Maréchal Bon Adrien Jannot de Moncey (1754-1842), premier chef de la gendarmerie

  • Par Jean-Noël Luc, professeur à la Sorbonne
  • Publié le 12 août 2021, mis à jour le 03 février 2023
Moncey, gouverneur des Invalides, par Jean Gigoux, 1839.
© © Musée national de la Gendarmerie

« Une province annexée à la Cavalerie » ! Après la suppression, en 1815, du commandement autonome de la gendarmerie, cette image revient dans sa presse corporative pour déplorer son rattachement à un simple bureau du ministère de la Guerre. L’amertume est d’autant plus grande que la création de ce commandement sous le Consulat et l’action de son titulaire, Bon Adrien Jannot de Moncey, sont glorifiées par la mémoire de l’Arme.

Après le coup d’État de 1799, Bonaparte comprend vite l’utilité d’une troupe répartie à travers le pays pour rétablir l’ordre public et rallier ainsi les notables au nouveau régime. Encore faut-il que cette force soit efficace. Ni la loi organique de 1798, ni l’augmentation des effectifs, ni l’épuration du personnel ne lui paraissent suffisants. Pour stimuler la gendarmerie, il la dote, au cours des années 1800 et 1801, d’une direction spécifique, ne relevant que de lui. Composé de trois, puis de sept « inspecteurs généraux », cet état-major est dirigé par le premier d’entre eux. Nommé, le 3 décembre 1801, « Premier inspecteur général » de la gendarmerie, le général de l’armée de Terre Moncey peut être considéré comme le prédécesseur du directeur général de l’Arme, dont le poste, institué en 1920, sera recréé, après plusieurs péripéties, en 1981.

Du jeune soldat de 15 ans au gouverneur des Invalides

Moncey entre dans l’armée à 15 ans, en 1769, par vocation. Promu capitaine en 1791, puis général de division en 1794, en raison de ses prouesses sur le front espagnol, il commande successivement l’armée des Pyrénées-occidentales, l’armée des côtes de Brest, deux divisions militaires, puis une partie des troupes engagées dans les campagnes d’Italie.

Placé à la tête de la gendarmerie en 1801, il est nommé maréchal d’Empire en 1804, puis duc de Conegliano en 1808. Il participe aux campagnes d’Espagne, en 1808-1809, et de Flandre, mais pas à celle de Russie, qu’il a désapprouvée. Commandant en second de la garde nationale de Paris en 1814, il résiste aux troupes ennemies à la Place Clichy, où se dresse sa statue. Sous la Restauration, il commande l’un des corps d’armée de l’expédition d’Espagne, en 1823. Doyen des maréchaux, il devient, en 1833, à 79 ans, gouverneur des Invalides, où il accueille, en 1840, les cendres de l’Empereur, ramenées de Sainte-Hélène.

« Un homme d’honneur »

Le maréchal Moncey, miniature de Brunet, 1810, Musée de la Gendarmerie.

© © Musée national de la Gendarmerie

Regardons Moncey sous l’Empire, à 56 ans. Grand, mince, élégant, sa prestance attire le respect. Après sa chute, Napoléon tient sur lui des propos élogieux : « un honnête homme » (Le Mémorial de Sainte-Hélène), « un homme d’honneur, qui s’est bien conduit avec moi jusqu’à la fin » (Mémoires de Caulincourt), ce que l’ex-empereur ne pouvait pas dire de tous ses maréchaux ! Il n’en fallait pas plus pour nourrir une littérature hagiographique toujours vivace, qu’il convient de compléter par un regard distancié.

Moncey est assurément un homme de principes, éloigné de l’esprit de parti. Commandant de la division militaire de Lyon en 1800, après le Coup d’État qu’il a approuvé, il rétablit l’ordre avec un souci d’apaisement qui lui vaut sa première querelle avec le ministre de la police, Fouché. En Italie, contrairement à d’autres généraux, il refuse de s’enrichir par la corruption. En Espagne, il prescrit avec insistance à ses soldats de respecter les habitants et les prisonniers. En 1836, il se heurte au ministre de la Guerre, indisposé par son rapport sur des abus dans la gestion des Invalides. Mais plusieurs de ses contemporains ont aussi gardé le souvenir d’un homme émotif, ombrageux, velléitaire. Dans ses mémoires, le comte Louis-Philippe de Ségur mentionne son « caractère inquiet et [sa] conscience trop irritable […], un souffle, un rien, tout lui donnait la fièvre. » Lors de la campagne d’Espagne, en 1808, Napoléon s’agace de son inaction intermittente. « Il ne faudrait pas trop exagérer la dichotomie entre un Moncey irréprochable et un Moncey jaloux, fragile, hésitant », estime cependant l’universitaire Aurélien Lignereux ; « les scrupules du premier expliquent les tergiversations du second, comme sa superbe rend compte de sa susceptibilité. Continuité donc, plutôt que contradiction. […], ce mélange de dignité sévère et d’extrême sensiblerie se retrouvent constamment dans ses rapports avec Fouché. »

