Le CNIGM : un centre d’excellence dédié à l’instruction et à l’entraînement des gendarmes maritimes

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 23 mai 2026
© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Spécialement consacré à la formation et à l’entraînement des militaires servant en Gendarmerie maritime ou au sein des unités nautiques de la Gendarmerie départementale, le Centre national d’instruction de la Gendarmerie maritime (CNIGM) accueille chaque année à Toulon (Var) quelque 500 stagiaires. Centrée sur l’opérationnel et les besoins spécifiques des apprenants, sa doctrine s’inscrit dans un processus d’amélioration continue.

C’est un lieu unique en son genre. Créé en 1953, à Toulon, à quelques encablures du premier port militaire d’Europe, le Centre national d’instruction de la Gendarmerie maritime (CNIGM) est spécialement dédié à la formation et à l’entraînement des militaires servant au sein de la Gendarmerie maritime ou au sein des unités nautiques de la Gendarmerie départementale. 
Il accueille chaque année environ 500 stagiaires, qui intègrent le centre afin d’acquérir les qualifications et la culture requises afin d’exercer en milieu maritime. 
« Rejoindre la Gendarmerie maritime, c’est accepter de travailler pour notre autorité d’emploi, la Marine nationale. Cela implique d’apprendre et d’assimiler son fonctionnement, son organisation, ses codes et ses coutumes, mais aussi de faire preuve de souplesse, tout en conservant notre identité de gendarme. » Ces propos introductifs, prononcés par la capitaine Sylvie Voitier, directrice de la formation, sont rappelés à l’occasion de l’accueil des nouveaux arrivants.

Véritable creuset de l’instruction initiale, spécifique ou technique, le CNIGM est le passage obligé pour tous les militaires nouvellement affectés au sein des unités maritimes ou nautiques de la Gendarmerie, mais aussi pour les anciens, amenés à revenir dans ce lieu pour poursuivre leur montée en compétences ou entretenir leurs qualifications. Il reçoit aussi ponctuellement des personnels de la Marine nationale, ainsi que des stagiaires étrangers venus de différents pays (Côte d’Ivoire, Espagne, Monaco, Sénégal, Maroc, Tunisie…) dans le cadre d’un programme de coopération internationale.

Le CNIGM est doté d’une équipe encadrante pluridisciplinaire de 22 personnels, appuyés par une dizaine de réservistes. Le centre possède en outre six moyens nautiques servant à l’instruction et aux manœuvres, de l’embarcation à fond rigide à l’ancien remorqueur de la Marine nationale.
Destinée à préparer les militaires aux compétences liées au milieu maritime, la formation au sein du CNIGM s’articule autour de trois domaines principaux : spécialisation maritime, navigation, mécanique / électricité.

  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
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« Spécialisation maritime », un large spectre thématique

La spécialisation maritime comprend plusieurs volets. Un premier module, commun à tous les militaires rejoignant les unités maritimes ou nautiques de la Gendarmerie, a pour objectif la transmission d’une solide culture du milieu maritime. Histoire, traditions, grades, vocabulaire, organisation ou encore fonctionnement de la Marine nationale sont ainsi abordés pour permettre aux gendarmes d’évoluer avec aisance dans ce milieu, et d’interagir de façon fluide et optimale avec leurs interlocuteurs. Ce premier socle correspond à la formation initiale. Selon leur unité d’affectation, certains gendarmes se spécialisent ensuite pour acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de leurs missions. 

« Plusieurs modules spécialisés sont ainsi proposés, en complément du socle initial, explique l’adjudant Damien, instructeur au sein de la section « Spécialisation maritime ». Ceux-ci correspondent aux principales disciplines qui coexistent en Gendarmerie maritime : police en mer, police des pêches, police judiciaire, sûreté maritime et portuaire ou encore défense-sécurité. Cette dernière thématique, par exemple, intéresse les gendarmes « embasés », c’est-à-dire ceux dont l’unité se situe au sein d’une base navale. Cette particularité les conduit à assurer des missions de surveillance et de sécurisation de zones protégées, pouvant abriter des infrastructures stratégiques de la Marine nationale, des sous-marins nucléaires d’attaque ainsi que le porte-avions Charles de Gaulle. »

L’action des gendarmes servant en unité maritime s’inscrit dans le cadre du droit de la mer. Celui-ci répond à des règles spécifiques, distinctes du droit commun. Une bonne maîtrise du domaine public maritime et des règles qui s’appliquent est donc indispensable aux militaires exerçant dans ce milieu. 
« Les différents modules de spécialisation maritime sont essentiellement théoriques, poursuit l’adjudant Damien. L’objectif : expliquer aux stagiaires ce qu’ils peuvent faire, comment, pourquoi et dans quel cadre précis. » La réglementation dans ce domaine évoluant continuellement, une veille législative nationale, européenne et internationale est assurée par les instructeurs afin de tenir à jour les contenus de formation.

