Des sommets aux profondeurs maritimes, l’engagement du capitaine Julien Fabrini au service de la Nation
- Par Hélène THIN
- Publié le 01 juillet 2026
Commandant en second du Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING), situé à Antibes (Alpes-Maritimes), le capitaine Julien Fabrini assure actuellement le commandement par intérim du centre. Portrait d’un militaire dont le parcours incarne engagement, passion et excellence.
« Je ne regrette absolument rien de mes choix professionnels, confie d’emblée le capitaine Julien Fabrini. Aussi riche humainement qu’en termes d’opportunités de carrière, la gendarmerie permet d’évoluer continuellement et de se lancer d’innombrables défis. En cela, elle est un véritable vecteur d’ascension sociale. »
Julien Fabrini intègre l’Institution en 2000. Il débute sa carrière au sein de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 23/5 de Pontcharra, dans l’Isère (38). Affecté au peloton de montagne, il assure l’hiver des missions de renfort du dispositif de sécurisation des stations de ski, ainsi que de secours en montagne. L’été, il sert dans les territoires d’Outre-mer, à l’appui des forces territoriales. À cela s’ajoutent les missions traditionnelles de maintien de l’ordre ou encore de sécurisation du palais de justice de Paris, qui relèvent de la gendarmerie mobile. Après quelques années, le capitaine Fabrini quitte l’Isère pour Dijon, en Côte d’Or (21), où il rejoint l’EGM 41/7.
Son passage en Gendarmerie mobile l’amène à servir aussi bien en métropole qu’en Outre-mer. Il est engagé alternativement en peloton d’intervention et de véhicules blindés. Le capitaine Fabrini est également projeté dans le cadre d’opérations extérieures, notamment dans les Balkans. Il participe enfin à différents stages et formations (diplôme d’arme, montagne, aguerrissement en forêt équatoriale).
Une double appétence pour la mer et la montagne
En 2010 paraît un appel à volontaires pour le recrutement de plongeurs au profit de la gendarmerie maritime. « Ayant depuis toujours une appétence pour le milieu montagnard, mais aussi maritime, j’ai répondu à cet appel. Mon souhait était alors de donner une nouvelle impulsion à ma carrière. » L’idée d’intégrer le corps des officiers pour endosser des responsabilités nouvelles s’impose à lui peu à peu. Mais pour l’heure, Julien Fabrini obtient sa qualification de plongeur.
En 2012, il rejoint le Peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) de Port-de-Bouc, dans les Bouches-du-Rhône (13). C’est alors qu’il s’intéresse de près au code ISPS (International Ship and Port Facility Security), réglementant les opérations maritimes aux fins de garantir la sécurité et la sûreté des ports, des cargaisons, des navires et des équipages. Bientôt, il acquiert la qualification d’enquêteur subaquatique, décernée par le Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING) d’Antibes. Il passe alors plusieurs brevets (navigation, recherche d’explosifs, officier de police judiciaire, moniteur en intervention professionnelle, etc.) lui permettant de monter en compétences dans le domaine maritime.
L’année 2018 marque un tournant. Julien Fabrini passe avec succès le concours d’officier. Direction Melun (77) en région parisienne, où il intègre l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), qui deviendra en 2024 l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN).
En parallèle, il entreprend un master de droit public intitulé « droit et stratégies de la sécurité » à l’université Paris II-Panthéon-Assas. Les travaux qu’il effectue dans le cadre de sa formation portent alors sur son sujet de prédilection : « Stratégies de sûreté et politiques maritimes intégrées ».
À l’issue, il prend le commandement du Peloton de sûreté maritime et portuaire de Dunkerque (avril 2020).
Unités spécialisées, les Pelotons de sécurité maritime et portuaire (PSMP) ont été créés après les attentats du 11 septembre 2001 pour lutter contre la menace terroriste. Points d’intérêt maritime et terrestre majeur, le transport maritime et les ports constituent une cible à protéger. Les PSMP ont pour rôle d’assurer la surveillance et la sécurisation des espaces portuaires. Ils offrent une capacité d’action et d’investigation au profit des préfets (maritimes et terrestres), des magistrats (lutte contre les trafics illicites par voie maritime) et des autorités militaires (défense maritime, recherche du renseignement). Ils sont armés par des personnels dotés de compétences spécifiques (plongeurs spécialisés en recherche de produits explosifs, équipes cynophiles, etc.), et possèdent des moyens nautiques adaptés aux différentes missions.
