L’exigeante sélection des enquêteurs subaquatiques de la gendarmerie : le champion de natation Alain Bernard relève le défi !

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 23 juillet 2026
© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Lors d’une séquence inédite, organisée par le Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie, vendredi 22 mai 2026, au Cap d’Antibes, le champion olympique Alain Bernard s’est soumis aux tests de sélection nationale des enquêteurs subaquatiques de la Gendarmerie nationale. L’occasion de découvrir une technicité hors norme encore peu connue.

Habituellement sollicités dans le cadre de disparitions inquiétantes ou d’accidents, ils ont pour mission de recueillir des éléments de preuve sous l’eau. Dans l’espace maritime comme dans les eaux intérieures, ils recherchent et prélèvent des traces et indices matériels susceptibles de faire progresser l’enquête. Maillon essentiel de la chaîne criminalistique, les enquêteurs subaquatiques de la gendarmerie servent pour la plupart au sein des unités nautiques et fluviales de métropole et d’Outre-mer, intervenant jusqu’à 35 mètres de profondeur. Ils sont aujourd’hui près de 200 à exercer cette technicité dans des conditions souvent difficiles et dégradées, associées à des contraintes physiologiques et des risques spécifiques. 

Pour rejoindre ce cercle très fermé, tous les candidats sont soumis à des tests sélectifs poussés, visant à évaluer leurs aptitudes aquatiques, physiques et mentales. Des épreuves de sélection nationale ouvertes aux gendarmes de toutes les unités sont ainsi organisées deux fois par an par le Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING), situé à Antibes, dans les Alpes-Maritimes (06). Ce vendredi 22 mai 2026 au matin, l’une de ces sessions s’est tenue à Port Gallice, à l’entrée du Cap d’Antibes. Séquence presque ordinaire… à un détail près ! Le candidat n’est autre que le champion de natation Alain Bernard, double médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Pékin (2008) et de Londres (2012). Ancien sportif de haut niveau de la Défense-Gendarmerie (de 2008 à 2012), aujourd’hui réserviste citoyen de la Gendarmerie nationale, il a accepté de se prêter à l’exercice en conditions réelles dans le but de « vivre une expérience de sélection et contribuer à faire découvrir au public cette spécialité aussi méconnue que fascinante. »

Des tests adaptés aux exigences opérationnelles du métier

Revêtu de la combinaison des plongeurs de la gendarmerie, Alain Bernard s’apprête à relever le défi. Face à la baie de Golfe-Juan et des îles de Lérins, le port Gallice accueille cette séquence d’ordinaire dédiée à la sélection des futurs enquêteurs subaquatiques de la gendarmerie. Une étape qui intervient après une pré-sélection des candidats à l’échelle régionale.

Ce 22 mai, l’eau est claire et les conditions idéales. L’emplacement n’a pas été choisi au hasard. « Si les enquêteurs subaquatiques travaillent le plus souvent dans des conditions de visibilité très faibles, il en est autrement en matière d’enseignement, souligne l’adjudant-chef (ADC) Thierry, membre du Bureau instruction du CNING. Nous devons être en mesure de suivre le stagiaire tout au long du parcours aquatique pour pouvoir le corriger et intervenir en cas de difficulté. » Lors du brief précédant la mise à l’eau du champion olympique, l’ADC Thierry rappelle le déroulement de la séquence, ainsi que les consignes de sécurité. Outre l’équipe du CNING, chargée de la coordination et de la sécurisation de l’exercice, une infirmière du Service de santé des Armées (SSA) est également présente pour assurer un soutien sanitaire en cas d’incident et d’évacuation.

Place ensuite au test, qui se déroule en trois temps. Équipé d’un masque, d’un tuba et de palmes, Alain Bernard s’élance pour une première épreuve de nage sur 1 000 mètres. Au top départ, le chronomètre est lancé. « Le nageur doit parcourir un kilomètre en moins de 25 minutes, à la seule force des jambes, l’utilisation des bras n’étant pas autorisée », précise l’ADC Thierry. Une formalité pour celui autrefois surnommé « le requin blond », ayant parcouru plus de 50 000 kilomètres au cours de sa carrière sportive. L’épreuve est toutefois plus ardue qu’il n’y paraît. 
« Le port de la combinaison, imposé à Alain Bernard, peut altérer ses performances. Ses repères sont ainsi modifiés », indique l’ADC Benjamin, chef du Bureau instruction (CNING).
Quant à la nage sans les bras, « elle nécessite un positionnement spécifique dans l’eau. C’est une difficulté supplémentaire, estime l’adjudant (ADJ) Djessy, instructeur au CNING. Le courant représente un danger majeur, notamment dans les profondeurs. L’équipement qui encombre le plongeur peut entraver le mouvement de ses bras. Les enquêteurs doivent donc être en capacité de s’extraire du danger uniquement à la force des jambes. Le maintien de la condition physique est essentiel à notre sécurité. C’est ce à quoi nous préparons les futurs enquêteurs subaquatiques dès cette étape de sélection. »

