Réunion de commandement : le directeur général de la gendarmerie délivre sa feuille de route

  • Par le commandant Céline Morin
  • Publié le 15 novembre 2024
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Les commandants de région, de groupement, de section de recherches et des formations assimilées étaient réunis, ce jeudi 14 novembre 2024, à l’école militaire, à Paris, pour assister à la première réunion de commandement présidée par le général d’armée Hubert Bonneau. L’occasion pour le nouveau directeur général de la gendarmerie nationale de revenir sur le cadre fixé le matin même par le ministre de l’Intérieur aux forces de sécurité intérieure, de livrer son analyse du contexte actuel et de présenter sa feuille de route.

C’est dans l’enceinte de l’école militaire, à Paris, où le matin même le ministre de l’Intérieur avait délivré ses grandes lignes directrices aux échelons territoriaux de la gendarmerie et de la police nationales, ainsi qu’aux préfets, que le directeur général de la gendarmerie (DGGN) s’est à son tour adressé à l'ensemble des commandants de région, de groupement, de section de recherches et des formations assimilées.

En préambule, le général d’armée Hubert Bonneau a tenu à rappeler son attachement à la chaîne de commandement et « au collectif que nous formons », indiquant que « chacun doit jouer son rôle au bon niveau et prendre sa place, toute sa place ». Il a ainsi rappelé le rôle des différents échelons territoriaux avant d’insister sur les deux piliers fondamentaux sur lesquels repose la gendarmerie : la militarité, en verticalité, et la territorialité, en horizontalité. « Vous êtes des chefs militaires ayant la pleine responsabilité de vos territoires à vos échelons respectifs. […] Nous nous inscrivons tous dans un seul et même collectif ; nous regardons dans la même direction, orientés vers le même cap : […] “Fermeté, exemplarité, unité”, c’est ce que le pays attend ! »

Le DGGN a ensuite rendu hommage à l’action quotidienne des gendarmes, départementaux, mobiles, des gendarmeries spécialisées, et de leurs chefs, au cours des derniers mois, dans des contextes de paix ou de crises, qu’il s’agisse de la gestion des grands événements (Jeux Olympiques et Paralympiques, 80e Anniversaire du Débarquement, Sommet de la Francophonie…) ou d’épisodes d’ordre public de plus en plus durs. L’occasion aussi de saluer l’engagement exceptionnel de la gendarmerie mobile et du GIGN en Nouvelle-Calédonie, et plus largement l’action de la gendarmerie outre-mer, mais aussi le travail des enquêteurs, « qui font un travail indispensable ».

La gendarmerie doit être « la force armée de la défense territoriale »

« Pragmatique », c’est ainsi que le général d’armée Hubert Bonneau a défini sa feuille de route. Revenant tout d’abord sur le contexte actuel, le DGGN a pointé cinq grands marqueurs : l’impact des tensions internationales sur le territoire national, l’aggravation des criminalités et des violences, du bas au haut du spectre, l’intensification des contestations radicales ainsi que des menaces dans le cyberespace, et, enfin, les atteintes à l’environnement.

« Nous ne sommes pas dans un moment de transition, mais plutôt à un point de bascule. […] Les attentes des Français sont très fortes pour la préservation de l’État de droit et le maintien de la cohésion nationale en tous points du territoire, a affirmé le DGGN. Dans ce contexte, j’ai la conviction que la gendarmerie est un recours.[…] Particulièrement robuste et adaptée à ce contexte et à ces attentes, elle est en mesure d’apporter, sous l’autorité des préfets, une réponse forte et adaptée dans sa zone de compétence, comme en appui de la police nationale, au quotidien comme dans les crises. […] La gendarmerie nationale doit continuer d’être une force régulatrice pour faire respecter le contrat social, protéger les institutions et préserver notre centre de gravité qui est la cohésion de la nation. »

Des lignes d’opération pragmatiques et des plans d’action

L’évolution de l’environnement stratégique ainsi posé, le général d’armée Bonneau a fixé le cap à suivre : celui d’une couverture territoriale renforcée, notion consubstantielle à celle de sécurité du quotidien. « La gendarmerie, avec ses moyens rustiques mais permanents, doit être “la force armée de la défense territoriale”. »

Intégrant plusieurs contraintes liées au contexte général (situation budgétaire difficile, lourdeur des contraintes juridiques, fatigue opérationnelle des gendarmes mobiles et départementaux, mais aussi dans les états-majors) et la nécessité d’une action portant des effets rapides et durables, plusieurs lignes d’opération se dessinent.

