nationale a depuis longtemps compris l’importance du numérique et s’est rapidement dotée d’outils pour dématérialiser les pièces de procédure. Elle a déployé ces dernières années les ordinateurs « Ubiquity » et les téléphones « Néogend », des outils qui favorisent la prise de plainte en mobilité et disposent d’accès sécurisés aux applications métier et aux fichiers centraux. Aujourd’hui, la Gendarmerie nationale participe à un projet d’ordinateur quantique qui devrait voir le jour vers 2030, selon l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI), qui porte le projet. En attendant cet ordinateur du futur, la gendarmerie ne cesse d’innover et ses militaires utilisent les outils numériques au quotidien pour renforcer l’efficacité de leur action, notamment dans le domaine judiciaire.
Le numérique en milieu subaquatique
Les outils numériques permettent ainsi de consulter les reconstructions en trois dimensions (3D) des scènes de crime. L’adjudant-chef Yohan, commandant de la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine, y a souvent recours. « Le milieu subaquatique est changeant et hostile à l’investigation, confie-t-il. En effet, il s’agit d’un espace froid, où il n’y a peu ou pas de lumière et beaucoup de particules en suspension. De plus, lors de son immersion, le plongeur est sujet à l’effet tunnel dû au masque de plongée, à l’incapacité de communiquer et au phénomène de réfraction qui l’empêche de voir loin. »
Pour faciliter le travail des plongeurs, la brigade fluviale utilise de plus en plus la photogrammétrie, c’est-à-dire la prise de nombreuses images qui se chevauchent pour reconstituer fidèlement un espace ou un objet. Il est aussi courant de recourir à la prise de vue à 360°. Ces deux techniques permettent aux enquêteurs de recréer la scène de crime et de parcourir le modèle 3D selon les besoins de l’enquête. « La photogrammétrie vient en complément des relevés effectués sous l’eau et permet surtout de fixer la scène de crime rapidement, indique l’adjudant-chef. Il faut malgré tout être bien formé à utiliser le matériel pour savoir, par exemple, que les zones sombres, réfléchissantes ou transparentes ne sont pas prises en compte par l’appareil. » Loin de la solution miracle, ces outils permettent tout de même de ne pas multiplier les plongées et d’offrir aux enquêteurs une représentation visuelle parlante qui les aidera dans l’identification d’indices.
Le numérique comme source de preuve
Téléphones, disques durs, GPS, cartes bancaires, objets connectés… Autant de supports pouvant contenir des preuves numériques contribuant à la manifestation de la vérité que les gendarmes doivent rechercher, saisir et exploiter. Au sein de la gendarmerie, la prise en compte du volet de la criminalistique numérique repose sur un réseau structuré d’enquêteurs et de techniciens spécifiquement formés. Pour appuyer les enquêteurs lors des perquisitions, le Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) de Gramat forme depuis 2023 des chiens à la détection de supports numériques. Ces chiens peuvent ainsi détecter des téléphones ou même des clés USB. Que ce soit dans le domaine du blanchiment d’argent ou de la pédopornographie, la découverte de ces supports est souvent primordiale.
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« La preuve numérique est au cœur des enquêtes », assure le capitaine Nicolas, chef du département véhicules du Centre national d’expertise numérique (CNENUM) de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Lors de la conférence qu’il a animée au salon Milipol, il a distingué deux types de supports. D’abord les “maîtrisés”, comme les ordinateurs ou les téléphones portables, pour lesquels la procédure d’acquisition des données est standardisée et les outils nombreux, ce qui n’est pas le cas pour les supports “exotiques”. « Ce sont des objets numériques dédiés au confort, comme les montres connectées ou encore les kits mains libres, indique l’officier de l’IRCGN. Pour les véhicules, la multiplicité des systèmes embarqués offre des données souvent très riches. » Ces supports nécessitent un outillage adapté et des compétences pointues en électronique. La tâche en vaut souvent la peine, car les informations contenues permettent de récupérer des éléments très pertinents. « Dans le cas d’une montre connectée, grâce aux données biométriques, nous pouvons connaître de façon précise l’heure de la mort et ainsi établir une chronologie fiable », assure le capitaine Nicolas. Le plus important dans cette démarche de collecte est de respecter la procédure pénale pour que ces preuves soient recevables.
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