Une formation inédite au profit des futurs commandants d’unité élémentaire en outre-mer

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 29 avril 2026
© Gendarmerie nationale

Pour faire face efficacement aux situations spécifiques aux outre-mer, il a été décidé de renforcer la préparation des futurs commandants d’unité élémentaire en outre-mer et de leurs adjoints. Organisée à Saint-Astier du 15 au 21 mars 2026, la première édition du Stage préparatoire au commandement d'unité outre-mer (SPCUOM) plonge les futurs affectés dans une semaine intensive consacrée à la résilience, au commandement en temps de crise et à la rusticité. Retour sur une formation inédite dans son intensité et sa dimension ultramarine.

Une approche spécifique des menaces en outre-mer est apparue indispensable à la lumière des événements climatiques, des risques d’ordre public et face à l’intensité de la criminalité dans ces territoires (cartels, factions armées…). Elle se concrétise par une formation particulière : le Stage préparatoire au commandement d'unité outre-mer (SPCUOM), lequel vise à préparer les commandants d’unité élémentaire et leurs adjoints affectés outre-mer à des situations de commandement opérationnel dégradées.

Une réponse adaptée face aux évolutions des outre-mer

Les conséquences dramatiques du cyclone Chido à Mayotte, les émeutes en Nouvelle-Calédonie ou encore les manifestations violentes survenues aux Antilles ont remis la question des outre-mer sur le devant de la scène politique française, alors que l’Union européenne (U.E.) prend conscience de l’atout stratégique de ces territoires. En effet, grâce à ses territoires et domaines d’outre-mer, la France assure le contrôle et la surveillance d’un espace de 10,2 millions de kilomètres carrés, soit le second domaine maritime mondial après les États-Unis, permettant à l’U.E. de peser stratégiquement dans le Pacifique.
Avant de rejoindre leur affectation respective, très éloignée de la vision idyllique qu’on peut en avoir, les 84 stagiaires du stage SPCUOM vont ainsi suivre une semaine intensive consacrée à la résilience, au commandement en temps de crise et à la rusticité.
Provenant de tous horizons (de gendarmerie départementale comme spécialisée, de pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie-PSIG, d’unités de recherches, ou encore de centres de formation…), ces militaires vont mettre à profit l’ensemble de leurs expériences et de leurs connaissances.
Dispensé au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier, ce stage a précisément pour objectif de les faire travailler ensemble, dans un cadre exigeant et réaliste.

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Une formation dense pour des chefs expérimentés

La création d’une formation pour les commandants d’unité en outre-mer est formalisée par le plan d’action du Directeur général de la Gendarmerie nationale 2025-2026. Le public cible, âgé d’environ 50 ans en moyenne, est composé de gradés du grade d’adjudant à major ainsi que d’officiers du grade de lieutenant qui devront commander des unités territoriales de niveau 1, comme les Brigades territoriales autonomes (BTA), les PSIG, les Brigades de recherches (B.R.).
Les attendus sont tournés vers un commandement en situation dégradée, la gestion de l'ordre public, la tactique, l'intervention professionnelle (I.P.) et la résilience.
Un enseignement à distance de vingt heures prépare les candidats sur quatre thématiques essentielles : le combat, l’I.P., le commandement et le rétablissement de l’ordre, avant d’entreprendre une formation en présentiel de sept jours au CNEFG.
Le stage est quant à lui centré sur des cas concrets réalistes. Les mises en situation, de jour comme de nuit, se veulent intenses et stressantes, mais toujours progressives, en incluant des incidents sur simulateur numérique (ROMULUS), des déroulés pédagogiques et des débriefings. Plusieurs retex (retours d’expérience) de la part de grands témoins ayant vécu IRMA, les événements de Nouvelle-Calédonie ainsi que le cyclone Chido à Mayotte complètent la semaine.

Pour en savoir plus sur le SIMUGEND 2D « ROMULUS »

Romulus est un simulateur 2D conçu par l’armée de Terre (Détachement d'appui à la SIMulation / DASIM, de Saumur), et renforcé par le Centre de formation opérationnelle par la simulation numérique (CFOSN) de l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN) dans le cadre de la formation des stagiaires professionnelles de la Gendarmerie nationale. Il est axé sur les niveaux groupe, peloton/section, Escadron de gendarmerie mobile (EGM), Groupement tactique de gendarmerie (GTG) et Groupement opérationnel de maintien de l'ordre (GOMO).
Ce simulateur permet de travailler sur les procédures métier (application des protocoles spécifiques en matière de comptes rendus et de cadres d’ordres) et sur les schémas tactiques (prise de décision dynamique dans le cadre de scénarios simulés).
L’utilisation de Romulus est destinée aux participants des différents stages de commandement (IIP, PSIG, SPCUOM, PECO et CIP).