Vient ensuite le test d’apnée. Sur le quai depuis lequel il supervise l’épreuve, l’ADC Thierry désigne deux bouées rouges distantes de vingt mètres. « Alain Bernard s’immergera au niveau de la première bouée. Il devra alors descendre à six mètres de fond, à la verticale de la bouée. Après avoir touché l’angle, il parcourra en apnée la distance séparant les deux bouées. Arrivée à la deuxième bouée, il touchera l’angle avant de remonter à la surface. Il disposera alors de douze secondes de récupération avant de s’immerger de nouveau et d’effectuer le même exercice en sens inverse, pour revenir au point de départ. » Sur la deuxième partie du parcours, alors qu’il se dirige vers le point d’arrivée, Alain Bernard rencontre un problème ORL, l’obligeant à remonter à la surface.
« J’ai toujours été inconfortable avec les apnées. C’est un exercice très engageant, nécessitant préparation physique et conditionnement mental », confie-t-il.
Un parcours comme celui-ci correspond à une minute d’apnée, voire un peu moins, en fonction de la vitesse du candidat. « Si l’on n’est pas entraîné, c’est impossible à réaliser ! », affirme l’ADC Thierry. À l’instar du premier test, celui-ci répond aussi à un besoin opérationnel. « Un enquêteur subaquatique doit être capable de réaliser une petite apnée, pour pouvoir tenir un minimum en cas de défaillance matérielle, le temps de rejoindre son binôme. »

Troisième et dernière séquence, le test aquatique de sauvetage consiste en un parcours de 200 mètres que le candidat doit réaliser sans palme, masque, ni tuba. Alain Bernard doit plonger pour récupérer un mannequin placé à 6 mètres de fond, puis le remorquer sur une distance de 25 mètres. « Cette épreuve se découpe en deux temps. La première séquence, incluant la nage et la récupération du mannequin (dont le poids équivaut à celui d’une personne de 80 kilos), doit être réalisée en moins de six minutes. Dans un second temps, le candidat doit effectuer un remorquage en moins de deux minutes, suivant les règles propres au sauvetage aquatique, précise l’ADC Thierry. Ce dernier test, qui intervient après l’apnée, implique un fort engagement, alors même que certains candidats commencent à montrer des signes de faiblesse. » Mission réussie pour Alain Bernard, qui récupère et ramène le mannequin dans les délais impartis.

  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

« Ils sont les yeux de la justice sous l’eau »

« Ces tests ne sont que le début de l’aventure pour ces gendarmes qui font le choix de devenir enquêteur subaquatique », note Alain Bernard. Une fois réussie, l’épreuve de sélection ouvre la voie vers l’École de plongée (ECOPLONG) de la Marine nationale, implantée à Saint-Mandrier-sur-Mer, dans le Var (83). C’est là que sont formés à la plongée opérationnelle les personnels de toutes les Armées. « Les gendarmes retenus partent alors pour six semaines à Saint-Mandrier pour y suivre le stage de Plongeur de bord (PLB) », explique l’ADC Thierry. Le stage s’achève par une séquence de quelques jours au CNING, dédiée aux techniques d’enquêtes subaquatiques : constatations, prélèvements, photographie sous-marine, etc. Au terme de ces six semaines, les militaires obtiennent la qualification d’enquêteur subaquatique, puis rejoignent leur unité d’affectation.

Après quelques mois à l’épreuve du terrain, lors desquels ils se confrontent à leur nouveau métier, ils reviendront au CNING pour participer à un nouveau stage intitulé « Eaux intérieures et équipements de protection ». Au programme : découverte des équipements essentiels à la sécurité en milieu difficile, sensibilisation aux dangers inhérents aux eaux intérieures, plongée sur barrage ou encore descente de cascade. 

Le Diplôme de technicien en identification subaquatique (DTIS) est l’ultime qualification de ces enquêteurs. « Stage majeur, conduisant au plus haut niveau de qualification, il permet aux personnels qualifiés de prendre en compte une scène d’ampleur, de la recherche à l’exploitation des traces et indices », explique l’ADC Benjamin. Une formation qui s’appuie sur l’expertise de différents intervenants, notamment les scientifiques de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), avec qui le CNING travaille en partenariat dans le cadre de l’exploitation des traces ADN ou de l’analyse balistique.

Formation continue, entraînements et recyclages rythment le parcours de ces militaires, qui doivent impérativement maintenir leur aptitude opérationnelle.
Actuellement affecté à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 43/7 de Decize, dans la Nièvre (58), le gendarme James est au début de son parcours. Il a validé les épreuves de sélection nationale et attend désormais d’intégrer l’ECOPLONG. Sa réussite, il la doit avant tout à son travail et à sa détermination. « Je me suis beaucoup entraîné, été comme hiver, sur différents terrains d’exercice. Cette technicité demande un fort engagement et une grande énergie. » Nage, course à pied, exercices d’apnée en piscine et dans des étangs… le militaire n’a ménagé aucun effort. « Passionné par la plongée sous-marine depuis mon plus jeune âge, j’aimerais aujourd’hui conjuguer passion et métier. » Ce qui le motive avant tout ? « Concourir à la résolution d’une enquête grâce à des preuves retrouvées sous l’eau, dans des conditions parfois très dégradées. »

« Le métier d’enquêteur subaquatique ouvre d’innombrables possibilités. Les journées ne se ressemblent pas, poursuit le champion olympique. L’eau est notre élément commun. Pour moi, elle est associée à la performance. Mais pour ces gendarmes, amenés à intervenir dans des conditions périlleuses, parfois sur des scènes de crime, l’eau peut être le théâtre de drames. Leur métier est extrêmement exigeant, comme en témoignent les épreuves que j’ai passées aujourd’hui. » Des tests qu’il juge cohérents au regard des conditions d’exercice de ces militaires, dont il salue l’engagement.

« Quand j’ai fait la connaissance des équipes du CNING, j’ai découvert ce dont ces techniciens étaient capables. Ils sont les yeux de la justice sous l’eau. J’ai aussi découvert les savoir-faire techniques mis en œuvre pour éviter que les éléments de preuve ne se dégradent. Je trouve ce processus fascinant, conclut-il. Grâce aux progrès majeurs réalisés ces dernières années, les investigations scientifiques permettent d’aller toujours plus loin, de résoudre ou de lever le doute dans de nombreuses affaires judiciaires. »

© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser