Le ministre de l’Intérieur présente sa feuille de route aux chefs de la sécurité intérieure

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 18 novembre 2024
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Le jeudi 14 novembre 2024, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, s’est adressé aux chefs de la sécurité intérieure afin de leur présenter ses priorités.

Ce jeudi 14 novembre 2024 au matin, étaient réunis à l’École militaire, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, le Directeur général de la police nationale, Louis Laugier et le Directeur général de la gendarmerie nationale, le général d’armée Hubert Bonneau, récemment nommés, les préfets, les directeurs territoriaux de la police nationale et les commandants de région, de groupement et de Section de recherches (S.R.) de la gendarmerie. C’est devant cette assemblée de hauts dirigeants que le ministre de l’Intérieur, accompagné de Nicolas Daragon, ministre délégué, chargé de la sécurité du quotidien, a présenté sa feuille de route.

Le ministre de l’Intérieur a souligné que son intervention s’inscrivait dans le cadre de l’urgence sécuritaire que connaît le pays. Face à la hausse de la délinquance, les citoyens appellent le renforcement de la fonction régalienne qui est l’essence de l’État. Ils exigent une meilleure protection, un rétablissement de l’ordre et un renforcement du principe hiérarchique. « L’État doit être commandé, c’est la condition de l’efficacité et de la responsabilité. Des instructions claires doivent être données, c’est pour cela que je suis devant vous aujourd’hui. »

Réarmer l’État contre la criminalité organisée

« Ces dernières semaines ont été marquées par une nette accélération du processus d’ensauvagement, l’heure est à l’action. »

Afin de lutter contre le fléau de la criminalité organisée et plus spécifiquement contre le narcotrafic, le ministre de l’Intérieur a proposé des évolutions législatives, tout en demandant à son auditoire de combattre dès à présent la criminalité organisée avec les moyens à sa disposition.

« L’arsenal juridique n’est plus adapté. »

Le 8 novembre dernier, en déplacement à Marseille aux côtés de Didier Migaud, garde des Sceaux, ministre de la Justice, Bruno Retailleau a présenté sa nouvelle stratégie pour lutter contre le crime organisé. Celle-ci fera l’objet d’un projet législatif. Rapportant les échanges qu’il a eus avec un policier dans ce cadre, le ministre a martelé « qu’il faut mettre en œuvre une mobilisation générale à la hauteur de celle que nous avons connue face au terrorisme islamiste », « voquant le terme de « narcoterrorisme » au regard du nombre de morts que le crime organisé génère.

Le ministre a souligné la nécessité de créer un parquet national anticriminalité organisée incarnant une réponse judiciaire de l’État coordonnée et pilotée. « Dans une guerre, il faut un chef de guerre. » L’Office anti-stupéfiants (OFAST) sera également renforcé, tant dans les missions qui lui sont confiées, que dans les moyens qui lui sont alloués. Bruno Retailleau a également évoqué sa volonté de réarmer l’État sur le plan administratif, en renforçant les mesures dont peuvent faire l’objet les délinquants, tout en rappelant que frapper leur portefeuille constitue l’action la plus efficace.

Le ministre a demandé aux responsables de la sécurité intérieure d’intensifier sans attendre la lutte contre le narcotrafic sur tous les territoires, en se servant des moyens déjà à disposition, en renforçant l’action partenariale et en redynamisant les Comités opérationnels départementaux anti-fraude (CODAF) et les Groupes interministériels de recherches (GIR). Cette opération passe également par la reconquête des quartiers gangrenés et par la pénalisation des consommateurs, en systématisant le recours aux Amendes forfaitaires délictuelles (AFD). « Il faut en finir avec la culture récréative du joint. En consommer, c’est être complice des meurtres les plus graves. »

Subsidiarité et exigence

Le ministre de l’Intérieur a souligné que son action reposerait sur le principe de subsidiarité visant à « rechercher le niveau le plus pertinent, afin de mener l’action la plus efficiente. » Les préfets et dirigeants de la police et de la gendarmerie nationales auront donc la liberté d’adapter les directives aux spécificités territoriales qu’ils sont les plus à même de connaître. Le ministre fixera les objectifs et les résultats à obtenir mais appliquera un principe de confiance dans leur mise en œuvre. Avec des applications immédiates, puisque Bruno Retailleau a déjà demandé qu’un plan d’action de restauration de la sécurité soit conçu dans chaque département.

Une action fondée sur trois priorités

Le ministre a enfin terminé son propos en mettant en avant trois priorités à rechercher.

D’abord, la visibilité. « Elle est la meilleure des préventions, elle rassure les citoyens et dissuade les délinquants ». Elle implique de renforcer la présence de voie publique. Un effort devra notamment être porté sur les transports, en travaillant dans un cadre partenarial. Bruno Retailleau a également confirmé que la dynamique de création des brigades de gendarmerie allait être poursuivie. La réduction des tâches périphériques confiées aux policiers et gendarmes permettra également de renforcer leur présence sur le terrain.

Ensuite l’efficacité. Celle-ci nécessite de conduire les actions dans une double dimension, en ciblant à la fois des lieux et des individus. Pour cela, les moyens nationaux (moyens d’enquête, unités d’intervention et de restauration de l’ordre public) seront mis à la disposition des territoires, aussi bien urbains que ruraux. Des réponses spécifiques seront apportées dans les territoires ultramarins. Les délinquants qui n’exécutent pas leurs peines ainsi que les multirécidivistes seront plus fortement ciblés. L’État se montrera intransigeant, notamment envers les étrangers qui commettent des infractions sur le sol français. Le ministre a également souligné la nécessité d’apporter une réponse pénale plus ferme vis-à-vis des mineurs délinquants. Bruno Retailleau a rappelé que « combattre la violence des mineurs, c’est aussi combattre les violences intrafamiliales que les jeunes reproduisent souvent par mimétisme. »

Enfin l’unité. Les actions menées ne pourront être efficaces que par une plus grande cohésion des acteurs du continuum de sécurité.

Le ministre a conclu son allocution en soulignant le rôle essentiel joué par les acteurs de la sécurité intérieure dans la mise en œuvre de sa feuille de route : « c’est avec vous que je veux mener ce combat pour la protection des Français. Vous êtes la force sur laquelle tout repose (…). Sans votre résolution pour agir, toutes les lois et stratégies sont vaines. Je crois en la volonté humaine que rien n’arrête lorsqu’elle appartient à une même communauté (…). Vous êtes l’État debout pour notre République, debout pour la Nation, au service de nos valeurs. »


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