L'ADN, « la révolution la plus importante de ces dernières décennies en matière de criminalistique »
- Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
- Publié le 10 juillet 2026, mis à jour le 10 juillet 2026

En marge des Journées du crime et de la science à Pleumeur-Bodou (Bretagne), RFI a interviewé plusieurs experts dont la lieutenant-colonel Pascaline Tesio, de l'IRCGN, pour évoquer l'évolution de la génétique dans l'enquête criminelle.
Chef adjointe à la Division criminalistique biologie et génétique de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), Pascaline Tesio a été l'invitée de RFI à l'occasion des Journées du crime et de la science à Pleumeur-Bodou, en Bretagne. Une interrogation : « Comment mettre sa science au service de l’enquête criminelle ? » La lieutenant-colonel estime que l'ADN et la trace ADN « constituent la révolution la plus importante de ces dernières décennies en matière de criminalistique ».
« Cela a été porteur d'espoir dans beaucoup de cas, notamment dans les dossiers non élucidés », ajoute-t-elle. Experte en empreintes génétiques, elle constate que le perfectionnement des techniques permet de trouver de plus en plus d'ADN, en quantité infime. « Les premières techniques ont été mises en place il y a une quarantaine d'années, nous sommes désormais capables de détecter quelques picogrammes d'ADN », précise-t-elle, ajoutant qu'« il faut toujours s'interroger sur la manière dont cet ADN est arrivé sur l'objet retrouvé ». En effet, l'enquêteur et l'expert doivent se demander si la présence de quelques picogrammes d'ADN sur une surface a une signification en termes de criminalistique.
La science, « un morceau de l'histoire » dans l'enquête
En matière génétique sur les scènes de crime, les dernières avancées reposent notamment sur la recherche dans le microbiome et la protéomique. Si celle-ci s'intéresse à la composition des protéines des traces, le microbiome étudie quant à lui l'ADN des bactéries, afin de déterminer si celles-ci proviennent du microbiote vaginal ou digestif, ce qui est particulièrement utile en cas de suspicion de pénétration sexuelle.
Pascaline Tesio rappelle que « la partie scientifique est un morceau de l'histoire », avec des experts et des laboratoires - comme ceux de l'IRCGN - qui analyseront des scellés relevant de la balistique, de la chimie, de la biologie, de l'entomologie, etc. « Dans l'enquête, la criminalistique va être en parallèle du reste. Le fil rouge dans l'enquête reste l'enquêteur, qui la mène et formule des hypothèses par rapport à ce qu'il observe », souligne-t-elle.
L'expert et le devoir de « recul »
Les traces permettent-elles automatiquement de retrouver un suspect ? Sur le sujet, Pascaline Tesio appelle à la modestie : « Ce n'est pas parce qu'un faisceau d'indices pointe vers quelqu'un qu'il est l'auteur. Parfois, une personne a la malchance de correspondre au suspect parfait, parce qu'elle a la bonne voiture, que son profil génétique est retrouvé sur la scène car elle était par exemple présent la veille... On peut imaginer un tas de scénarios et, en fait, ce suspect n'a rien à voir avec l'histoire. »
« L'enquêteur fait part aux experts d'hypothèses. On s'oriente là-dessus pour nos prélèvements, mais on doit aussi être en mesure de s'écarter de cela pour ne pas être à charge. Il faut avoir du recul », complète la lieutenant-colonel. L'IRCGN est composé de 40 disciplines scientifiques au service de la vérité judiciaire.
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