Former à décider dans l’urgence : la gestion de crise outre-mer grandeur nature

Au moment où les crises ne se succèdent plus mais tendent à se superposer, la Gendarmerie nationale adapte ses formations aux impératifs du terrain. Ce stage vient enrichir le tronc commun des formations de gestion de crise. Une première édition particulièrement réussie, fruit d’un travail collectif porté avec conviction par le Commandement de la gendarmerie d'outre-mer (CGOM) et le Commandement des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN).
Cette formation inédite dans son intensité et sa dimension ultramarine marque une nouvelle étape dans l’évolution des formations réalisées au CNEFG. Pour cette première édition, les stagiaires ont été plongés dans un scénario immersif basé sur des faits réels d’une haute intensité, à l’instar de la violente prise à partie de la brigade de gendarmerie de Koné, en Nouvelle-Calédonie, par un collectif déterminé à libérer l’un de ses dirigeants placé en garde à vue, ou encore des pillages et des saccages de magasins alimentaires sur fond de manifestations contre la cherté de la vie aux Antilles.
Face à ces situations volatiles et évolutives, les équipes constituées en peloton doivent analyser les informations disponibles, identifier les priorités d’action et mettre en œuvre un raisonnement tactique approprié pour produire des ordres clairs et précis à destination des unités soumises à la pression constante d’assaillants. De jour comme de nuit, sous les pavés, les cocktails Molotov, face à des individus armés, les scénarios se déroulent en temps réel, à un rythme soutenu, sous les yeux du général de corps d'armée Pierre Poty, Commandant de la gendarmerie d'outre-mer (CGOM).
Très rapidement, les problématiques se multiplient, la situation s’envenime pour devenir, dans les derniers instants de ces phases de restitution, une véritable poudrière. Protection des locaux et des familles prises à partie, gestion des blessés, recueil des renforts, sécurisation des infrastructures, restauration de l’ordre républicain, rien n’est épargné à ces futurs commandants de brigade et aux futurs adjoints. L’objectif : les aguerrir et leur donner des points de repère, des réflexes physiques et intellectuels, face à une potentielle crise.

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Le CEGN, une structure performante au service de la formation

Pour donner toute sa richesse à cette première édition du stage préparatoire au commandement d'unité outre-mer, plusieurs acteurs ont apporté leur contribution et leur expertise : des renforts venus de la France entière avec pour point commun une expérience avérée des outre-mer, des anciens cadres réservistes du CNEFG, une psychologue et plusieurs personnels du CGOM. Enfin, la direction du stage a été confiée à la division de la formation du CNEFG par le général de corps d’armée Laurent Bitouzet, commandant le CEGN.
Pédagogie pour adultes (andragogie), outils numériques immersifs tels que ROMULUS, utilisation de munitions d’exercice paramarquantes ou de grenades lacrymogènes, combinée à un travail de préparation conséquent, ont conféré un réalisme sans précédent à cette semaine.
L’organisation exigeante de ce stage a été menée avec rigueur et enthousiasme par le chef d’escadron Cédric, dont les apprenants ont salué le sens de la pédagogie.

Préparer aujourd’hui les crises de demain

Ces derniers mois ont mis en lumière l’acuité des enjeux de sécurité des collectivités d’outre-mer, dont l’intensité est beaucoup plus forte que dans le reste du territoire national. C’est la raison pour laquelle il est apparu impérieux de former les militaires appelés à y servir.
Au-delà de l’exercice, ce nouveau module porte un message clair : quel que soit le territoire ultramarin, la gendarmerie, dernier rempart de l’ordre républicain, fait face aux crises sans faillir. En confrontant les futurs chefs de brigade à un environnement complexe et instable, le CEGN et le CGOM leur offrent ainsi l’opportunité de développer des réflexes et une posture militaire nécessaires pour agir efficacement.