Parmi les différentes matières enseignées, la police des pêches est particulièrement impactée par ces évolutions réglementaires, parfois majeures, tant au plan européen, avec la Politique commune des pêches (PCP), que national, régional et local.

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L’apprentissage de la navigation

Autre activité centrale du CNIGM, la formation à la navigation s’organise autour de plusieurs modules. La cellule « Chef de quart » forme les militaires se destinant à cette fonction. Responsables de la conduite du navire, de la navigation et de la sécurité à bord, ces professionnels pilotent les patrouilleurs et les vedettes de la Gendarmerie maritime. À l’issue de leur préparation au CNIGM, les stagiaires rejoignent l’école navale de Lanvéoc (29). Une institution qui depuis plus de 200 ans forme les équipages appelés à protéger les intérêts de la France et à participer à la défense du pays. Vient ensuite l’étape d’« observation embarquée » à bord de patrouilleurs ou de vedettes. Cette section forme également aux brevets de Pilote d’embarcation gendarmerie de premier et de deuxième degrés (PEG1 et PEG2). L’obtention du PEG1 - correspondant au permis côtier - nécessite l’acquisition des fondamentaux : sécurité, règles de navigation et manœuvres simples. Il autorise la navigation jusqu’à six miles nautiques, soit environ onze kilomètres des côtes. Le PEG2, quant à lui, équivaut au permis hauturier civil. Dense et exigeante, sa préparation s’étale sur cinq semaines. Permettant de naviguer au-delà des six miles nautiques, le brevet PEG2 est associé à un niveau de responsabilités supérieur.

Le niveau technique grimpe encore d’un cran avec les formations « Pilote opérationnel d’embarcation (POE) » et « Navigateur opérationnel d’embarcation (NOE) ». La première permet d’acquérir une plus grande maîtrise de l’embarcation, indispensable à l’exécution de manœuvres liées à certains contextes opérationnels : navigation à haute vitesse, abordage, situation de proximité avec d’autres embarcations à vitesse élevée… Lors de la formation « NOE », les stagiaires apprennent le maniement des instruments de navigation (radar, compas…) ainsi que l’exécution d’opérations complexes (remorquage, récupération de plongeur, navigation nocturne…).

Afin de favoriser la montée en compétences au cœur même des unités, le CNIGM forme des formateurs-relais « PEG1 » et « POE », chargés de diffuser leurs connaissances et leur savoir-faire auprès de leurs collègues.

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Fonctions « mécanique et électricité », clés de voûte de l’intervention

L’enseignement de la discipline s’articule autour de plusieurs filières métier. Le module « Mécanicien vedette » s’adresse aux militaires servant au sein des unités nautiques de la Gendarmerie maritime, ainsi qu’aux militaires étrangers affectés en unité nautique. Aucun niveau minimum en mécanique n’est exigé afin d’intégrer cette filière. Le module « Mécanicien – Gendarmerie maritime » est exclusivement destiné aux militaires des Pelotons de sûreté maritime et portuaire (PSMP). 
Ces deux formations ont pour objectif de garantir l’autonomie ainsi que la sécurité des équipages en mer, et de maintenir la pleine capacité d’intervention des unités nautiques et des PSMP.

Un troisième module intitulé « Électricien Gendarmerie » est accessible aux militaires affectés en PSMP ainsi qu’aux personnels des unités nautiques disposant d’installations électriques complexes. À l’issue de cette formation, les stagiaires sont en capacité de prévenir les risques et d’identifier une panne électrique simple. Objectif : assurer le fonctionnement des équipements essentiels aussi bien en termes de navigation que de communication et de sécurité.

« Ces métiers requièrent adaptation et réactivité permanente ! », souligne l’adjudant-chef Olivier. Ancien mécanicien embarqué à bord des vedettes de la Gendarmerie, et chef mécanicien en Nouvelle-Calédonie lors de sa précédente affectation, le militaire est à la tête de la cellule « mécaniciens – électriciens » du CNIGM. « Je suis en charge du maintien opérationnel de toutes les embarcations du centre, ainsi que de la formation des mécaniciens et des électriciens appelés à rejoindre leur future unité. »

Maillons indispensables de la chaîne, ces fonctions concourent à la continuité et à la pleine réussite des missions opérationnelles.

