Face à la recrudescence des rodéos sauvages, le ministre de l’Intérieur s’est rendu dans le Val-d’Oise afin de soutenir le monde agricole
- Par Hélène THIN
- Publié le 25 juillet 2025

Ce mercredi 23 juillet 2025, Bruno Retailleau, ministre d’État, ministre de l’Intérieur, s’est rendu à Condécourt, dans le Val-d’Oise (95), accompagné d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, dans le cadre de la lutte contre les rodéos agricoles et l’insécurité en zone rurale.
C’est un véritable fléau auquel sont confrontés chaque année les agriculteurs. Avec l’arrivée des beaux jours, les rodéos agricoles, ou rodéos sauvages, se multiplient dans les campagnes, entraînant la destruction des cultures et des pertes financières substantielles. Ces comportements illicites sont principalement le fait d’adolescents ou de jeunes adultes, se livrant à des incursions à moto, quad ou autre engin motorisé, sur des parcelles agricoles alors transformées en terrain de jeu.
C’est dans ce contexte que le département du Val-d’Oise (95), particulièrement touché par ce phénomène, a reçu ce mercredi 23 juillet 2025, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, et la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard.
Majoritairement rural, le département possède une superficie agricole de 55 350 hectares, répartis entre 517 exploitations.
« Les rodéos, la violence, c’est aussi en campagne, a déclaré Bruno Retailleau. Il est hors de question de laisser les agriculteurs seuls. Nous sommes à leurs côtés. »
Ordinairement organisés en agglomération, ces rodéos se déplacent dorénavant en zones rurales. « Non homologuées et puissantes, les motos utilisées lors de ces rodéos permettent à leurs auteurs de prendre la fuite à travers champs. Nous avons dû revoir nos modes d’action, souligne le capitaine (CNE) Pierre Pagenel, commandant de l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR) du Val-d’Oise. En cas de refus d’obtempérer, nous engageons systématiquement la poursuite et avec discernement. »
Cet engagement a permis, le 4 mai 2025, l’interpellation d’un mineur qui avait dégradé un champ de luzerne à Condécourt (95). Les motocyclistes de l’EDSR l’avaient appréhendé après un refus d’obtempérer, à travers champ et dans les bois, sur plusieurs kilomètres.
« Il y a eu un impact psychologique. Sur les réseaux sociaux, on peut lire maintenant : “on ne va pas dans le Val-d’Oise” », déclare le colonel Denis Mottier, commandant le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Val-d’Oise.
15 000 atteintes aux biens recensés chaque année
Les rodéos sauvages ne constituent pas les seules atteintes aux biens dont sont victimes les agriculteurs. Vols de matériels agricoles, de carburant, de cultures, d’animaux, dépôts sauvages, rassemblements musicaux illégaux… Pas moins de 15 000 faits sont ainsi recensés chaque année sur l’ensemble du territoire.
Lors de sa visite dans le Val-d’Oise, en compagnie d’Annie Genevard, Bruno Retailleau a pu rencontrer les acteurs du monde agricole. Il a par la suite assisté à une présentation des moyens de prévention et de lutte mis en œuvre par le groupement de gendarmerie départementale du Val-d’Oise pour contrer ce fléau, en présence du général d'armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale.
Les différents acteurs ont ensuite pu débattre des questions de sécurité en milieu rural lors de la table ronde qui était organisée.
À l’issue de cette séquence, lors de laquelle a été saluée la qualité des échanges entre gendarmes et acteurs de proximité, le ministre de l’Intérieur et la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ont assisté à la signature de la convention départementale de partenariat relative au renforcement de la sécurité et de la tranquillité en milieu rural, entre les services de l’État (dont le GGD 95), les représentants de la Chambre d’Agriculture, de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles d’Île-de-France (FDSEA Île-de-France) et du syndicat des Jeunes Agriculteurs.
La visite ministérielle s’est achevée par un temps d’échange avec la presse.
