Général Gilles Martin : « Le PJGN est à l’expertise et à l'intelligence judiciaire, ce que le GIGN est à l'intervention »
- Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
- Publié le 20 août 2025, mis à jour le 20 août 2025

Après trois années à la tête du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, le général de division Gilles Martin quitte une organisation qu’il a fait évoluer vers davantage d’excellence. En rejoignant le Service de la transformation, il conservera un lien étroit avec le PJGN (prochainement UNPJ).
Une page se tourne au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN) avec le départ cet été du général de division Gilles Martin. « Ce temps de commandement est passé extrêmement vite, beaucoup plus vite comparativement à toutes mes autres affectations, en grande majorité d’une même durée de trois ans », ironise-t-il.
Favoriser la cohésion
Au cours de son mandat, Gilles Martin a mené de nombreux chantiers. Sa première mission a été de rééquilibrer les deux entités du PJGN, par un traitement équitable entre l’Institut de recherche criminelle (IRCGN) et le Service central de renseignement criminel (SCRC), en instaurant un état-major « au service de tous ».
Afin de mieux responsabiliser cet état-major et fluidifier l’action des bureaux, il a souhaité « rapprocher les chefs de bureaux de leurs effectifs tout en créant les conditions d’un cadre apaisé » avec les deux services.
Dans cette optique, le général de division a amélioré le cadre de vie et l’environnement de travail. « J'ai voulu que chacun puisse vraiment s'approprier ses lieux, son département, parce que c'est important de trouver du sens à ce qu'on fait », affirme-t-il. Des initiatives ont été engagées pour l’idéation et l’embellissement des locaux. « Ce qui m'avait frappé en arrivant au pôle, c'est la présence, dans ces bâtiments modernes du quartier Lange, de longs murs blancs, impersonnels comme dans un hôpital », ajoute-t-il. Gilles Martin a donné une identité et une marque jusque dans les halls du Pôle judiciaire, avec la mise en place de l’écusson du PJGN au sol, du drapeau tricolore, de plantes ou de bornes interactives. Alors que le site accueille chaque année plus de 1 200 visiteurs, ces marques et emblèmes décoratives apportent « une solennité » au lieu. Le général a d’ailleurs initié un projet de « visites virtuelles ». Elles devraient voir le jour dans les prochains mois.
Les innovations et la recherche, « cœur battant » du PJGN
Il a veillé à ce que les innovations et la recherche et développement demeurent une priorité du pôle avec, en son sein, un « foisonnement de gens passionnés ».
« Très modestement, mon action aura été, d’une part, de créer les conditions favorables à la réalisation du travail du quotidien, des expertises, des analyses et des réflexions autour du renseignement criminel et, d’autre part, de libérer autant que possible la dynamique d'innovation et de créativité », appuie-t-il.
L’excellence scientifique n’a fait que se renforcer sous son commandement. « L’objectif a toujours été de rester à la pointe des technologies pour la science forensique, je pense en particulier à l’ADN, à l’utilisation de l’IA ou de la réalité virtuelle où des avancées majeures sont actuellement menées », insiste-t-il.
Dernièrement, la Division criminalistique biologie génétique de l’IRCGN a par exemple développé un kit mixte de prélèvement ADN intégrant une puce RFID, pour une traçabilité du scellé quasiment parfaite.
Parmi les innovations « made in PJGN », l’immersion en réalité virtuelle est en train de franchir un cap, au bénéfice de l’expertise. Le projet « Janus » emmène désormais à l’intérieur de scènes de crime, que le PJGN est capable de modéliser numériquement depuis plus de dix ans. Que ce soit en extérieur ou en intérieur, cette nouvelle forme d’expertise offerte à Pontoise donne la possibilité à des enquêteurs et à des magistrats de s’immerger dans une scène de crime sans risque d’altération, de blocage, même si celle-ci a disparu ou a été détruite entre-temps. Cette technologie permet de vérifier certaines hypothèses, de les tester à volonté et d’en formuler de nouvelles. « Ce savoir-faire ouvre des possibilités illimitées en termes d'échanges et de champs des possibles entre l'expert, l'enquêteur et les magistrats, jusqu’à la réalisation prochaine d’une reconstitution judiciaire », argumente Gilles Martin en présageant, pourquoi pas, d’une « immersion des jurés lors du procès pénal d’ici plusieurs années ».