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Une cellule « Analyse – Retex » en appui des unités de terrain

La section formation du CNIGM compte une quatrième entité : « Analyse - Rextex ». « Nous intervenons à la demande d’unités très diverses, qu’elles soient rattachées ou non à la Gendarmerie. Nous répondons ainsi régulièrement à des sollicitations extérieures pouvant émaner de la Marine nationale ou encore de la Police nationale…, explique l’adjudant-chef William. L’objectif est d’apporter une réponse précise et documentée à une demande provenant du terrain, principalement liée au milieu maritime. Nous sommes saisis sur des sujets très variés. C’est pourquoi nous nous appuyons sur les collègues du département « Spécialisation maritime », dont les compétences ciblées (police des mers, police des pêches, navigation…) nous permettent d’apporter une solution adaptée aux différentes problématiques qui nous sont soumises. La réponse est alors formalisée sous forme de consignes ou de fiche réflexe. »

Ces demandes, souvent liées aux évolutions récentes ou aux modes d’action des délinquants et des criminels, donnent lieu à un partage d’informations avec l’ensemble des unités territoriales.
« C’est aussi l’occasion d’actualiser nos contenus de formation, observe l’adjudant-chef William. Nous sommes dans une logique d’amélioration continue, au profit des professionnels du terrain. »

L'adjudant-chef William

© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Une section entraînement au service d’une pleine capacité opérationnelle

L’entraînement des unités navigantes est un point crucial. « Tout navire qui part en mission doit détenir une qualification opérationnelle lui permettant de naviguer et d’intervenir en sécurité, indique le lieutenant-colonel Franck Chacon. Des stages de mise en condition opérationnelle sont organisés tous les trois ans dans les unités métropolitaines et ultramarines. Bateaux, équipages et commandants sont ainsi évalués afin de conserver leur capacité opérationnelle. » 

Des sessions intermédiaires de remise à niveau ont également lieu tous les dix-huit mois. « Les équipages sont soumis à une batterie d’exercices : simulations d’incendie, interpellations en mer, abordages, tir, recherche de produits explosifs, secourisme… Ces mises en situation opérationnelle visent à tester les réactions des équipages en situation dégradée. »

La section « entraînement » du CNIGM intervient spécifiquement auprès des futurs commandants d’unités navigantes (et commandants en second), appelés à exercer un commandement opérationnel en mer dans un environnement exigeant, en interaction avec les autres Armées. Action de l’État en mer, cadre d’emploi et responsabilités du chef sont inculqués à ces hommes et ces femmes, avec l’appui de la Marine nationale, pour qu’ils deviennent immédiatement opérationnels et capables de décider avec justesse et promptitude.

Intervention professionnelle en mer : apprendre à interagir avec les éléments

L’intervention professionnelle en Gendarmerie maritime présente des spécificités liées au domaine nautique. L’abordage d’un navire depuis une embarcation en mouvement, par exemple, impose coordination, maîtrise technique et gestion du risque. Les conditions environnementales, telles que la houle ou le vent, peuvent fortement complexifier l’opération. De même, l’usage des armes en mer, tandis que la cible et le tireur se trouvent sur un support en mouvement, requiert une grande maîtrise technique. Ces contraintes spécifiques liées à l’intervention en mer exigent préparation et entraînement. C’est également l’une des missions du CNIGM. Les formations sont assurées par des moniteurs d’intervention professionnelle.

Mais l’action de cette section spéciale ne s’arrête pas là. Le centre prépare également les gendarmes maritimes au stage « Mako » (du nom du requin considéré comme l’un des plus rapides au monde). Un cursus dédié aux équipes amenées à intervenir dans les eaux guyanaises, dans le cadre de l’opération annuelle de lutte contre la pêche illégale.

Cette filière compte en outre une cellule ORFA (Optimisation des Ressources des Forces Armées), destinée à préparer les militaires aux situations de stress opérationnel et post-opérationnel.

