Clarisse Agbégnénou veut conclure en beauté

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 06 mai 2024
Portrait de la judokate Clarisse Agbégnénou en kimono devant des tatamis.
© GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN

Fer de lance de l’équipe des Sportifs de haut niveau de la Défense – gendarmerie (SHND-G), dont elle fait partie depuis 10 ans, la judokate Clarisse Agbégnénou participera, à Paris, à ses troisièmes et derniers Jeux Olympiques. Avec pour ambition, évidemment, de conserver son titre acquis à Tokyo en 2021.

Sur le mur du dojo trône le portrait de Jigorō Kanō, l’inventeur du judo, semblant observer ce qui se trame sur les tatamis de l’Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP), comme un maître d’école surveille ses élèves. En face, d’autres portraits alignés, ceux des judokas français champions olympiques. Il en faut plus pour impressionner celle qui répète ses mouvements en cette fin d’après-midi, d’autant que sa photo est déjà accrochée sur ce glorieux mur.

À 31 ans, Clarisse Agbégnénou a tout gagné. Jugez plutôt : en individuel, Clarisse, c’est six titres mondiaux, cinq titres européens et deux médailles olympiques, dont l’or à Tokyo en 2021. Mais ne lui parlez pas de l’autre breloque, celle de Rio en 2016, d’un tout autre métal. Celle-là, Clarisse l’a toujours en travers de la gorge. Mais si elle est devenue l’une des plus formidables machines à gagner du sport français, c’est peut-être aussi grâce à cette défaite en finale au Brésil. « Elle m’a traumatisée, reconnaît-elle. J’étais tellement stressée pour ces premiers Jeux Olympiques, que je n’avais pris aucun plaisir. Après le combat, je me suis dit : plus jamais ça ! Depuis, le plaisir est mon moteur. C’est ce qui me galvanise, me donne envie d’avancer, d’aller toujours plus haut. »

Comme disait Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » Clarisse a beaucoup appris ce jour-là. Et depuis, elle ne fait que gagner. Elle sourit : « ça m’étonne parfois moi-même, mais ça me va ! »

Tout le monde m’attend sur la plus haute marche du podium

Ce seront donc ses troisièmes Jeux Olympiques, presque une formalité désormais pour la championne. « J’ai grandi, j’ai mûri, je gère beaucoup mieux la pression de l’événement. J’étais déjà beaucoup moins stressée à Tokyo qu’à Rio, mais là, je suis d’autant plus sereine que je suis déjà championne olympique. Je ne pars pas dans l’inconnu… Bien sûr, les Jeux de Paris, c’est mon but ultime. Je suis une compétitrice, j’ai toujours envie de gagner. Je sais que j’ai un rôle de leader à tenir pour le judo et le sport français, et que tout le monde m’attend sur la plus haute marche du podium. »

Si Clarisse prend les choses avec une forme de détachement, c’est aussi parce que ses priorités ont changé, qu’elles se portent désormais en grande partie sur une petite fille, prénommée Athéna, qui fêtera ses deux ans juste avant les Jeux. « C’est pour ça que le stress de la compétition n’est plus du tout un problème pour moi. Tant que ma fille est en bonne santé, tout va bien !  Au début, après la naissance, c’était vraiment dur. J’ai souffert pendant près d’un an. Mais maintenant, ce n’est que du bonheur. Ma fille est avec moi, elle m’encourage, et j’espère que je pourrai lui mettre une belle médaille autour du cou ! »

  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN
  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN
  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN
  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN
  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN
  • La judokate Clarisse Agbégnénou à l'entraînement contre un jeune judoka français.
    © GEND/SIRPA/BRC E.TAUPIN

Nous sommes une ligue de justiciers !

Onze mois seulement après la naissance d’Athéna, en mai 2023, Clarisse prend part aux championnats du Monde, à Doha. Elle y remporte tous ses combats par ippon*… Le message est limpide : la patronne est de retour ! « Sincèrement, je ne m’attendais pas à retrouver aussi vite mon meilleur niveau. Je ne pensais qu’aux Jeux Olympiques, en me disant qu’il faudrait juste gagner à ce moment-là, même en « one shot ». Mais il faut croire que mon corps a de la mémoire, même si je travaille beaucoup pour ça. »

Après Doha, elle enchaîne par deux autres victoires : le Grand Chelem de Paris, puis celui de Tachkent, en Ouzbékistan. Elle est désormais en pleine préparation, alternant les séances de judo, de musculation, de préparation mentale, « mais aussi des temps de repos très importants », souffle-t-elle. Elle reprendra la compétition lors des championnats du Monde, du 19 au 24 mai 2024, à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis, avec une septième couronne mondiale en ligne de mire, avant les Jeux Olympiques, du 27 juillet au 3 août, qui seront ses derniers.

Clarisse combattra pour elle, pour Athéna, pour l’équipe de France de judo, mais aussi pour son autre équipe de cœur, celle des Sportifs de haut niveau de la Défense (SHND), et plus précisément le contingent de la gendarmerie nationale, dont elle est le fer de lance. « La gendarmerie m’accompagne depuis 2014. Je suis devenue, au fil des ans, la doyenne de cette équipe. On grandit ensemble, on évolue ensemble, et on a toujours beaucoup de plaisir à se retrouver, à échanger. Nous sommes fiers de représenter tous les gendarmes, qui combattent au quotidien, qui sont blessés aussi parfois. Nous sommes une ligue de justiciers**, soudée et motivée ! Et nous avons tous pour objectif d’apporter des médailles à la gendarmerie ! »

Clarisse s’excuse, l’heure tourne, et elle doit filer pour chercher sa fille à la crèche. Elle sort son plus beau sourire. Elle est toute pardonnée.

* Au judo, un ippon, littéralement « un point entier », s'obtient lorsque l'adversaire tombe largement sur le dos (plus de la moitié) avec force, vitesse et contrôle, ou lors d'une immobilisation de 20 secondes. Le combattant qui réussit un ippon gagne immédiatement le combat.

**Référence à la Justice league, une équipe fictive de super-héros, comprenant notamment Superman, Batman et Wonder Woman.

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