Après l’abdication de Napoléon, qui le délie de son serment, Moncey accepte d’être nommé ministre d’État et pair de France par un Louis XVIII soucieux de se concilier l’armée. Et pour respecter la parole donnée à ce monarque, il lui reste fidèle après le retour de l’Empereur, en mars 1815 : « Vous êtes mon bienfaiteur, Sire, écrit-il à ce dernier, et ma reconnaissance est éternelle, mais je ne saurais vous servir, car ma conscience est liée par un serment. » Le même sens de l’honneur le conduit à refuser, en août 1815, de présider le conseil de guerre chargé de juger le maréchal Ney. « Où étaient les accusateurs, tandis que Ney parcourait les champs de bataille ? Si la Russie et les alliés ne peuvent pardonner au vainqueur de la Moskowa, la France peut-elle oublier le héros de la Bérésina ? », écrit-il à Louis XVIII, qui le prive, temporairement, de ses grades et de ses titres

Le chef des gendarmes

Qui sont ces militaires dont Moncey prend la tête, en 1801 ? Près de 17 000 hommes, dispersés entre 2 500 brigades, et jusqu’à 28 000, en 1814, dans un territoire dilaté par les conquêtes. Au service d’un État souvent en guerre et de plus en plus autoritaire, les gendarmes traquent les réfractaires à la conscription, une mission très impopulaire, répriment les opposants et luttent contre le brigandage. Dans un contexte favorable à la montée en puissance de l’arme, que va faire son nouveau chef ?

D’abord, tenter d’améliorer son fonctionnement. Comment unifier la discipline et les pratiques, tout en développant un esprit de corps et d’émulation ? Par l’envoi d’ordres généraux (137 en tout), recopiés dans les moindres brigades, où ils diffusent des instructions et des exemples d’actes répréhensibles ou méritants. Dès son premier message, Moncey affiche, en plus, sa volonté de créer un lien avec ses subordonnés à la faveur de cette communication interne inédite : « Vieux soldat comme vous, éprouvé dans les camps, […] je vous promets respect et sévérité pour mes devoirs […]. Je vous offre le sentiment d’une franche et loyale amitié, dont je réclame la plus entière réciprocité. »

Encore faut-il aussi restaurer l’autorité des gendarmes. Moncey s’y emploie en leur prescrivant d’associer la prévention et la fermeté, mais sans « inquisition tracassière », ni brutalité inutile. À ses yeux, « la confiance [ que la gendarmerie ] a besoin d’inspirer partout est l’un des moyens les plus propres à lever les obstacles qu’elle rencontre. L’honnêteté de ses formes doit tempérer la rigueur nécessaire de ses fonctions. » Pour cette raison, il se méfie des missions de police politique. Il blâme le déguisement des hommes en civil, préjudiciable à leur image. Il se heurte violemment au général Savary, commandant de la gendarmerie d’élite, maître d’œuvre du jugement expéditif et du meurtre du Duc d’Enghien.

Le Premier inspecteur général s’efforce également de sauvegarder l’autonomie de l’arme face aux prétentions de Fouché. L’inimitié, connue entre les deux hommes a d’ailleurs contribué à sa nomination : elle renforce le dispositif conçu par le Premier Consul pour contrebalancer le pouvoir du ministre de la Police. Au grand dam de ce dernier, son rival veille jalousement à ses prérogatives et renseigne directement le maître. Les protestations n’y font rien, car Napoléon défend « ses » gendarmes contre la plupart des critiques. Mais il sait aussi reprocher à Moncey son désir d’indépendance, en lui rappelant qu’il refuse de « reconnaître dans la gendarmerie une autorité dans l’État. » Voulues et arbitrées par le prince, la concurrence et l’émulation structurent le système policier napoléonien.

Retrouvons le maréchal Moncey en ce jour glacial du 15 décembre 1840, où il accueille le corps de l’Empereur aux Invalides. C’est un vieil homme de 86 ans, souffrant, qu’il faut porter sur un fauteuil. « À présent, rentrons mourir », murmure-t-il à la fin de la cérémonie.

À noter : Aurélien Lignereux, Gendarmes et policiers dans la France de Napoléon. Le duel Moncey-Fouché, Maisons-Alfort, SHGN, 2002. Michel Molières, Le maréchal Moncey, l’intraitable officier de Napoléon, Strasbourg, Le livre chez vous, 2004.

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