Une parfaite collaboration entre agriculteurs et gendarmes
Comme présenté à l’occasion de cette visite ministérielle, le groupement de gendarmerie départementale du Val-d’Oise, dont la zone de compétence couvre 76,88 % du département, œuvre sans relâche afin de lutter contre l’insécurité en zone rurale. De nombreuses opérations de lutte anti-rodéos sont ainsi conduites, avec l’appui des diverses composantes de la gendarmerie. Des moyens 3 D, qu’il s’agisse des drones (Cellule nationale observation exploitation de l'imagerie légale/CNOEIL ou moyens du GGD) ou des hélicoptères de la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Vélizy-Villacoublay (78), sont ainsi engagés afin de renseigner et d’appuyer la manœuvre au sol des gendarmes des compagnies de Pontoise, de L’Isle Adam et de Montmorency ainsi que de l’EDSR.
Outre les quads utilisés par les gendarmes, l’EDSR va être doté, après une expérimentation concluante, de quatre motos Honda CRF300L. Ce projet va être intégralement financé par le Conseil départemental du Val-d’Oise. Ces nouveaux moyens, attendus pour septembre 2025, devraient élargir et renforcer encore davantage l’action des militaires de l’EDSR sur l’ensemble des atteintes au monde agricole.
L’engagement et la détermination des gendarmes du Val-d’Oise ont permis de multiplier par deux le nombre de saisies de deux-roues motorisés impliqués dans des rodéos sauvages au premier trimestre 2025, comparativement à l’année 2024 (soit 68 véhicules saisis et treize personnes interpellées).
Autre facteur déterminant, la collaboration entre gendarmes et agriculteurs, jugée excellente, permet une très grande réactivité des militaires, grâce à la transmission optimale du renseignement par les agriculteurs.
La lutte coordonnée entre forces de l’ordre et exploitants de ce département a ainsi été saluée par les deux ministres. « Un modèle qui pourrait être dupliqué partout en France », ont-ils déclaré.
En hausse depuis plusieurs années sur le territoire du Val-d'Oise, les dépôts sauvages de déchets, principalement issus du secteur du Bâtiment et travaux publics (BTP) sont également au cœur de l’action des gendarmes. Une Cellule de lutte contre les atteintes à l’environnement (CeLAE) a ainsi été créée en mai 2022 par le GGD 95. 333 infractions relatives aux déchets, 272 contraventions et 61 délits, dont 2 ayant fait l’objet d’une Amende forfaitaire délictuelle (AFD), ont été relevés par les gendarmes du département depuis janvier 2024.
L’action volontariste de l’État afin de renforcer la sécurité des agriculteurs et des exploitations
Un communiqué publié ce 24 juillet 2025 par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire précise les principaux axes d’action d’ores et déjà engagés par l’État, afin de lutter contre l’insécurité en zone rurale :
- un partenariat renforcé entre gendarmerie et monde agricole, notamment par la mise en place de nouvelles conventions départementales, à l’image de celle signée dans le Val-d’Oise, visant à lutter plus efficacement contre les rodéos et les dépôts sauvages.
- Faciliter le dépôt de plainte et améliorer l’information des agriculteurs, afin d’inciter les victimes à effectuer cette démarche.
- Mieux tracer les matériels agricoles volés, en particulier les GPS embarqués, dont le vol représente pour les agriculteurs un préjudice considérable.
- Vers une amélioration de l’indemnisation des agriculteurs victimes de dégradations massives (consécutives à des rave parties ou des rodéos notamment), en lien avec les banques, les assureurs et les collectivités.
- Durcir les sanctions et mieux qualifier les infractions : des pistes législatives sont à l’étude, notamment à travers la proposition de loi portée par le député Xavier Breton, créant un délit d’entrave aux activités agricoles en cas d’intrusion dans une exploitation. Une mesure qui permettrait de combler un vide juridique.
« Ces atteintes régulières à l’encontre de nos agriculteurs ne sont pas seulement des délits : ce sont des attaques contre ceux qui nous nourrissent. Elles provoquent une détresse économique, mais aussi morale. Il est de notre responsabilité de protéger ceux qui défendent chaque jour notre souveraineté alimentaire. S’en prendre à un agriculteur, c’est s’en prendre à l’intérêt général. L’autorité ne s’arrête pas aux limites des métropoles : elle doit aussi être respectée dans les champs et dans les cours de ferme », déclare dans ce communiqué la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
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