… mais aussi d’autres compétences essentielles

« Dans le domaine maritime, la langue anglaise est celle qui prévaut ! Sa maîtrise est donc indispensable ! », explique la capitaine de réserve Maud, instructrice au sein de la Marine nationale et du CNIGM. Mais l’anglais opérationnel utilisé dans le milieu maritime est très spécifique. Il n’est pas celui qu’on enseigne à l’école. » 

Après un premier socle théorique permettant à chacun d’acquérir les bases, la formation est majoritairement axée sur la pratique professionnelle. « Je me déplace au sein des unités afin de travailler en situation opérationnelle. Les stagiaires réalisent ainsi des contrôles de personnes ou de navires marchands, des abordages, des interpellations… Le tout en anglais ! Mon approche pédagogique est avant tout pratique et adaptée aux besoins ciblés des différentes unités. Ma priorité ? Que les stagiaires deviennent parfaitement opérationnels ! »

Le centre dispose d’autres compétences stratégiques, essentielles à son bon fonctionnement. En tant que correspondant du Système d’information et communication (CORSIC), le maréchal des logis-chef Alexandre est responsable de la fonction numérique, tant en interne qu’en lien avec les unités de la Gendarmerie maritime et de la Marine nationale. 

L’adjudant Guillaume, quant à lui, possède plusieurs casquettes. Plongeur de bord depuis une quinzaine d’années, il participe, entre autres, à l’entretien des moyens nautiques du centre. « Les bateaux s’encrassent avec le temps, notamment au niveau des hélices, ce qui nuit à leur performance. C’est pourquoi nous procédons à des opérations subaquatiques de nettoyage, ainsi qu’à d’autres tâches d’entretien courant. »

Le CNINM compte aussi dans ses rangs un officier chef de quart de la Marine nationale, détaché au profit de Gendarmerie maritime pour une période de trois ans. « J’apporte mon expérience de marin embarqué, indique le premier maître Jérémy. Parmi les missions qui m’ont été confiées, je participe à la formation des officiers chefs de quart et des marins embarqués qui s’apprêtent à servir sur les navires de la Gendarmerie. Navigation, tactique embarquée, système de communication VHF ((Very High Frequency) et autres équipements… l’instruction couvre un large spectre thématique. Cette expérience hors de mon cadre est extrêmement enrichissante. Elle m’offre l’opportunité de transmettre mon savoir. J’espère, à l’issue, revenir avec de nouvelles choses à apporter et à partager avec mes camarades marins. »

En tant que pionnier dans l’introduction et le développement du drone en Gendarmerie maritime, le CNIGM dispose de plusieurs appareils dotés de caméras thermiques. « Le drone peut être utilisé pour la recherche de corps ou à l’appui d’enquêtes judiciaires, notamment sur des bateaux en mouvement », précise l’adjudant Guillaume.

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  • Le premier maître Jérémy

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  • Le premier maître Jérémy

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« Notre objectif : un enseignement au plus près des besoins opérationnels »

« Notre action est guidée par deux lignes directrices, confie le lieutenant-colonel Franck Chacon. La sécurité des personnels, ainsi que celle des embarcations, sont une priorité absolue. Deuxièmement, nous mettons un point d’honneur à placer le stagiaire au centre de notre action. Nous veillons à créer toutes les conditions d’un apprentissage optimal. Pour cela, nous adaptons au mieux la formation aux futures fonctions des apprenants. »

Le centre est doté d’un conseiller pédagogique. « Ma mission consiste à accompagner tous les instructeurs du CNIGM, explique l’adjudant Matthieu. La formation, c’est un métier à part entière. Et ça s’apprend ! Je dispense un stage spécialement dédié aux instructeurs. Objectif : leur permettre d’appréhender leur mission avec assurance. Techniques pédagogiques et outils leur sont ainsi transmis. »

Le rôle du conseiller pédagogique apparaît d’autant plus essentiel que la formation ne cesse de se développer et se transformer. En cause : les évolutions technologiques impactant les usages, notamment au sein de la jeune génération. « Nous devons ainsi renouveler notre catalogue de formation et proposer des contenus plus intuitifs et toujours plus pédagogiques, poursuit l’adjudant Matthieu. J’ai pour autre mission de développer la transversalité entre les différentes cellules du CNIGM, afin d’améliorer davantage encore la communication et la cohérence globale. »

Autre point fondamental, les échanges entre instructeurs et stagiaires sont au cœur de la politique portée par le CNIGM. « Nous sollicitons les avis et retours de nos stagiaires, notamment quant aux problématiques qu’ils rencontrent sur le terrain. Le but est d’ajuster et d’améliorer nos formations, afin de dispenser un enseignement au plus près des besoins opérationnels, conclut la capitaine Sylvie Voitier. Notre objectif : donner le meilleur de la formation ! »

  • L'adjudant Matthieu

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