La conférence inaugurale de Sciences Po Défense et Stratégie accueille le général d’armée Hubert Bonneau
- Par la rédaction du site Gendinfo
- Publié le 17 septembre 2025
À l’invitation de l’association Sciences Po Défense et Stratégie, le Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), le général d’armée Hubert Bonneau, s’est exprimé ce lundi 15 septembre 2025, lors de la conférence inaugurale de rentrée de Sciences Po Défense et Stratégie. L’occasion de partager, devant 200 étudiants, sa vision des grands enjeux de sécurité intérieure, dans un contexte marqué par la multiplication des menaces hybrides, la cybercriminalité et la montée des radicalités.
À l’invitation de l’association Sciences Po Défense et Stratégie (SPDS), fondée au lendemain des attentats de novembre 2015, le Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), le général d’armée Hubert Bonneau, a ouvert le cycle de conférences 2025-2026. Devant 200 étudiants en Masters Affaires publiques et Masters spécialisés Défense et stratégie de Sciences Po, ainsi que venus d’autres d’universités parisiennes, il a livré, pendant près d’une heure, sa vision des grands défis sécuritaires contemporains, insistant notamment sur la place, à la fois singulière et indispensable, de la gendarmerie dans le continuum sécurité-défense.
En préambule, le DGGN a dépeint un environnement de plus en plus conflictuel, où les crises se multiplient et où les insécurités augmentent, rappelant à ce titre la prégnance des tensions internationales, de la guerre en Ukraine aux crises au Proche-Orient, en passant par les tentatives de déstabilisation sur le territoire national, les mobilisations sociales et l’évolution de la criminalité organisée. « C’est une période inédite qui bouscule nos certitudes et nous impose de revoir nos priorités. (…) Ce n’est pas un moment de transition, mais un point de bascule. »
Cinq grands marqueurs stratégiques
Dans son état des lieux, le général Bonneau identifie cinq grands marqueurs qui se conjuguent et se combinent :
- l’aggravation des tensions internationales, y compris aux portes de l’U.E, et leurs répercussions sur le territoire national, à travers notamment des actions hybrides de déstabilisation ;
- la hausse des criminalités et des violences, notamment du narcotrafic ;
- le durcissement des contestations radicales sur le territoire national (permanence du risque terroriste, montée des radicalités idéologiques, notamment écologiques et politiques, avec une exacerbation des extrémismes, climat insurrectionnel porté par les indépendantistes en Nouvelle-Calédonie et, enfin, tensions sociales propices aux manifestations violentes) ;
- la multiplication des menaces dans le cyberespace, avec une augmentation de 43 % des infractions numériques au cours des trois dernières années et plus d’escroqueries désormais dans le cyberespace que dans le monde physique ;
- l’aggravation des atteintes à l’environnement, désormais considérées comme étant la 4e source de revenus criminels après les stupéfiants, la contrefaçon et la traite des êtres humains. Générant entre 80 et 230 milliards d’euros de gains illicites chaque année, cette criminalité constitue la première source de financement des groupes armés et terroristes.
« Préserver la cohésion nationale »
Face à ce contexte troublé et instable, dans lequel se multiplient les menaces hybrides, le DGGN estime qu’il est primordial de « préserver la cohésion de la Nation » en tant que centre de gravité stratégique. Pour lui, la réponse passe d’abord par l’action collective des services régaliens, à travers le renforcement du continuum sécurité-défense, indispensable à la protection des intérêts fondamentaux du pays et garant de la continuité de ses outils de réponse à une menace ou une attaque. Il a également insisté sur l’importance des liens de la gendarmerie avec les élus et la société civile. À ce titre, la réserve opérationnelle, forte de 36 000 volontaires, avec une cible de 50 000 personnels d’ici 2030, tient également une place très importante dans cette posture.
La gendarmerie au cœur du continuum sécurité-défense
Le DGGN a ensuite détaillé les adaptations spécifiques conduites par la gendarmerie afin de renforcer sa position au sein du continuum sécurité-défense : densification de la couverture territoriale, structuration des outils d’enquête et convergence entre la police judiciaire et le renseignement criminel, notamment à travers la création, le 1er septembre 2025, de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), dédiée à la lutte contre la criminalité organisée, et, enfin, renforcement des fondamentaux militaires, essentiels à l’efficacité opérationnelle. « Il faut s’adapter et se préparer à un durcissement du contexte de la mission », a estimé le général Bonneau, avant de souligner que l’engagement, le don de soi, l’esprit de sacrifice, la loyauté sont des valeurs qui parlent à la jeunesse.
Enfin, le DGGN a rappelé que la sécurité intérieure de la France se joue également en dehors de ses frontières. Face à une criminalité de plus en plus transnationale, la gendarmerie approfondit sa stratégie de coopération internationale. Celle-ci repose sur plusieurs axes : l’européanisation de ses missions, le développement de son action en Afrique, le renforcement de la coopération avec les pays voisins de nos outre-mer, notamment le Brésil et l’Australie, et, enfin, la densification du lien avec les gendarmeries sœurs, dans la dynamique de la présidence française de la FIEP, que la gendarmerie nationale assure cette année.
Ces engagements visent à endiguer les flux criminels qui menacent le territoire français (trafics de stupéfiants, d’armes, d’êtres humains ou encore exploitation illégale des ressources) et à déployer des dispositifs conjoints de contrôle et de renseignement. En partageant son expertise et ses savoir-faire opérationnels, la gendarmerie contribue à la sécurité des populations au coeur des territoires, tout en renforçant son rayonnement et celui de la France.
« Nous disposons des outils pour y faire face »
« Nous sommes dans un moment de bascule, potentiellement de rupture, en raison d’une continuité inédite des menaces, qu’elles soient internationales ou nationales, portées par des compétiteurs étatiques ou criminels, allant des incivilités du quotidien jusqu’aux contestations violentes et aux insurrections », a insisté le général d’armée Hubert Bonneau en conclusion de son intervention.
Pour autant, le Directeur général de la Gendarmerie nationale reste optimiste : « Nous disposons des outils pour y faire face. » La gendarmerie s’adapte aux nouvelles menaces, prépare la défense opérationnelle du territoire et renforce le continuum sécurité-défense. Ce dernier a rappelé à ce titre la confiance des Français envers leurs forces armées et de sécurité (88 % d’opinions favorables pour les armées, 85 % pour les gendarmes et 79 % pour les policiers), ainsi que l’attrait croissant pour la réserve opérationnelle, signe d’une véritable volonté citoyenne d’engagement. « C’est un signe de cohésion forte, qu’il nous faut préserver et renforcer. »
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