Le général de division Ghislain Réty fait son adieu aux armes

  • Par le commandant Céline Morin
  • Publié le 06 octobre 2025
© GEND/SIRPA/ADC F. BOURDEAU

Une cérémonie militaire présidée par le Directeur général de la Gendarmerie nationale et le préfet des Yvelines a marqué, ce jeudi 2 octobre 2025, la fin de la carrière militaire du général de division Ghislain Réty, après 34 années au service de la France, dont 31 en gendarmerie. À la tête du GIGN depuis 2020, il aura totalisé 17 ans au sein de l’unité d’élite de la gendarmerie nationale.

C’est une cérémonie militaire à la saveur toute particulière qui s’est tenue ce jeudi 2 octobre 2025, dans la matinée, sur le plateau de Versailles-Satory. Un moment solennel, empreint d’émotion, puisqu’il s’agissait de célébrer un tournant majeur dans la vie d’un officier général : l’adieu aux armes du général de division Ghislain Réty, commandant le GIGN depuis cinq ans. Neuf détachements représentatifs du groupe, visages masqués, étaient rassemblés sur la place d’armes du GIGN. À leurs côtés, venus de toute la France, de nombreuses autorités civiles et militaires, des anciens commandants du Groupe - parmi lesquels Christian Prouteau, Philippe Masselin, Olivier Kim, Thierry Orosco et Denis Favier -, des anciens opérationnels, mais aussi des proches du général Réty et des partenaires de l’unité, étaient présents pour assister à cette cérémonie présidée par le général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), et Frédéric Rose, préfet des Yvelines, avec une mise en musique assurée par une formation de la Garde républicaine.

Après les honneurs au drapeau et la revue des troupes, neuf décorations ont été remises par le DGGN et le commandant du GIGN à des officiers et sous-officiers de l’unité, saluant leur engagement et leurs actions d’éclat menées en métropole, outre-mer ou sur des théâtres d’opérations extérieures.

Le général Bonneau a ensuite procédé à la lecture de l’ordre du jour, face au général Réty, immobile sur la place d’armes. Revenant sur 34 années au service de la France, dont 31 en gendarmerie, le DGGN a salué le « parcours résolument tourné vers l’action » d’un « grand officier de gendarmerie ». « À l'aube de votre carrière sous les drapeaux, vous aviez fait le serment de défendre la nation et protéger la population en tout temps, en tout lieu et en toutes circonstances. Ce serment, vous l’avez honoré à chaque étape de votre engagement. »

© GEND/SIRPA/ADC F. BOURDEAU

« Le GIGN aura été la grande aventure, le fil rouge de votre carrière »

De son entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1991 à son troisième passage au GIGN, cette fois à sa tête, en 2020, le général Bonneau a retracé la carrière du général Réty : « Dans chacune de vos missions successives, vous avez gardé un seul et même cap : servir la France en luttant contre toutes les formes de criminalité. Le GIGN aura été la grande aventure, le fil rouge de votre carrière. »

Ghislain Réty intègre en effet le GIGN pour la première fois le 1er janvier 1996, après sa scolarité à l’École des officiers de la gendarmerie nationale (aujourd’hui Académie militaire de la gendarmerie nationale). En qualité de chef de mission, il dirige alors « plus de 150 opérations particulièrement sensibles : lutte contre le terrorisme, forcenés, prises d'otages, enlèvements, extorsions de fonds ». Le groupe sort tout juste de l’opération de Marignane et est fortement sollicité. Les missions s’enchaînent, en France comme à l’étranger. « Vous vous illustrez notamment en Bosnie-Herzégovine, lors de la traque du criminel de guerre Radovan Karadžić. Comme à chaque fois, vous manifestez une rigueur opérationnelle sans faille dans un style de commandement direct et empreint d'humanité. Des qualités que toute la suite de votre parcours viendra confirmer. »

De 2001 à 2004, il commande la compagnie de gendarmerie départementale du Moule, en Guadeloupe, menant « une action rigoureuse contre l'insécurité, les narcotrafics et les réseaux d'immigration irrégulière. Jusqu’au dernier jour, vous êtes engagé à 100 % dans l’activité de votre compagnie. »

En 2007, il retrouve le GIGN et participe à la première grande réorganisation du groupe. Il contribue notamment à renforcer son rôle dans le contre-terrorisme aérien en lien avec les unités européennes homologues. En 2010, nommé à la tête de l’état-major opérationnel du GIGN, il assure la continuité de toutes les opérations de l’unité en France et à l’étranger, notamment en Afghanistan ou au Burkina Faso, où il est projeté en 2013.