Du côté du renseignement criminel, « en matière de traitement de la donnée judiciaire, l’outil Orion développé “maison” est un très beau succès » souligne-t-il. Dans l’avenir, grâce à l’usage de l’intelligence artificielle, ce type d’outil permettra non seulement la mise en œuvre facilitée du rapprochement judiciaire au profit des enquêteurs, mais aussi de détecter la sérialité des phénomènes criminels ou l’anormalité dans un dossier cold case. « Le PJGN est à l’expertise et à l'intelligence judiciaire, ce que le GIGN est à l'intervention, pour le haut du spectre et au service du terrain », assure-t-il.
La force du PJGN va se « démultiplier » avec l’UNPJ
Dans cette veine, Gilles Martin a contribué à renforcer la transversalité des compétences réunies autour des plateaux d’investigation, modèle inédit mêlant à la fois l’expertise de l’IRCGN et la spécialisation des enquêteurs du SCRC, à l’instar du Plateau d’investigation véhicules.
Celui-ci a démontré toute sa pertinence et son efficacité dans plusieurs enquêtes, comme lors de la disparition de Lina. Le général reste plus que convaincu par le caractère pluridisciplinaire du PJGN : « Je trouve que les 50 domaines traditionnellement associés au PJGN sont tous aussi nobles les uns que les autres. Chacun a vraiment toute sa place. »
Entre la pratique des sciences dures mais aussi des sciences humaines, tel le Département des sciences du comportement, entre le caractère indissociable des approches physiques, chimiques, médicales, humaines et numériques, le général est persuadé que la force du PJGN est de disposer à Pontoise de « toutes les sciences autour de la vérité [contre le crime] », permettant de « combiner et d'agréger des compétences multiples à la demande, selon la situation, au profit des enquêteurs du terrain ». « C’est un modèle auquel je crois véritablement et qui va se démultiplier à souhait avec l'UNPJ », complète-t-il.
À partir du 1er septembre, le PJGN subira en effet une nouvelle évolution avec sa transformation en Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), visant au regroupement de toutes les unités centrales de la gendarmerie à compétence nationale, soit huit entités composées des quatre offices centraux, du SCRC, de l’IRCGN, de l’Unité nationale cyber (UNC) et d’une Unité nationale d’investigation (UNI). « Les capacités de combinaison qu'on avait avec les deux services du PJGN, nous allons pouvoir demain les extrapoler avec huit services », soutient-il. « On peut imaginer de nouveaux plateaux d’investigation, par exemple avec l’IRCGN, l’UNC et le SCRC, autour notamment des objets connectés », conçoit-il.
Pour le général, l’UNPJ est donc une évolution majeure entraînant la gendarmerie vers une nouvelle dimension organisationnelle et opérationnelle de l’exercice de la police judiciaire.
Du PJGN au Service de la transformation de la Gendarmerie nationale
Parmi les moments forts du général durant ces trois années : la présence des gendarmes du PJGN aux Jeux olympiques de Paris 2024. « Cela faisait partie des axes de développement de mon action : redonner aussi de la militarité chez nos experts et analystes, et ils l’ont démontré avec brio », se satisfait-il. Le PJGN a contribué, à sa demande, à la création de deux compagnies de marche.
Autre enjeu qui lui importait particulièrement : retrouver de la proximité avec le terrain au sein de la chaîne criminalistique, notamment entre l’IRCGN et les techniciens en identification criminelle (TIC). En ce sens, le PJGN a œuvré pour le renouvellement des équipements et des matériels au sein des Cellules d’identification criminelle (CIC) dans les départements. « Pendant dix ans, la chaîne criminalistique a connu une sorte d’“hiver” en matière d’investissement, nous avons mis fin à cela », observe-t-il.
Même si le PJGN se doit de répondre présent sur le « haut du spectre » à l’image de l’engagement en Ukraine lors de l’invasion russe en 2022, il se doit, selon lui, de conserver le lien avec toute la chaîne et le terrain, au quotidien. Sa volonté a été de retrouver un « équilibre » entre ces deux objectifs, même s’il reconnaît que les chantiers sont encore pléthoriques pour consolider ledit lien et pérenniser la confiance avec le terrain. De fait, le général Gilles Martin, en tant que « chef et ingénieur », regrette de ne pas avoir pu mener à bien les nombreux dossiers ou chantiers qu’il avait encore en tête.
Qu’à cela ne tienne, au Service de la transformation, dont il prend le commandement, la connexion avec l’UNPJ sera évidente. « Un service où se jouent l'innovation, la prospective, l'IA ou l'administration des données, notamment sur la partie juridique », détaille-t-il. « J'aurai bien évidemment un œil très attentif sur l’UNPJ et toutes ses réalisations à venir, au service de l'innovation, de la recherche et du développement pour la gendarmerie scientifique », conclut-il.
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