Le général de corps d’armée Laurent Bitouzet, commandant des écoles de la gendarmerie nationale, revient sur les formations des gradés en matière de gestion de crise texte

« Le Stage de préparation au premier commandement (SPPC), d'une durée de deux semaines pour un effectif de 100 stagiaires, s’adresse aux gradés supérieurs prenant pour la première fois le commandement d’une unité élémentaire de la gendarmerie départementale ou des gendarmeries spécialisées.
Les enseignements dispensés pendant les deux semaines de formation visent à développer chez les stagiaires la dimension humaine du commandement, la maîtrise des leviers opérationnels et d’administration d’une unité, ainsi que les outils visant à renforcer la proximité et le contact avec la population et le commandement en police judiciaire (P.J.), facteurs clés de la performance de la gendarmerie. Les événements de Nouvelle-Calédonie en 2024 ont révélé la nécessité de durcir la formation tactique des commandants d'unité élémentaire de gendarmerie départementale et ont conduit à une évolution du programme. Un nouveau module de commandement opérationnel en situation de crise, associé à une formation aux compétences psychosociales a été créé pour permettre à ces chefs d'exercer leur autorité hiérarchique avec discernement et efficacité face à l'adversité dans des situations dégradées.
Une version adaptée du SPPC a été créée en 2025 pour les unités spécifiques des Systèmes d’information et de communication (NUM), et en 2026 pour les chefs de détachement ambassade (SPCD), d'une durée d'une semaine pour un effectif d'une quarantaine de personnels. Le premier stage SPCD se tiendra du 18 au 22 mai 2026 en même temps que le second stage SIC (NUM). 
Le stage SPCD a pour objectif de préparer les chefs de détachement ambassade dans leur projection future à l'étranger, que ce soit dans leur domaine d'emploi en général ou plus particulièrement dans le domaine de l'exercice de l’autorité. La préparation en immersion pour un commandement dans cet environnement spécifique constitué par une ambassade de France est nécessaire car les contingences ne sont pas les mêmes que sur le territoire métropolitain. Un accent sera également mis sur l'éthique, notamment sur la probité, qui demeure un gage pour la sécurité de l'emprise et des personnels qui y travaillent. Le stage DSOLC (Détachement Section Opérationnelle de Lutte contre les Cybermenaces) vise à faire acquérir aux stagiaires les outils nécessaires à l'exercice de leurs responsabilités dans ce milieu spécifique de techniciens. Le module autorité y a également une grande importance, car dans un souci de réactivité, le chef doit impulser et conduire l'action en se basant sur le triptyque Autorité, Exemplarité et Responsabilité. »

Le général de corps d’armée Pierre Poty, commandant de la gendarmerie d'outre-mer, évoque les motivations à l’origine du SPCUOM

« La récurrence des crises outre-mer, à l'image des violences en Nouvelle-Calédonie en 2024 et en Martinique à l’automne 2024, des violences systémiques en Guyane, ou encore des catastrophes climatiques (ouragans Irma à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy en 2017, Chido à Mayotte et Garance à La Réunion en 2024), impose de renforcer la résilience des commandants d'unité, qui constituent le premier niveau d'intervention et de manœuvre en cas de crise.
Ainsi, pour faire face efficacement à ces situations spécifiques aux outre-mer il a été décidé d'améliorer la préparation au commandement des futurs commandants d'unité et adjoints appelés à servir à l'été 2026 en outre-mer.
Le premier stage SPCUOM, qui s'est déroulé du 15 au 21 mars 2026, a permis à la fois de créer du lien entre les futurs commandants d'unité mais également de les entraîner concrètement au commandement opérationnel par le biais de mises en situation concrètes et réalistes, tout en leur donnant les savoir-faire techniques et tactiques indispensables pour être en mesure de manœuvrer efficacement en temps de crise.
Cela est d'autant plus indispensable que, compte tenu de l'éloignement des départements et collectivités d'outre-mer, la plupart de ces futurs chefs devront gérer ces situations d'urgence en totale autonomie en attendant des renforts. Il s'agit donc d'un stage opérationnel pour des chefs opérationnels, et très concrètement orienté vers le commandement opérationnel permettant de travailler non seulement les modes d'action nécessaires à la gestion de crise mais aussi la réversibilité dans l'action pour passer facilement d'une gestion d'événement de basse intensité à une gestion de crise paroxystique.
Résilience, engagement, cohésion, méthode de raisonnement tactique, conduite des opérations, manœuvre de niveau brigade ou peloton : une semaine dense mais indispensable pour les futurs chefs opérationnels ultramarins. »


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