La même année, il prend le commandement du groupement de gendarmerie départementale de la Gironde. « Homme de terrain, apprécié de vos militaires comme de vos interlocuteurs, vous conduisez plusieurs opérations délicates », a souligné le directeur général, citant l’intervention sur l’accident de car de Puisseguin, l’évacuation de centaines de personnes menacées par un grave incendie près de Bordeaux ou encore la direction d’opérations judiciaires sensibles, sans oublier la lutte contre la menace terroriste. « À chaque fois, vous démontrez votre capacité à gérer les crises avec maîtrise. »

En 2016, son expérience le conduit à la Direction générale comme chef du bureau défense, dans le contexte des attentats. Il contribue alors « à adapter notre réponse antiterroriste grâce à un important travail doctrinal visant à tirer les enseignements des attaques de 2015 ». Il sera notamment à l’origine du programme Train Marshal après la tentative d’attentat contre le Thalys.
Ghislain Réty devient ensuite chargé de mission à la direction des opérations et de l’emploi. Au moment de la crise sanitaire, il se voit désigné chef de l’état-major de crise COVID pour la gendarmerie.

En août 2020, il reprend pour la troisième fois le chemin du GIGN, cette fois en tant que commandant. Il mène alors une réforme d’ampleur, dite GIGN 3.0, qui se traduit par l’intégration organique des 14 antennes de métropole et d’outre-mer sous un commandement unique basé à Satory, le rattachement de 120 militaires chargés de la protection des hautes autorités, la professionnalisation et le renforcement de la formation des Groupes d’observation surveillance (GOS), notamment en outre-mer, où ils sont intégrés dans les antennes GIGN, ainsi que l’intégration récente des trois antennes techniques.

Ses cinq années de commandement sont également marquées par des « opérations majeures », comme l’a rappelé le DGGN : « En Ukraine, au Soudan, en Haïti, en Côte d'Ivoire ou encore, très récemment, à Jérusalem. Le GIGN a également été mobilisé à l’été 2023 lors des violences urbaines, et en Nouvelle-Calédonie en 2024 face aux émeutes insurrectionnelles. Sans oublier la sécurisation des Jeux olympiques et paralympiques et en même temps l'importante organisation des 50 ans du GIGN. Sans oublier non plus les nombreuses opérations anticriminalité et antiterroristes, les traques de forcenés, les gestions de prises d'otage, la sécurisation des sites sensibles, toutes ces opérations qui font le quotidien des militaires du GIGN, où chacun joue un rôle précis et décisif. À chaque fois, sous votre autorité, l'unité a démontré sa force, sa réactivité, sa capacité d'adaptation et son agilité. Durant cette période, face à la mission, vous avez collectivement su faire face. » À cette occasion, le général Bonneau a également rendu hommage aux deux militaires du GIGN disparus durant ce temps de commandement : le major Arnaud Blanc, en mission en Guyane, et le capitaine Jérôme Favier, en service.