« La sûreté maritime et portuaire, un sujet crucial ! »
Alors qu’il a rejoint le nord de la France, le capitaine Julien Fabrini continue d’acquérir de nouvelles qualifications liées à son domaine d’exercice. L’une des missions auxquelles il participe le conduit dans les ports d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence française de développement (AFD). « Tandis que le trafic maritime mondial ne cesse de s’accroître, la sûreté maritime et portuaire est devenue un sujet crucial. 95 % des marchandises de consommation mondiales transitent aujourd’hui par voie maritime. L’eau salée recouvre 70 % de la surface terrestre. Le domaine maritime français, quant à lui, occupe le 2e rang mondial, notamment grâce à ses territoires d’Outre-mer. En matière de sûreté et de prévention, l’État français ne peut se contenter de concentrer son action sur ses ports et son territoire, comme ce fut le cas dans les années 90. La France, désormais, intègre dans sa stratégie la prise en compte des risques associés aux vecteurs maritimes en direction des côtes françaises, explique le capitaine Fabrini. Lors de cette mission, nous avions pour référence le port de Douala, au Cameroun. J’ai ainsi travaillé en collaboration avec les équipes locales, dans une dynamique horizontale de partage des bonnes pratiques, mais aussi d’apport de connaissances et d’expertises par la France aux autres pays participants. Les missions de ce type apportent à notre pays une meilleure compréhension de ce qui se fait à l’étranger, ainsi qu’une vision plus globale des risques et des menaces à anticiper. Elles permettent aussi d’identifier des points de contact essentiels en termes de renseignement. »
En 2024, le capitaine Julien Fabrini quitte Loon-Plage (Dunkerque) pour rejoindre la côte méditerranéenne. Il est alors nommé commandant en second du Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING), une unité de portée internationale, implantée à Antibes (Alpes-Maritimes). Le centre est chargé de la formation des stagiaires à la réalisation de constatations judiciaires en milieu hyperbare et subaquatique, aussi bien dans les espaces maritimes que dans les eaux intérieures.
Accueillant chaque année environ 250 stagiaires, et comptant près d’une trentaine de personnels, il jouit d’une solide renommée dans le domaine de l’investigation subaquatique.
Commandant en second au CNING, un large spectre missionnel
« Il n’y a pas de plongeur à proprement parler en gendarmerie. Nous formons ici des enquêteurs subaquatiques, lesquels ont pour mission d’aller chercher les éléments de preuve dans l’eau, en conservant un maximum de traces et d’indices destinés à la manifestation de la vérité. La plongée n’est qu’un moyen au service de la mission », insiste le capitaine Julien Fabrini.
En tant que commandant, il intervient sur un large spectre missionnel : gestion des ressources humaines du centre, budget, formation, doctrines d’emploi et de mise en œuvre de la plongée en gendarmerie, communication, rayonnement, innovation…
Le CNING travaille en collaboration étroite avec le Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER), organe de la Marine nationale française, chargé de la réglementation, de l’étude et du contrôle de la pratique de la plongée sous-marine pour les armées. « Nous concourons à l’étude des différents points d’amélioration (procédures de désaturation, matériel…) pour renforcer davantage encore la sécurité de la plongée, poursuit le capitaine. Le travail en milieu hyperbare induit des contraintes physiologiques et des risques spécifiques. C’est une activité dangereuse et physiologiquement engageante. »
Un projet dédié à la conduite d’enquêtes subaquatiques en eaux profondes (80 mètres de fond), ciblant un panel de militaires spécifiquement formés et présentant les aptitudes physiques requises, est actuellement conduit en lien avec le CEPHISMER.
En tant que directeur du projet d’innovation et de développement de la robotique sous-marine, le capitaine Fabrini travaille depuis plusieurs mois en partenariat avec l’école des mines sur un prototype de remotely operated underwater vehicle ou ROV. Ce robot sous-marin, téléopéré depuis la surface, permet d’appuyer les enquêteurs dans leurs manœuvres subaquatiques. « Employé pour conduire des opérations de prospection, de recherches en avance de phase ou de captation d’images, le robot n’a pas vocation à se substituer aux enquêteurs, mais à les soutenir dans leurs investigations. Nous poursuivons ainsi une logique de « plongeur augmenté ». Nous avons également développé divers procédés sur la base de la photogrammétrie, visant à reproduire des scènes subaquatiques en 3D, au plus proche de la réalité. L’objectif est d’offrir à tous les acteurs de la chaîne judiciaire ou servant l’intérêt d’une enquête la possibilité de visualiser une scène et de s’y projeter. Ces films immersifs leur permettent d’appréhender la scène comme s’ils y étaient. L’aspect procédural est notre priorité, quoi qu’il arrive ! »
Autre enjeu, le CNING développe et entretient des liens avec ses partenaires et ses réseaux aux niveaux européen et international, notamment dans une optique de rayonnement pour le centre, et plus largement pour la gendarmerie. « Peu de pays dans le monde pratiquent des actes de Police technique scientifique (PTS) sous l’eau. C’est pourquoi de nombreux partenaires s’intéressent à cette expertise qui est la nôtre, dans l’idée de développer chez eux des techniques d’enquêtes subaquatiques. Ainsi, nous accueillons chaque année un stage international (courant juin) dédié à l’acquisition des techniques d’enquête subaquatique de premier ordre. En marge de cette séquence de formation, nous initions également des échanges avec d’autres partenaires étrangers. Notre démarche s’inscrit dans une logique d’enrichissement mutuel, chacun s’améliorant au contact des autres, apprenant des spécificités et des terrains opérationnels propres à chaque pays. »
En dehors du cadre professionnel, le capitaine Julien Fabrini s’adonne à de multiples activités, toujours avec passion et exigence. « J’ai pu plonger un peu partout dans le monde. Je fais aussi régulièrement des treks en montage. » Animé par les défis qu’il se lance, il ambitionne dans le futur de réaliser le tour du monde. « Je lis également beaucoup (de tout !), bien que le temps me manque. Je m’intéresse aussi de près à l’astronomie, la photographie, la peinture… mais par-dessus tout, j’aime l’humain ! ».
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