Au premier rang des axes ainsi développés, le DGGN a indiqué vouloir « des gendarmes bien commandés et bien formés, en mesure, dans leur circonscription et dans leur mission, de faire face à tous types d’événements, en toutes circonstances ». Une orientation impliquant de raffermir les fondamentaux, condition de l’efficacité de l’Institution. « Notre militarité n’est pas négociable, a insisté le général d’armée Bonneau. Notre modèle est pertinent, moderne et adapté au contexte. » Et de citer en exemple la manœuvre déployée en réponse aux violences insurrectionnelles en Nouvelle-Calédonie, illustrant la capacité d’action des gendarmes départementaux, la capacité d’une montée en puissance rapide et celle de générer et de projeter des forces.

Pour répondre à cet objectif, il apparaît nécessaire de satisfaire à deux exigences majeures. La première est celle de l’exercice du commandement, « dans vos fonctions et à vos échelons respectifs. » Cela passera par un renforcement de la formation et la réaffirmation de la culture de la maîtrise de l’usage de la force.

La seconde exigence est de continuer à durcir les unités pour faire face à toutes les adversités et être en mesure d’intervenir sur l’intégralité du spectre. À cet effet, le DGGN appelle à préserver les périodes d’entraînement, pour la Gendarmerie mobile (G.M.) comme pour la départementale (G.D.), à renforcer la formation des G.M., avec une instruction au combat, à maintenir des liens forts avec les Armées (formations, exercices…), et, enfin, à préserver des périodes de recyclage au CNEFG (Centre National d'Entraînement des Forces de Gendarmerie). Pour ce faire, un plan d’action sera piloté par la Direction des ressources humaines de la gendarmerie (DRHGN) et le CEGN (Commandement des Écoles de la Gendarmerie Nationale).

Sur une scène, à gauche, le général d'armée Bonneau, en vareuse, s'exprime au micro, derrière un pupitre. A sa gauche, sur une table haute, un ordinateur est ouvert. Derrière lui, les plis des drapeaux français et européen. A sa droite, sur la scène, le major général, en vareuse, est assis sur un fauteuil blanc. Il est entouré de cinq autres fauteuils vides. En fond, sur un rideau rouge, un écran géant indiquant "Général d'armée Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale".
© SIRPA-Gendarmerie - ADC F. Bourdeau

Une action plus efficace contre la délinquance

Deuxième ligne d’opération : une action plus efficace contre la délinquance, grâce à une couverture territoriale densifiée et au travail d’enquête. Il s’agit pour le directeur général de « miser sur une présence augmentée sur le terrain et d’orienter les actions au regard des enjeux locaux.[…] Le terrain commande, c’est sur lui que l’on doit faire porter tous nos efforts, et sur les échelons territoriaux. […] Aux problèmes locaux, on apporte des réponses locales. […] Aux problèmes concrets, des réponses concrètes. » Cela demande de mettre « pleinement en œuvre nos principes essentiels de subsidiarité et de déconcentration. […] Chacun doit assumer pleinement ses responsabilités. […] L’échelon central n’a pas vocation à imposer des modalités d’application générale, mais doit définir des effets à obtenir, des finalités à remplir. Charge aux échelons locaux de rechercher ces effets sur le terrain. » Cela demande également de mieux orienter l’action de voie publique, en prenant en compte les particularités de chaque territoire. Là aussi, un plan d’action PVP (Présence de Voie Publique) sera élaboré par la Direction des opérations et de l’emploi (DOE), le Commandement de région zonale (CRZ) et le Commandement de la gendarmerie pour les réserves et la jeunesse (CRZ), les réservistes étant essentiels à cette manœuvre.

Le général d’armée Hubert Bonneau a également évoqué le maintien de l’« aller vers », ainsi que celui du programme des 239 brigades. À ce titre, la gendarmerie doit élaborer un calendrier précis afin que le ministre de l’Intérieur puisse en informer les élus.

Il sera nécessaire pour ce faire de trouver des marges de manœuvre et ce, en agissant sur plusieurs leviers, lesquels seront définis dans le cadre d’un plan d’action sur la performance et la productivité.

Le DGGN a également annoncé l’élaboration d’un plan d’action sur la P.J., « enjeu majeur ». Il s’agit notamment de revoir les modalités d’action dans le cadre d’une vision complétée et affinée, c’est-à-dire développer le renseignement criminel et le travail d’analyse, ou encore travailler en profondeur sur l’architecture criminelle (blanchiment, cryptoactifs). Il s’agit aussi de mener une réflexion autour du renforcement des structures (sections d’appui judiciaire, brigades départementales de renseignements et d'investigations judiciaires, organisation des sections de recherches, etc.), sur l’amélioration de la performance grâce à l’IA, sur notre action dans le cyberespace, etc.

Le général Bonneau a enfin évoqué un plan d’action sur le renforcement nécessaire des partenariats, avec la police nationale, les polices municipales, les armées ou encore les acteurs de milieux spécifiques, tel l'Office français de la biodiversité. Un plan d’action sera également dédié à l’outre-mer.

