Mayotte : la troisième dimension, un facteur clé de la manœuvre opérationnelle

  • Par le commandant Céline Morin et le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 26 décembre 2024
Deux gendarmes en tenue d'intervention noire, debout au pied d'un hélicoptère de la gendarmerie, sur une drop zone.
Le major Laurent, à droite de la photo, avec le mécanicien de bord, l'adjudant René-Cicéro.
© SIRPA-G - GND Romain Culpin

Quelques heures seulement après le passage du cyclone Chido sur l’archipel de Mayotte, l’équipage de la Section aérienne de gendarmerie de Pamandzi effectuait sa première mission de reconnaissance, alors même que les conditions météo étaient toujours défavorables. Depuis, les missions s’enchaînent, des secours aux interventions, en passant par le transport de techniciens pour la remise en fonction du réseau de communication. Rencontre avec le major Laurent, pilote.

Affecté à la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Pamandzi en tant que pilote depuis l'été 2023, le major Laurent a vécu le passage du cyclone Chido sur l’archipel de Mayotte, ce samedi 14 décembre 2024, calfeutré à l'intérieur de son logement, avec sa compagne. Une première pour ce militaire aguerri, déjà amené vivre et à intervenir sur des événements d’ampleur, comme les inondations survenues dans les vallées de La Roya et de La Vésubie, dans le sud de la France, en octobre 2020, à la suite de puissants orages. « C’était la première fois que ma compagne et moi étions confrontés à un événement de cette ampleur. Nous l’avons vécu en direct, de l’intérieur. »

L’épisode cyclonique ayant été largement annoncé, le couple avait anticipé. « Surtout pour ce qui est des réserves d'eau et de nourriture non-périssable. On avait aussi préparé des stocks de pain de glace et de bouteilles glacées pour essayer de maintenir la fraîcheur le plus longtemps possible dans le frigo, précise le militaire, qui fort d’une expérience passée en Guyane, où il avait connu des coupures régulières d’électricité, s’est doté de batteries solaires lui permettant de relancer le frigo de temps en temps. Mais même si on est préparé, on est quand même un peu bousculé quand ça arrive, parce que ça reste assez impressionnant à voir et à vivre. »

Face au déchaînement des éléments, sa maison tient bon, à l’exception d’une partie du toit qui s’est soulevée, laissant l’eau pénétrer. « Nous avons tous été plus ou moins chanceux, estime-t-il. Certains d’entre nous n’ont eu quasiment aucun dégât, mais deux camarades ont eu le toit de leur logement arraché et ont été obligés de se réfugier à l'étage inférieur. Depuis, l’un d’eux est venu s'installer chez moi, dans l’attente d’une solution de relogement. Il a fallu s’adapter. Nous avons trouvé de l'eau à droite, à gauche, nous nous sommes rationnés sur la nourriture et nous avons attendu que l'aide arrive pour essayer de reprendre une vie la plus normale possible. »

Être opérationnels le plus rapidement possible

Dès la fin du cyclone, et après un rapide état des lieux de son domicile, le militaire se prépare rapidement à rejoindre la SAG afin de reprendre le service, conscient que l'hélicoptère va être nécessaire pour mener à bien les premières missions et interventions des forces de gendarmerie.

« Avec le commandant d'unité, nous avions gardé chacun une radio, ce qui nous a permis de suivre heure par heure l’évolution de la situation. Dès que la fin de l'alerte violette a été annoncée, nous nous sommes tout de suite dit qu’il fallait aller vérifier l’état de l'hélicoptère et effectuer les procédures d’usage pour pouvoir être rapidement opérationnels. »

Le major Laurent quitte donc la résidence à pied en compagnie du commandant de la SAG et d’un mécanicien. « Toutes les routes étaient coupées. Il n’y avait donc aucun moyen de rejoindre le hangar en véhicule. » À leur arrivée à la SAG, ils trouvent leur hangar partiellement détruit. Plusieurs plaques se sont envolées de la toiture, des poutres sont tombées et toutes les portes métalliques à l’entrée sont à terre. Mais leur appareil est indemne grâce à une bonne anticipation.

« La veille au soir, nous avions placé l'hélicoptère le plus loin possible des portes et nous avions positionné deux véhicules en protection devant », confirme le pilote.

L’appareil doit tout de même subir une inspection minutieuse. « Il a d’abord fallu le nettoyer à grand renfort de seaux d’eau, puisqu’on n’avait plus d’eau au niveau des tuyaux, avant d’effectuer les différents contrôles permettant d’établir qu’il était en condition de voler. Il a aussi fallu que l'on déblaie complètement la D.Z. (Drop Zone), qui était jonchée de tôles, ce qui empêchait une mise en route en sécurité. Nous avons ensuite dû retirer toutes les portes du hangar afin de pouvoir sortir l'hélicoptère, ce qui nous a pris quatre bonnes heures au cours de l'après-midi, malgré le renfort, à un moment donné, d’une vingtaine de militaires pour transporter ces grosses portes et les charges lourdes. Nous avons enfin pu rendre compte de notre disponibilité et le préfet, accompagné du général commandant la gendarmerie Mayotte, a pu effectuer un premier survol à 17 h 30, donc 4 h 30 environ après la levée de l'alerte violette. »

Missions de reconnaissance et de secours

L’équipage commence par survoler les secteurs les plus touchés par les intempéries, c’est-à-dire la partie nord de Grande-Terre. « En arrivant au-dessus de Mamoudzou et Kawéni, où il y a de nombreux habitats informels, on s'est aperçu que tout avait été balayé. Nous avons poursuivi notre reconnaissance au nord, en suivant le tracé du cyclone, jusqu'à la commune de Mtsamboro, où nous n’avions plus de contact avec les personnels de la brigade de gendarmerie depuis le matin, puisqu'il n'y avait plus de réseau téléphonique, ni de radio. Quand on les a aperçus et qu’ils nous ont fait des signes, ça nous a rassuré sur le fait que la brigade était encore debout et qu'ils avaient un endroit où se mettre à l'abri. »

Les conditions météo de cette fin de journée sont encore très mauvaises et ce premier vol doit être écourté. « Il a duré 45 minutes. La nuit arrivant et avec la pluie qui continuait de tomber, les conditions de visibilité ne nous permettaient pas de voler plus longtemps. Nous n’avons donc pas pu effectuer une reconnaissance complète du département. »

Mais dès le lendemain, les missions vont s’enchaîner pour l’équipage de la SAG de Pamandzi. « Nous avons d’abord été engagés pour effectuer des évacuations sanitaires de blessés depuis des zones isolées, c’est-à-dire toute la zone ouest, en direction de Mamoudzou, explique le major Laurent. Sur réquisition préfectorale, nous avons également effectué une reconnaissance de toutes les structures électriques du département au profit de la société Électricité de Mayotte (EDM). Nous avons ensuite été employés par la gendarmerie dans le cadre d’opérations de reconnaissance et de remise en état des relais de communication, qui servent aussi bien à la gendarmerie, à la police qu’aux secours. »

Des missions similaires à celles que le pilote avait conduites en 2021 dans le sud de la France, après les inondations destructrices. « Ce sont des gens en détresse, qui se retrouvent sans rien à manger, ni à boire. Ce sont des routes et des bâtiments détruits. Ce que j’ai vécu à l’époque, ce n’était pas un cyclone, mais la désolation était un peu la même. »


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