Dans le Nord à bord de la Car’Ado

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 11 août 2022, mis à jour le 03 février 2023
© Gend/SIRPA/A. FAURE

Dispositif de prévention par les jeunes et pour les jeunes, mis en place en 2019 par le Groupement de gendarmerie départementale du Nord, Car’Ado multiplie les opérations cet été. Encadrés par des gendarmes, d’active et de réserve, lycéens d’établissements professionnels et d'enseignement général, SNU (Service National Universel) et cadets de la gendarmerie se relaient pour conseiller, orienter et permettre la libération de la parole.

À en croire les paroles d’une célèbre chanson, « les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors ». On n’a pas vérifié pour l’organe, mais ce mercredi 10 août, le soleil est, en revanche, bel et bien présent dehors. Le thermomètre affiche plus de 30° C à l’ombre, tel son correspondant sudiste. Encore faut-il la trouver, l’ombre… Autour de l’étang des Moines, à Fourmies, au cœur du bocage avesnois, chacun cherche un peu de fraîcheur. Les activités nautiques ne manquent pas de candidats, l’espace de baignade surveillée, « en milieu naturel », ne désemplit pas. Certains jeunes du coin ne sont pourtant pas venus là pour se baigner. Ils répondent au nom étrange de « Car’Adistes », du nom de leur superbe van garé sur le parking, baptisé Car’Ado.

Car’Ado, quèsaco ? « C’est la prévention par et pour les jeunes, résume l’adjudant-chef Alain, chef de la Maison de protection des familles (MPF) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Nord. Nous, gendarmes, sommes juste là pour les encadrer. » Le projet Car’Ado a été mis en place en 2019. Une centaine de jeunes ont déjà participé à cette aventure. À l’origine, on trouve le colonel Laurent Gladieux, commandant en second du GGD. « C’est son bébé, confirme Alain. Il suit sa croissance de très près ! Le dispositif s'appuie aussi sur le maréchal des logis-chef (MDC) de réserve Éric, sans qui ces actions seraient compliquées à mener. C'est un peu lui qui met de l'huile dans le moteur de la Car'Ado ! »

  • © Gend/SIRPA/A. FAURE
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Si on sauve ne serait-ce qu’une vie…

Autour de l’étang des Moines, les Car’Adistes se répartissent les rôles. Certains au poste fixe, pour accueillir les jeunes sous tente et répondre à leurs questions. Les autres avec le poste mobile, pour aller à la rencontre des autres jeunes, « ceux qui ont plus de mal à faire la démarche de venir vers nous », explique Manon, 16 ans, et déjà une belle expérience de Car’Adiste derrière elle. « Ce sont mes parents, tous deux gendarmes, qui m’en ont parlé, témoigne cette blonde Valenciennoise. J’ai tout de suite adhéré au projet, parce que je trouve que les jeunes ne parlent pas assez des violences dont ils peuvent être victimes dans le cercle familial ou le milieu scolaire. Or, c’est grave. Il ne faut surtout pas banaliser ! Bien sûr, on ne change pas le monde, mais je me dis que si, en écoutant, en conseillant, en orientant, on sauve ne serait-ce qu’une vie, alors nous aurons été utiles. »

Manon est une jeune citoyenne déjà très engagée. Après son Service national universel (SNU) de douze jours, effectué en gendarmerie à Amiens, elle a suivi le stage des cadets de la gendarmerie à Cambrai. « Pendant cinq jours, on vit un peu au même rythme que les élèves en école de gendarmerie, décrit-elle. On suit notamment des interventions de gendarmes qui viennent nous expliquer leur métier. C’est une sorte de test grandeur nature qui permet de savoir si ce métier pourrait nous plaire, si on a envie de s’engager. » Manon n’envisage pas de devenir gendarme d’active, mais elle est déjà certaine de rejoindre la réserve à la fin du lycée.

SIRPAG E. SERVERA VIVES

Ouvrir des portes, faire tomber des barrières

Sous la tente Car’Ado, Manon répond avec le sourire aux nombreuses questions des enfants, collégiens pour la plupart. Trois thématiques sont présentées à travers trois bandes dessinées. « La première parle de harcèlement scolaire, détaille l’adjudant-chef Alain. Le colonel Gladieux l’a remarquée dans la presse et il a demandé à l’association Reg’Art, qui en était à l'origine, l’autorisation de la reproduire sur des kakémonos. La deuxième concerne le harcèlement sur Internet et a été faite par la police suisse. La troisième est consacrée aux violences faites aux femmes. Elle est l’œuvre de la dessinatrice Camille Vella. Elle est plus dure et s’adresse davantage aux adultes, pour leur rappeler qu’il ne faut rien laisser passer, que la moindre violence peut se terminer en drame. »

Clément est lycéen à Fourmies, à la Cité scolaire Camille Claudel, où a été montée une antenne Car’Ado, tenue par Nathalie Goube, enseignante de français, histoire-géographie et éducation morale et civique, et épouse de l’adjudant Benoît, qui était auparavant affecté à la brigade territoriale de Fourmies et commande aujourd’hui la brigade de proximité de Sains-du-Nord. « C’est Madame Goube qui nous a présenté ce projet, raconte Clément. Les jeunes qui parlent aux jeunes, ça permet d’ouvrir des portes, de faire tomber des barrières. Ils vont nous dire vraiment quel est leur problème, alors que face à des adultes, ils risquent de le minimiser, voire de le taire. » Alicia, qui vient de rejoindre le dispositif, appuie : « Quand on m’en a parlé au lycée, je me suis dit que c’était ça qu’il fallait faire, et j’ai tout de suite eu envie de rejoindre les autres. » Mais Clément insiste :  « C’est important de ne pas emmener tous ces problèmes avec nous, de ne pas les absorber comme des éponges, parce que nous avons notre propre vie de lycéen, et nos propres problèmes. »

Ludovic a, lui, terminé le lycée depuis quelque temps déjà. Réserviste de la gendarmerie depuis une dizaine d’années, il encadre les jeunes Car’Adistes avec un bel enthousiasme. « En tant que réserviste, on accomplit de nombreuses missions diverses et variées, explique-t-il. Quand j’ai entendu parler de Car’Ado, cela faisait écho à mon expérience professionnelle. En ma qualité de sexologue, formé à la Prévention des violences sexuelles, j’étais déjà amené, dans une structure d’écoute à Lens, puis aujourd’hui dans mon cabinet à Lille, à échanger régulièrement avec des jeunes sur la sexualité de manière générale, et parfois aussi, malheureusement, au sujet des violences qu’ils avaient pu subir. Ça a donc beaucoup de sens pour moi de participer à Car’Ado, et de pouvoir ainsi apporter une partie de mes compétences à la gendarmerie. »

Gendarmes d’active et de réserve, SNU, cadets, lycéens donnent ainsi de leur temps et de leur énergie pour faire avancer le projet Car’Ado. Le groupe aux casquettes blanches poursuit sa tournée tout l’été. Vous pourrez les croiser à Bray-Dunes (le 13 et le 27 août), au Quesnoy (le 17), à la station touristique du ValJoly (le 20), à Caudry (le 24), à Verlinghem (le 31) et bien sûr à Lille, pour la Grande Braderie, les 3 et 4 septembre.

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