Cold cases et disparitions inquiétantes : comment la science et la technologie révolutionnent l’enquête
- Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
- Publié le 01 juin 2026, mis à jour le 08 juin 2026

Face aux nombreux dossiers non élucidés et au millier de disparitions inquiétantes par an en France, le directeur adjoint de l'Institut de recherche criminelle explique comment les progrès dans l'IA, le numérique ou encore la généalogie génétique permettront de faire avancer les enquêtes.
L'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) est constamment à la recherche d'innovations et développe des technologies pour participer à la résolution des crimes non élucidés et des enquêtes sur les disparitions mystérieuses (environ 1 000 chaque année en France). Interviewé par Le Figaro, son directeur adjoint, le colonel Laurent Chartier, détaille la force de l'Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) : sur le même site de Pontoise, celle-ci centralise une transversalité des compétences de la gendarmerie avec l'IRCGN, le Service central de renseignement criminel (SCRC) et l'Unité nationale cyber (UNC), combinant ainsi expertise numérique, analyse comportementale, génétique, drones, géoradars... Autant d'atouts pour relancer des investigations parfois anciennes de plusieurs décennies.
Comme l'explique le colonel, les experts de l'IRCGN exploitent tout ce qui peut laisser des traces numériques, « de la box Wi-Fi à la montre connectée, en passant par le système multimédia embarqué et la mémoire électronique des calculateurs d’un véhicule » : « On y retrouve les indications de données GPS de tous les trajets effectués, même ceux que l’on croit avoir effacés. L’ordinateur de bord garde aussi les traces de tous les téléphones qui, en mode Bluetooth, auront tenté de se connecter. En cas de déclenchement de l’airbag, la caméra disposée dans l’habitacle enregistre les dernières secondes avant un impact. »
Laurent Chartier souligne que l'exploitation des données numériques d’une Ford Puma a permis « d'identifier trois temps d’arrêt où la jeune Lina, disparue en Alsace en septembre 2023, a potentiellement été violentée, tuée, puis transportée jusqu’au lieu du crime, un bois près de Nevers, où son corps a été retrouvé un an plus tard ».
La généalogie génétique, une révolution pour les enquêteurs ?
Au sein de la police scientifique, la généalogie génétique est devenue un enjeu pour faire avancer les enquêtes. En France, l’identification génétique est limitée par le Fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg) qui ne possède qu’une vingtaine de marqueurs, restreignant « les rapprochements aux parents directs ou à la fratrie ». Pour contourner cette limite, les enquêteurs français sollicitent parfois le FBI afin d'accéder aux bases de données américaines d'ADN « récréatif ». Bien que ces tests génétiques soient actuellement interdits en France pour protéger les données personnelles, les forces de l'ordre américaines ont exploité le potentiel d'une telle pratique, avec des bases extrêmement riches (jusqu'à 800 000 marqueurs), permettant de remonter jusqu'à sept degrés de parenté.
Cette méthode a prouvé sa grande efficacité en permettant de résoudre des centaines d'enquêtes aux États-Unis et d'identifier de nombreuses victimes et criminels. En France, l'aide américaine a permis de confondre le « violeur au tournevis ».
L'intelligence artificielle, incontournable pour être plus efficace ?
Depuis 2016, le Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN, supprimé en 2025 pour la création de l'UNPJ) a mis en place un Plateau d’investigation des affaires non élucidées, où se
retrouvent les « profilers » du Département des sciences du comportement, les médecins légistes ou des experts expérimentés en laboratoire. « L’Unité nationale Cyber apporte elle aussi un
regard extrêmement intéressant », complète le colonel.
L'IRCGN a aussi pris le virage de l'intelligence artificielle. L'IA pourrait être une aide précieuse pour croiser « des masses de données et orienter les soupçons sur un compte bancaire, un numéro de téléphone, une adresse électronique, une adresse physique géolocalisée, un nom relié à des pseudos ou encore des mots-clés qui laissent penser à des trafics ». « À la fin, ce sera toujours l’enquêteur qui validera ou non les hypothèses. L’homme ne sera jamais remplacé par la machine », affirme le commandant en second.
Il conclut sur le principal frein à la résolution des crimes non élucidés : le manque de moyens humains face au volume important des dossiers traités par le pôle national cold cases du parquet de Nanterre. Parmi les pistes, le colonel estime qu'il faudrait en donner davantage « aux unités locales en cas de disparition et peut-être imaginer de mettre des capteurs pour géolocaliser chaque bénévole, chaque intervenant lors des battues, pour cartographier exactement chacun des mètres carrés qui ont été traités ».
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