Kit universel, puce RFID, IA : le PJGN à la pointe de la technologie sur l’ADN
- Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
- Publié le 18 décembre 2024, mis à jour le 22 janvier 2025

Le Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale déploie début 2025 son kit universel de prélèvement ADN. Une première mondiale : une puce RFID est intégrée à l’écouvillon. Objectifs : gagner en efficacité et optimiser le protocole sur les 210 000 échantillons traités chaque année.
Deux en un ! Début 2025, un kit de prélèvement ADN universel sera à la disposition des gendarmes sur le terrain.
Les enquêteurs possédaient jusqu’à présent deux kits selon l’utilisation : l’un avec l’emploi d’une sucette en mousse et d’une carte FTA, pour recueillir des cellules buccales sur un individu (voire sur un cadavre), et un autre par le biais d’un écouvillon, pour prélever des traces biologiques telles que le sang. Le passage de deux kits à un seul aura de nombreux effets positifs : simplification pour les agents préleveurs, amélioration de la gestion des stocks (finie la problématique d’un double-stock selon le type de prélèvement), harmonisation de la pratique analytique au niveau du laboratoire et diminution des coûts.
Un protocole de prélèvement sur individu plus simple et plus efficace
Avec le nouveau kit, la tâche des agents préleveurs se verra facilitée, particulièrement dans la réalisation des prélèvements buccaux sur individu. Il lui faudra moins d’une minute pour récupérer l’ADN sur un individu. Avec l’ancien kit, la manipulation pouvait durer plus de dix minutes, principalement en raison de l’étape de transfert du matériel biologique récupéré sur la sucette en mousse vers la carte FTA.
L’efficacité sera également améliorée. Avant l’arrivée du kit mixte, près de 30 000 prélèvements biologiques par an nécessitaient une analyse complémentaire en raison d’une quantité d’ADN insuffisante, l’une des causes étant un volume trop faible de matériel biologique transféré sur la carte FTA. Désormais, cela ne sera plus que de l’histoire ancienne, les kits universels n’ayant pas besoin de carte FTA. Les tests effectués avec ceux-ci ont ainsi démontré une efficacité proche de 100%.
Cette évolution majeure s’inscrit dans un processus de changements technologiques qui a été pensé et réfléchi au sein de la Division criminalistique biologie génétique (DCBG) du Pôle judiciaire, dirigée par le colonel Sylvain Hubac.
La puce RFID, la grande innovation
Ce kit universel dispose en effet d’une puce de radio-identification (RFID). Il s’agit d’une nouveauté mondiale qui permet, selon le docteur en biologie et lieutenant-colonel Francis Hermitte, « d’avoir une confiance absolue dans la traçabilité des différentes étapes, de la réception du prélèvement jusqu’au traitement au niveau du laboratoire ». La DCBG reçoit plusieurs centaines à plusieurs milliers d’échantillons par jour. Leur prise en compte est effectuée manuellement, un par un, par des opérateurs administratifs.
Avec la puce RFID, toutes les saisines seront scannées automatiquement dans une caisse dès l’arrivée des prélèvements à l’Institut de recherche criminelle (IRCGN). « En quelques secondes, nos opérateurs seront en mesure de dire le nombre d’écouvillons réceptionnés pour traitement dans notre laboratoire », ajoute-t-il.
Cette puce contient un numéro de lot et un code-barre pour assurer la traçabilité. Cela identifiera instantanément les échantillons touchés par un éventuel problème de qualité lors de leur fabrication.
La puce RFID étant localisée dans le bouchon de l’écouvillon, celle-ci est également un gage de sécurité dans la traçabilité des opérations lors de la réalisation du prélèvement biologique. Le numéro d’identifiant du prélèvement est quant à lui présent sur le tube de transport dans lequel s’insère l’écouvillon. Or, en cas de réalisation de plusieurs prélèvements ADN en simultané, le risque d’insertion de l’écouvillon du prélèvement effectué sur l’individu A dans le tube de transport destiné à recevoir l’écouvillon de l’individu B n’est pas nul. « La présence de la puce permettra de pouvoir effectuer automatiquement un contrôle de concordance entre l’identifiant de l’écouvillon et l’identifiant présent sur le tube de transport. En cas de discordance, cela alertera le laboratoire d’un problème survenu lors de la réalisation du prélèvement », explique Sylvain Hubac.
L’IA au cœur de l’analyse génétique
Pour la mise en place du kit universel, le laboratoire de la DCBG a déployé en amont plusieurs outils. Parmi ceux-ci, l’automate SPS (Sample Positioning System, breveté par la gendarmerie) a été installé dans le cadre de l’optimisation de l’échantillonnage des prélèvements standardisés sur écouvillon, permettant l’augmentation du débit et de la fiabilité de la chaîne analytique sur l’ensemble des prélèvements standardisés. Chaque année le laboratoire de la DCBG voit effectivement son activé augmenter de 1 à 2 %.
« Nous sommes le seul laboratoire au monde à avoir une intelligence artificielle qui tourne en routine pour faire l’interprétation des profils génétiques »
Afin d’optimiser le temps d’analyse, le laboratoire a aussi développé une intelligence artificielle « maison », en fonctionnement depuis février 2024. Nommée ValidIA, elle interprète 86 profils génétiques en trois minutes.
« Nous sommes le seul laboratoire au monde à avoir une intelligence artificielle qui tourne en routine pour faire l’interprétation des profils génétiques. À ce point que le FBI s’est déplacé pour nous rencontrer », appuie Francis Hermitte.
Afin de ne pas soumettre à l’IA des profils génétiques complexes, la DCBG utilise une sorte de verrou à travers un second logiciel développé en interne, Valex. Celui-ci oriente directement les profils génétiques les plus complexes, à destination d’un opérateur humain.
« Toutes les semaines, nous avons un technicien qui reprend au hasard une liste de profils génétiques traité par ValidIA pour assurer un contrôle qualité », complète-t-il.
La R&D, une quête permanente pour la DCBG
Avec ces nombreuses avancées, est-ce que 2024 a été une révolution technologique pour la Division criminalistique biologie génétique ? « Non », tempère Francis Hermitte. Il précise que « chaque année voit son lot d’innovations », ajoutant que « la recherche et développement se poursuivra dans les années à venir ». Le colonel Sylvain Hubac et le lieutenant-colonel Francis Hermitte rappellent qu’ils sont « issus de la base », c’est-à-dire qu’ils ont commencé leur carrière « à la paillasse, au niveau de la chaîne de masse ». Ces deux cadres de la DCBG ont donc saisi l’intérêt d’entrer dans une « logique d’optimisation permanente ». « Nous avons cette culture d’être acteurs de l’amélioration de nos outils », assure Francis Hermitte.
Un autre ambitieux projet est d’ailleurs lancé avec le concours du Service central de préservation des prélèvements biologiques (SCPPB) : trouver un système alternatif à la congélation pour le stockage des extraits d’ADN sortis du laboratoire et devant être conservés. La recherche porte sur une préservation efficace à température ambiante. Outre les bénéfices écologiques et économiques de cette innovation, ce serait, là encore, une première mondiale dans le domaine de la génétique criminalistique.
Contacter la gendarmerie
Numéros d'urgence
Ces contenus peuvent vous intéresser
Janus : le jumeau numérique des scènes de crime au service de la justice
Le projet Janus permet à des enquêteurs, experts et magistrats de s'immerger...
Article
Une plate-forme départementale d'identification criminelle
Dans chaque département, le groupement de gendarmerie départementale...
Article

