La Gendarmerie nationale confrontée au fléau des articles pyrotechniques

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 02 juin 2026
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L’usage d’articles pyrotechniques contre les forces de l’ordre se répand, comme ce fut le cas encore ce samedi 30 mai 2026, après la victoire du Paris-Saint-Germain en Ligue des Champions. Détournés de leur usage, ils deviennent des armes par destination particulièrement dangereuses pour la cible, comme pour le tireur lui-même, causant des blessures et des traumatismes graves. La Gendarmerie nationale est fortement engagée pour lutter contre les trafics de ces engins, souvent acquis par des individus qui composent de véritables arsenaux en vue d’actions illicites.

La victoire du Paris-Saint-Germain en Ligue des Champions, samedi 30 mai 2026, a été suivie de nombreux débordements et de violences. Au cours de l’opération de maintien de l’ordre, 178 policiers et gendarmes ont été blessés, a indiqué le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

Ces blessures ont souvent été occasionnées par des tirs d’articles pyrotechniques, communément appelés mortiers, qui sont devenus depuis quelques années de véritables armes par destination, utilisées pour agresser les gendarmes, et plus largement les représentants de l’État, dans l’intention de blesser gravement, voire de tuer.

La réglementation distingue quatre catégories d’articles, classées selon leur niveau de dangerosité et de nuisance sonore : F1, F2, F3 et F4. À partir de la catégorie F2, la vente est interdite aux mineurs, et pour les F4, interdite aux non-professionnels. On constate pourtant une prolifération due à des réseaux de revente en ligne, avec des individus qui achètent ces produits dans des pays de l’Union européenne (U.E.) aux règles plus souples. Pour quelques dizaines d’euros, il est ainsi possible de créer son propre arsenal. Or, tirés à l’horizontale, même à une distance de 50 mètres, ces engins peuvent avoir des effets dévastateurs : brûlures, blessures graves aux membres, traumatismes sonores… Des tests réalisés par l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) sur des mannequins en condition réelle l’ont parfaitement démontré.

Des casernes ciblées, où vivent des familles

Lors des opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre, mais aussi lors des manœuvres d’encadrement des rassemblements musicaux illégaux, voire en dehors de toute opération, les gendarmes sont donc régulièrement pris pour cible. La Gendarmerie nationale déplore chaque année plusieurs dizaines de blessés par ces articles pyrotechniques ou par des Engins explosifs artisanaux (EEA). Fréquemment, ce sont ses emprises qui sont visées. Des casernes où vivent des familles, comme ce fut le cas récemment à Amiens, ou des brigades comme celle de Meylan, le 16 mai 2026.

Afin de lutter contre la prolifération de ces engins, accumulés par des individus en amont de grands événements ou d’actions délictuelles, la Gendarmerie nationale mène de nombreuses actions de prévention auprès des commerçants et des jeunes, tout en démantelant les réseaux parallèles, à la fois dans le monde physique (contrôle de flux et des points de vente, coopération avec les douanes et les partenaires étrangers) et dans le monde numérique, grâce notamment à des Enquêtes sous pseudonyme (ESP) menées par des enquêteurs de l’Unité nationale cyber (UNCyber) de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ).

En ce qui concerne la législation, à l’heure actuelle, l’achat, la détention, l’utilisation et la vente de mortiers d’artifice à des non-professionnels sont punis par des peines allant jusqu’à six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Si l’achat a été réalisé en ligne, il s’agit d’une circonstance aggravante (jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende). 

Par ailleurs, les violences commises sur une personne dépositaire de l’autorité publique sont condamnées fermement : cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende si elles ont entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours ; trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende si elles ont entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou même aucune incapacité de travail. À noter que la loi RIPOST, qui a été votée au Sénat le 26 mai dernier et qui passera devant l’Assemblée nationale en juillet prochain, prévoit un délit de détention illicite, avec des sanctions accrues pour les commerçants qui ne respectent pas les règles, ainsi que des fermetures administratives.


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