Le ministre de l’Intérieur lance une campagne de communication pour responsabiliser les consommateurs de stupéfiants

  • Par le chef d'escadron Charlotte Desjardins
  • Publié le 06 février 2025
à gauche une silhouette aux contours en flammés sur fondnoir, à droite le minsitre de l'Intérieur, Bruno Retailluea, derrière un pupitre et deux micro, devnat le drpeau français et le drapeau européen et un écran géant portantla mention "Minsitère de l'Intérieur", avec tout à droite et enbas quelques têtes du public présent
© SIRPA-G - V. Martin et MDC B. Lapointe

Ce jeudi 6 février 2025, à l’Hôtel de Beauvau, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a lancé une campagne de lutte contre le narcobanditisme, la consommation et le trafic de stupéfiants. Une campagne de communication choc, visant à responsabiliser directement les consommateurs de drogue.

En 2024, les gendarmes ont verbalisé plus de 85 000 consommateurs de stupéfiants, dont plus de 60 000 par le biais des Amendes forfaitaires délictuelles (AFD). Ce sont aussi plus d’un million de dépistages stupéfiants qui ont été effectués lors des contrôles routiers menés par les militaires, conduisant à relever plus de 115 000 infractions liées aux stupéfiants. Un comportement aux conséquences dépassant le seul consommateur, puisque chaque année, ce sont près de 700 personnes qui trouvent la mort dans un accident de la route impliquant un conducteur ayant consommé des drogues.

C’est dans ce contexte que Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a dévoilé le clip de lancement de la campagne de lutte contre le narcobanditisme, la consommation et le trafic de stupéfiants, ce jeudi 6 février 2025, à l’Hôtel de Beauvau. Ce lancement s’est déroulé en présence notamment du général de corps d’armée André Petillot, Major général de la Gendarmerie nationale (MGGN), et de Louis Laugier, Directeur général de la Police nationale (DGPN).

L’objectif de cette campagne choc est de culpabiliser le consommateur plutôt que de simplement le sensibiliser. « Je ne veux pas d’une logique qui déresponsabilise les consommateurs de drogue, parce qu’on ne les place pas en face des conséquences de leurs actes », a souligné le ministre, citant la logique de marché qui fonde le narcotrafic, basé comme tout commerce sur la loi de l’offre et de la demande.

Faire de la lutte contre le narcotrafic une cause nationale

Bruno Retailleau est ensuite revenu sur la réorganisation de la justice et de la sécurité intérieure dans le cadre de la lutte contre les trafics de drogue, à l’image de ce qui a été fait dix ans auparavant dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Il a ainsi souligné le parallèle entre ces deux grandes causes nationales, qui permet de mettre en œuvre des mesures fortes et concrètes contre le narcotrafic et contre les consommateurs.

Outre la création d’un parquet national contre la criminalité organisée, le ministre a rappelé la mise en place d’un état-major placé sous l’autorité de la Direction nationale de la police judiciaire (DCPJ), ainsi que des mesures administratives et judiciaires concrètes pour agir contre les trafiquants.

Il a souligné l’importance des AFD, lancées en 2020, qui impactent directement le consommateur par le biais de son paiement et débouchent également sur une inscription au casier judiciaire. « Le total cumulé des AFD stupéfiants atteint 652 347 amendes au 31 janvier 2025, avec une hausse de 8 % depuis le 1er janvier 2025, soit 16 300 AFD », a-t-il précisé.

Il s’agit également, selon la volonté du ministre, de changer de logique en montrant la réalité du narcotrafic et ses conséquences. « Avec ce clip, nous allons montrer précisément que derrière ces paradis artificiels, il y a l'enfer, qui lui est bien réel. [...] Au bout du joint, au bout du rail de coke, il y a les canons des armes qui tuent, et qui tuent de jeunes victimes », a martelé le ministre, en rappelant les exemples d'enfants et de jeunes tués ou blessés à Rennes ou à Marseille, lors de règlements de comptes, mais aussi le cas de jeunes qui tuent à leur tour, recrutés par la criminalité organisée. Comme le dit le clip de la campagne : « Chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez ».

Sur l'assise rouge d'une chaise, une feuille avec l'image des contours enflammés d'une silhouette sur fond noir
© SIRPA-G - V. Martin et MDC B. Lapointe

Des drogues disponibles partout sur le territoire, des chiffres massue

Au-delà du constat initial de la loi du marché, cette campagne du ministère se fonde sur une conclusion de la commission d’enquête sénatoriale : la disponibilité des drogues, pour tous, partout, en ville comme à la campagne. Le consommateur peut aller à la drogue, mais la drogue peut aussi aller à lui.

