Lutte contre le narcotrafic : « Faire en sorte que le crime ne paie plus ! » (VIDÉO)

  • Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
  • Publié le 19 novembre 2025, mis à jour le 19 novembre 2025
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Le général Sylvain Noyau, commandant de l’Unité nationale de police judiciaire, est intervenu lors du Congrès des maires sur le sujet de la lutte contre le narcotrafic. La France doit faire face à un afflux de produits stupéfiants touchant aussi bien les villes que les zones rurales. 

À l’occasion du 107e Congrès des maires de France, le général de division Sylvain Noyau, commandant de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), a été, le 19 novembre, l’invité d’une émission spéciale intitulée, « Les maires face au narcotrafic ». Si « les zones urbaines restent une place majeure en matière de trafics », il souligne que la Gendarmerie nationale observe un fléau touchant les villes moyennes et petites, comme les zones rurales. 

Huit communes sur dix sont actuellement touchées par le trafic de drogues. L’AFP informe que la violence liée au narcotrafic s'étend des métropoles aux villages et frappe désormais bien au-delà des seuls réseaux criminels. 

«  Les trafiquants dans les zones urbaines cherchent de nouveaux débouchés »

« Nous avons constaté une forte augmentation, tant de l’offre de produits stupéfiants que de la demande de ces produits », précise le général. Il note que dans les départements agricoles, à l’image du Gers, de la Meuse ou de la Mayenne, « en l’espace de six ans, c’est plus de 100 % de trafiquants supplémentaires qui ont été interpellés ». Sylvain Noyau rappelle que la gendarmerie, dans sa zone de compétence, lutte sur plusieurs fronts face « au transit de produits qui passent par la route, les voies ferrées ou les traits de côte, notamment à travers les ports secondaires, à la transformation de produits, au stockage et au trafic »

Le commandant de l’UNPJ évoque une évolution « quasiment systémique », car « les trafiquants dans les zones urbaines cherchent de nouveaux débouchés (…) avec une offre différente ». En effet, le consommateur ne va plus forcément s’approvisionner dans un point de deal mais peut « passer commande via des réseaux cryptés et se faire livrer quasiment au pied de son domicile ».
 

Démanteler les structures criminelles, « le plus haut possible »

 

Présent lors de ce débat, le chef du pôle opérationnel de l’Office antistupéfiants (Ofast), Jacques Croly, confie que « la France doit faire face à une submersion de produits tels que le cannabis ou la cocaïne, du fait d’une surproduction ». Selon son estimation, près de 4 000 tonnes de cocaïne sont actuellement produites - soit deux fois plus qu’il y a dix ans - dans les trois pays producteurs : le Pérou, la Colombie et la Bolivie. Cette hausse implique « nécessairement un besoin pour les trafiquants de drogues de pouvoir trouver des consommateurs prêts à acheter leurs produits ».

Les Antilles et la Guyane constituent des points d’entrée pour le trafic sur le territoire hexagonal. Le maire socialiste de Lamentin en Guadeloupe, Jocelyn Sapotille, explique que son département est entouré de « petits États indépendants avec des bandes [organisées] liées au narcotrafic qui font les politiques publiques dans ces États », qualifiant ceux-ci de « portes ouvertes pour les narcotrafiquants ». Il ajoute que le maire est le « premier niveau » pour prévenir, informer et aider au renseignement. Il alerte toutefois sur le niveau « transnational » du trafic qui « dépasse » les élus locaux.

À ce titre, le général Sylvain Noyau souligne le travail mené par la gendarmerie pour « remonter le plus haut possible les structures criminelles afin d’identifier les commanditaires ». Pour cela, la mission consiste à analyser cette structure criminelle, « à travers ses modes opératoires » par exemple, afin d’« orienter les investigations sur les vulnérabilités au niveau des trafics, qui peuvent être les réseaux logistiques ou les réseaux de blanchiment ».« Nous avons au travers du blanchiment un véritable enjeu, celui de parvenir à faire en sorte que le crime ne paie plus et d’assécher petit à petit les bénéfices de ces trafics », affirme-t-il. Sylvain Noyau fait remarquer que ces bénéfices sont ensuite réinvestis et blanchis dans l’économie légale, pouvant en outre être réinvestis dans de nouveaux trafics. Ce travail de fond « est un travail sur lequel nous sommes pleinement mobilisés que ce soit au sein de la police ou de la gendarmerie, [grâce également] à l’investissement et à l’engagement des autres acteurs de la police judiciaire et du renseignement ». Pour atteindre cet objectif, Sylvain Noyau évoque la création, en mai 2025, d’un état-major de la criminalité organisée, rattaché à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ). Sa vocation : « partager tous les renseignements des services (…) pour être collectivement plus efficaces ».
 

La loi contre le narcotrafic : une évolution dans la lutte contre la criminalité organisée

 

Revenant sur la loi du 13 juin 2025 « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », Sylvain Noyau révèle qu’elle dote justement les forces de l’ordre d’un « nouvel arsenal pour être plus efficaces dans la lutte contre les trafics de stupéfiants et contre la criminalité organisée », par l’adoption d’« une approche globale ». La loi est articulée autour de trois piliers : 

- organisationnel, « avec la création en janvier 2026 d’un Parquet national anti-criminalité organisée » ;

- procédural, « avec de nouveaux outils d’enquête comme l’activation à distance des appareils électroniques pour faire de la captation d’images ou de son ; avec de nouvelles infractions comme le délit d’appartenance à un groupe criminel ; avec des aggravations de sanctions - notamment lorsque des majeurs sont impliqués dans des trafics de stupéfiants avec des mineurs » ;

- administratif, « avec des mesures administratives permettant d’agir rapidement à l’instar, pour le préfet, de la possibilité de fermeture de locaux commerciaux ou de lieux publics, concernés par le trafic de stupéfiants ; avec l’interdiction de paraître dans les points de deal ; avec le retrait ou le blocage de contenus qui proposent en ligne des produits stupéfiants ». 

Jacques Croly confirme que cette loi permettra aussi de se doter d’outils qui permettront de poursuivre et condamner plus facilement les « barons de la drogue », avec des dispositions telles que « sur les informateurs, les repentis ou des techniques spéciales d’enquête ». D’après l’Ofast, la saisie de cocaïne a augmenté de 130 % entre 2023 et 2024, le nombre de consommateurs étant estimé à 1 million en France. Les douanes françaises chiffrent à 111 tonnes de drogues saisies en 2024, contre 10 tonnes en 2014.

Le maire du parti Les Républicains de Valence, Nicolas Daragon, constate que cette augmentation des saisies de stupéfiants est « le résultat de deux phénomènes [avec] l’augmentation des trafics et l’accélération du travail des forces de sécurité intérieure ». Selon un sondage Ifop-La Tribune Dimanche, la sécurité arrive en tête des préoccupations des Français pour les municipales, en particulier dans les petites et moyennes communes allant jusqu'à 20 000 habitants.

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