Au-delà de ce parcours exceptionnel, le DGGN a enfin salué un chef « d’une rigueur opérationnelle sans faille, dans un style de commandement direct et empreint d’humanité. (…) Courage, détermination, robustesse et résilience : tels sont les maîtres mots de votre conception du commandement. » Mais aussi l’homme derrière l’uniforme : « Tous ceux qui ont travaillé avec vous ou sous votre commandement connaissent vos très hautes qualités personnelles et professionnelles, celle d'un chef charismatique, franc et direct, loyal et inspirant. Ils savent votre rigueur intellectuelle, votre exigence et votre discipline de grand sportif. Ils savent que dans chacune de vos responsabilités, vous avez su emporter l'adhésion par votre culte de la mission, votre dynamisme et votre constante volonté de dépassement de soi. Ils savent aussi votre souci de l'humain en lien avec l'efficacité opérationnelle. Ils savent enfin combien l'engagement et le dévouement ont guidé et ont structuré toute votre vie. »

« C’est avec émotion et respect que nous achevons cette belle carrière militaire guidée par l’exigence et portée par l’excellence », a conclu le général Bonneau.

© GEND/SIRPA/ADC F. BOURDEAU

« Le GIGN, une école de vie et de commandement »

À l’issue de cette cérémonie solennelle, le général Réty s’est exprimé à son tour, dans un registre plus personnel, devant le parterre d’invités rassemblés dans les hangars du groupe, déjà préparés pour la célébration de la Saint-Michel. Remerciant les personnes présentes, il a rendu hommage à sa « bonne étoile » ainsi qu’à toutes celles et ceux - famille, amis, mentors et collègues - qui ont jalonné sa carrière et permis son parcours exceptionnel.

En préambule, il a tenu à saluer l’ensemble des militaires qui ont servi sous son commandement, et tout particulièrement ceux du GIGN, avec une pensée pour les camarades tombés en service, et ceux blessés dans leur chair. « Un bilan n'est pas l'œuvre uniquement d'un patron, même s'il a forcément un rôle majeur, il est le fruit d'un engagement collectif et d'un travail collégial », a-t-il souligné. Et de poursuivre : « Le GIGN n’est pas seulement une unité opérationnelle, c’est une école de vie et de commandement, exigeant de trouver des équilibres subtils ».

Remerciant tous les membres du GIGN « pour la fraternité et les moments partagés » au cours de ces 17 années, le général Réty a déclaré avec émotion : « C'est vous qui donnez du sens à cette unité. Vous m’avez donné bien plus que je ne pouvais attendre. Vous avez été à la hauteur de la confiance que je plaçais en vous, et je n’oublierai jamais la loyauté, le courage, l’engagement, le professionnalisme et l’esprit de corps que vous incarnez. Continuez à porter nos valeurs et à vous engager pour la vie. Chacune et chacun d'entre vous a contribué à faire de mes années au GIGN un parcours unique. Être votre chef a été un vrai privilège, une véritable fierté. »

Aux anciens, il a exprimé sa gratitude pour la confiance accordée dans les opérations les plus sensibles ainsi que la transmission de leur savoir-faire, de leur expérience et de l’exigence qui définit le GIGN. Aux plus jeunes, il a adressé un message de confiance : « Continuez à cultiver cette abnégation, cette rigueur et cette humilité qui font notre force collective. Vous êtes les héritiers d’une histoire prestigieuse. J’ai confiance en vous pour continuer à l’écrire avec honneur. Restez toujours affamés, ne vous contentez jamais du statu quo. Cherchez à grandir, osez. Continuez à être exigeants envers vous-mêmes comme vous l’êtes envers les autres : c’est le propre et la force du GIGN. »

Soulignant sa fierté d’avoir vu l’unité évoluer sans jamais perdre son âme, le général Réty a rappelé ce qui fait, selon lui, la singularité du groupe : « Le GIGN, c’est l’intelligence collective incarnée, une alchimie où chaque membre détient une parcelle de la solution, et où l’ensemble dépasse toujours la somme des parties. »

En prononçant ce troisième et dernier discours de départ du GIGN, le général Réty a ainsi refermé « non pas un chapitre mais un livre », confiant quitter ses fonctions « serein, avec la fierté du devoir accompli et le cœur rempli de reconnaissance ».

Le général de division Ghislain Réty quittera définitivement la tête du GIGN et l’Institution le 15 octobre 2025, date à laquelle il prendra ses nouvelles fonctions à la direction de la sûreté d’Air France. Le nom de son successeur sera annoncé prochainement par le ministre de l’Intérieur, a indiqué le DGGN.


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