Lutte contre la criminalité organisée : le chef d’escadron Sarah enrichit son parcours par un stage au FBI

  • Par Aspirante de réserve Colombe Delons
  • Publié le 04 mars 2026, mis à jour le 04 mars 2026
© Aspirante de réserve Colombe Delons

Formée à l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN) à l’issue d’un recrutement Polytechnique, le chef d’escadron Sarah a construit un parcours résolument tourné vers la police judiciaire. De la brigade de recherches de Chantilly à la tête du Département criminalité organisée de l’Unité nationale cyber (UNCyber), elle a récemment enrichi son expérience par un stage de trois mois à la FBI National Academy.

Entrée en 2016 à l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN), le chef d’escadron (CEN) Sarah en sort en 2017. Issue du recrutement Polytechnique et dotée d’un solide parcours scientifique, elle nourrit dès l’origine une ambition claire : faire carrière dans le judiciaire.

Sa première affectation est la brigade de recherches de Chantilly, qu’elle dirige pendant trois ans. « C’est là que j’ai véritablement appris le métier d’enquêteur et de chef d’une unité de police judiciaire », confie-t-elle.

Elle est ensuite mutée au Service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure (ST(SI)²). Puis en 2020, elle passe huit mois à Europol, une expérience qui l’immerge dans la coopération internationale et les mécanismes de coordination entre États.

Elle rejoint en avril 2023 le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N). Aujourd’hui, elle commande le département criminalité organisée de l’Unité nationale cyber (UNCyber).

Le numérique, porte d’entrée vers le crime organisé

À la tête de son département, l’officière supervise trois groupes d’enquête et un groupe d’appui, soit une trentaine de personnels. Le champ de compétences est vaste : cyberattaques, Dark web, exploitation de moyens numériques dédiés aux réseaux criminels. « On parle de cyber, mais surtout de numérique. Aujourd’hui, celui-ci est présent dans la vie de chaque citoyen… et donc aussi de chaque criminel. »

Plutôt que d’aborder un trafic de stupéfiants sous l’angle de la consommation ou de la revente physique, ses équipes l’attaquent par sa facette numérique : plateformes chiffrées, cryptomonnaies, messageries sécurisées, serveurs à l’étranger. « Nous allons chercher des criminels “classiques”, mais par le numérique. »

En mai 2025, son département a par exemple coordonné l’opération « Prison Break », menée sur l’ensemble du territoire national en coopération avec la Police nationale et les unités de gendarmerie locales. L’enquête visait l’utilisation de téléphones miniatures en détention. Six mois d’investigations ont permis d’identifier plusieurs centaines de détenus et d’en entendre plus de 300.

L’un des enjeux majeurs de l’unité réside également dans l’innovation : développer des solutions permettant d’ouvrir de nouvelles pistes dans les investigations dans un environnement technologique en perpétuelle évolution.

© Aspirante de réserve Colombe Delons

Une immersion de trois mois au FBI

C’est par un appel à volontaires que l’opportunité d’un stage au FBI se présente au chef d’escadron Sarah. Son profil, résolument orienté “enquêtes”, correspond aux prérequis. Elle se rend aux États-Unis du 25 septembre au 12 décembre 2025.

La formation, majoritairement destinée à des policiers américains - avec environ 10 % de participants internationaux issus d’une vingtaine de pays - lui permet de suivre des modules au choix : leadership, media training, crimes violents, profilage. Elle est la seule gendarme française de la promotion, et la première depuis cinq ans.

« Ce n’était pas une formation axée sur le cyber, mais une immersion dans la culture opérationnelle américaine », souligne-t-elle. Aux États-Unis, l’organisation policière varie d’un État à l’autre, voire d’un comté à l’autre. Les structures sont plus fragmentées, les cadres juridiques différents. « C’est extrêmement instructif de voir fonctionner un système aussi différent du nôtre. »

Au-delà des enseignements académiques, ce stage lui a permis de nouer des contacts et de mieux comprendre les logiques de coopération internationale. Une plus-value qu’elle entend inscrire durablement dans sa carrière.

Le CEN Sarah tient à remercier son adjoint et ses subordonnés, qui ont assuré la continuité du service durant ses trois mois d’absence. Trois opérations judiciaires majeures ont notamment été conduites pendant cette période. « Je les remercie de m’avoir permis de partir en sachant que tout irait bien. »

Une nécessaire coopération internationale

Dans le domaine du numérique, la dimension internationale est incontournable. Les malfaiteurs sont souvent à l’étranger. Les cryptomonnaies contribuent à effacer les frontières financières. Les infrastructures techniques - serveurs, hébergements - sont disséminées à travers le monde.

L’officière s’appuie ainsi sur des liens développés avec différents pays et sur le soutien d’Europol pour coordonner certaines actions. Réunions de travail en visioconférence, déplacements à l’étranger, appui technique lors d’opérations locales : la coopération est fréquente.

Par exemple, il s’agit parfois d’assister des enquêteurs étrangers dans des opérations techniques, comme sur un serveur hébergé hors de France. « L’enquêteur local réalise les actes. Nous conseillons, nous partageons notre expertise. »

Un message pour le 8 mars ?

Pour le chef d’escadron Sarah, « le genre n’est pas une question. Il y a de la place pour tout le monde dans le cyber. » Dans son département d’enquête, environ 25 % des enquêteurs sont des femmes. Ce qui compte, insiste-t-elle, c’est la compétence d’enquêteur avant tout. « Nous sommes d’abord une unité judiciaire. »

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