Quatre facteurs de succès

Afin de relever le défi du durcissement face aux adversités et d’être au rendez-vous de ces lignes d’opération, la gendarmerie possède des atouts sur lesquels s’appuyer, qu’elle devra renforcer ou compléter, au premier rang desquels le recrutement et la fidélisation. « Nous devons continuer à recruter dans tous les milieux et tous les territoires, y compris outre-mer, des jeunes gens prêts à accepter les sujétions de l’état militaire et affronter des situations de plus en plus dures », a exposé le DGGN, insistant sur la nécessité d’adapter le recrutement, « sans baisser nos standards et nos exigences », mais en durcissant les critères de sélection en termes de résilience. « Nous serons clairs sur les fondamentaux du statut et sur nos messages en termes de recrutement : discipline, disponibilité, mobilité… »

Quant à la fidélisation des personnels, devenue aujourd’hui un véritable sujet d’attention face à l’évolution de la société et des aspirations individuelles, il s’agira notamment de porter l’effort sur l’accompagnement des militaires et de leurs familles, mais aussi sur la prise en compte des aspirations.

Deuxième facteur de succès : la formation et l’aguerrissement. Pour le général d’armée Bonneau, cela repose sur le renforcement de la formation initiale pour affermir les compétences de base et mieux armer les sous-officiers face aux défis d’un engagement exigeant ; l’amélioration de la formation des gradés, afin de leur donner les clés du commandement ; le renforcement de la résilience à tous les niveaux (force morale et sens de l’action) ; la consolidation de l’esprit de corps et de la fierté d’être gendarme ; et, enfin, une meilleure préparation aux enjeux d’avenir, notamment à travers la formation continue, particulièrement dans les domaines du cyber et du numérique.

Troisième axe d’effort : donner aux gendarmes les moyens de travailler. À cet effet, le DGGN a annoncé l’élaboration d’un plan d’action Nouvelles Technologies, d’un plan d’action Armement-Munitions et enfin d’un plan d’action Mobilités, ce dernier visant à redéfinir les concepts de sécurité des mobilités, à étudier la réforme des unités de sécurité routière et à poursuivre les acquisitions de véhicules adaptés, notamment des moyens nautiques, de lutte anti-drone ou encore les hélicoptères.

Enfin, dernier facteur de succès : rendre les gendarmes fiers de leurs conditions de vie et de travail. Pour ce faire, un plan d’action immobilier, à la main de la Direction des soutiens et des finances (DSF), devra répondre aux nombreux enjeux posés par les emprises domaniales, que le DGGN a qualifiées de « véritable système d’armes pour la couverture territoriale », garantissant la présence des gendarmes, et donc leur disponibilité et leur réactivité.

Sur une scène, à droite, le directeur de la gendarmerie, le major général et les différents directeurs. A gauche, dans une grande salle en gradin, des officiers de gendarmerie en vareuse, installés dans des fauteuils rouges.
© SIRPA-Gendarmerie - ADC F. Bourdeau

« Une gendarmerie forte et polyvalente, une force armée taillée pour les crises »

À l’issue de cette intervention, un temps d’échanges entre l’équipe de direction et les titulaires de commandement a permis d’aborder différentes questions, de la problématique actuelle de l’habillement au renseignement, en passant par les CORAT (Coopérations Opérationnelles Renforcées dans les Agglomérations et les Territoires) ou encore les évolutions technologiques et législatives en matière de police judiciaire.

En conclusion de cette première rencontre, le général d’armée Hubert Bonneau a appelé de ses vœux « une gendarmerie forte et polyvalente, une force armée taillée pour les crises. […] Il nous faut marquer des points dès maintenant contre la délinquance, en particulier contre les atteintes aux biens et les trafics de stupéfiants, tout en maintenant la trajectoire du doublement de la présence de voie publique. »

« Vous l’avez compris, j’attends beaucoup de vous, je compte sur vous et j’ai confiance en vous », a-t-il martelé, faisant ainsi écho aux propos du ministre de l’Intérieur, avant d’annoncer qu’il se rendrait aussi régulièrement que possible sur le terrain, au contact de toutes les unités, de même que le major général, le directeur des opérations et de l’emploi ou encore le directeur des soutiens et des finances sur des sujets particuliers, car « il est important que la DGGN soit connectée au terrain, pour lequel elle travaille ».

Remerciant une nouvelle fois les titulaires de commandement pour leur implication au quotidien, le DGGN a résumé son attente et celle du ministre en quelques mots : performance, implication, présence du gendarme, réactivité face à l’événement qui commande au quotidien. Et ce, grâce à « des chefs qui commandent, organisent les services, contrôlent. […] Des chefs qui doivent comprendre et analyser ce qu’il se passe dans le territoire et mettre en place des actions. […] Et au final, ce que j’attends des gendarmes, c’est qu’ils fassent leur métier de gendarme », en ayant une action visible et lisible.


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