Bruno Retailleau a ainsi communiqué les résultats de la dernière étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) : « La demande de cocaïne n'a jamais été aussi forte. 1,1 million de personnes ont consommé dans notre pays au moins une fois dans l'année 2023. Le cannabis, qui est la drogue la plus répandue en France, compterait 5 millions de consommateurs. L'usage de MDMA et d’ecstasy est passé de 400 000 à 750 000 personnes entre 2019 et 2023. […] L'expérimentation de l'héroïne continue de progresser : 850 000 personnes en auraient consommé au moins une fois au cours de leur vie. »

Le ministre est alors revenu sur le travail des forces de sécurité intérieure, qui ont réalisé des saisies record en 2024, dont 47 tonnes de cocaïne, contre 23 l’année précédente. Il y a quelques semaines, il a d’ailleurs félicité la section de recherches de Rouen pour la saisie de plus de deux tonnes de cocaïne dans le port du Havre.

C’est à ce travail sans relâche de la gendarmerie nationale, de la police nationale et de la douane, que le ministre a rendu hommage à l’occasion de cette conférence de presse.

« La légalisation du cannabis, c’est la voie de l’échec »

L’exemple du Canada et de la Californie montre à quel point la légalisation peut échouer face au trafic de stupéfiants, ce dernier ayant respectivement augmenté de 40 et 75 % dans ces deux pays. Plus proche de nous, le trafic de cigarettes, qui explose malgré l’existence d'un approvisionnement légal. Bruno Retailleau a assumé une posture ferme, refusant de suivre ce qu’il qualifie de « voie de l’échec. On aurait des points d'approvisionnement légaux, mais les restrictions juridiques seraient contournées par ailleurs sur un marché illégal, que ce soit sur la teneur en THC, sur l'interdiction de vente au mineur ou tout simplement sur le prix. »

Il a souligné les conséquences graves de la consommation de cannabis sur le cerveau, le risque de glissement vers les drogues dures, ainsi que les conséquences dès lors qu’un consommateur prend le volant. En 2022, un conducteur sur cinq impliqués dans les accidents mortels de la circulation routière était positif au cannabis, a rappelé le ministre de l’Intérieur.

Une campagne comme outil de responsabilisation

Par cette campagne établissant un lien direct entre une consommation et les conséquences dramatiques qui en découlent, Bruno Retailleau souhaite donc créer un électrochoc. « La consommation est complice de l'écosystème du narcotrafic et de la criminalité organisée », résume-t-il. Il assume les images choquantes et la rupture dans le discours et appelle également la société dans son ensemble à se responsabiliser dans cette lutte, qui nécessite un changement culturel face à la vision récréative de la drogue. Cela passera par le vote de lois sécuritaires, mais aussi par un renforcement des « défenses immunitaires » de la société, qui a le pouvoir de provoquer cette rupture culturelle.

Une lutte interministérielle

Le docteur Nicolas Prisse, médecin et président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), a également pris la parole à l’occasion du lancement de cette campagne ministérielle.
Rappelant la vulnérabilité des plus jeunes, ce dernier a insisté sur les conséquences cérébrales des consommations de drogue, le cerveau n’étant pas mature avant 25 ans : amnésie, problèmes de mémoire, d’attention et de sociabilisation. Il a également évoqué la dépendance que créent toutes les drogues, avec les retombées éducatives et sociales que cela implique, ainsi que dans le monde du travail. Il s’agit d’enjeux à la fois sécuritaires, sanitaires, mais aussi éducatifs et sociaux. Pour y répondre il faut débanaliser la consommation, au-delà de la question des soins.
Le travail des forces de sécurité intérieure et de la justice doit être couplé à des programmes de prévention en milieu scolaire et en dehors, pour que tous aient connaissance de ces risques. Il a rappelé à ce sujet le travail conduit par la MILDECA, en lien avec les préfectures et les communes, pour prévenir la participation des plus jeunes aux trafics de stupéfiants.
Nicolas Prisse a également rappelé le chiffre d’affaires provenant du trafic de cocaïne, qui s’élevait à plus de 3 milliards d’euros en 2023, dépassant pour la première fois celui du cannabis, avec toutes les conséquences financières que cela entraîne pour la société, tout en alimentant le marché des narcotrafics. L’offre massive de drogues de synthèse a encore assombri le tableau, avec des risques encore plus importants au niveau cardiaque, psychiatrique ou encore neurologique, que l’on ne sait pas soigner à ce jour. Il existe donc un lien entre la cause nationale contre les drogues et celle sur la santé mentale.
Enfin, le docteur Prisse a précisé que 10 % des avoirs criminels captés dans le cadre du narcotrafic (54 millions d’euros pour l’année 2025 contre 12 millions pour 2018) sont alloués à la MILDECA, permettant de financer des programmes de prévention et des campagnes de communication.


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