Les grandes batailles auxquelles la Gendarmerie a pris part au cours de son histoire

  • Par Service des archives et de la Mémoire, département de la valorisation
  • Publié le 01 avril 2026, mis à jour le 01 avril 2026
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Les drapeaux de la Gendarmerie nationale et de la Garde républicaine portent les noms de batailles où leurs unités se sont illustrées au combat aux côtés des armées françaises. De la Révolution française à la guerre de Crimée, ces engagements témoignent de l’implication militaire historique de ces formations, au-delà de leurs missions de sécurité intérieure.

Hondschoote (8 septembre 1793)

Le 20 avril 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre au roi de Hongrie et de Bohême. Les troupes françaises pénètrent en Belgique, mais sont mises en déroute par une contre-offensive autrichienne. Puis, le 1er février 1793, la Convention déclare la guerre au roi d’Angleterre et au stathouder de Hollande.

Face à la menace de la Première Coalition et aux troubles internes qui ébranlent le territoire national, la Patrie est déclarée en danger. Le gouvernement organise la levée en masse de 31 nouveaux bataillons, ainsi que la création de sept divisions de gendarmerie à cheval et sept autres à pied. Parmi elles, la 32e division de gendarmerie, celle des « gendarmes à pied de Paris », intègre l’armée du Nord.

Les Français veulent désenclaver Dunkerque, assiégée par les armées anglaises depuis le mois d’août. Le 6 septembre 1793, l’offensive est lancée. La 32e division de gendarmerie est rattachée à l’extrême gauche du dispositif français et placée sous les ordres du général Leclaire. Au cours de cette journée, elle participe à un engagement contre les Anglais près de Bergues avant de bivouaquer devant le village d’Hondschoote.

Le 8 septembre 1793, Leclaire et ses 400 gendarmes sont placés à droite du dispositif français. Deux canons de la 32e division ouvrent le feu. Les gendarmes prennent d’assaut les redoutes inondées par l’ennemi. Malgré l’artillerie et l’eau qui leur arrive jusqu’à la poitrine, ils traversent les marais de la Moere. Puis ils escaladent les retranchements de Hondschoote en y fichant leurs baïonnettes. Là, ils entament un violent corps à corps contre les 15 000 défenseurs hanovriens.

À midi, les défenseurs finissent par céder. Le 2e bataillon de la 32e division prend pied dans Hondschoote. Il capture plus de 300 prisonniers, un drapeau et plusieurs pièces d’artillerie. Mais 117 gendarmes sont tués ou blessés pendant l’assaut.

La ligne de front disloquée force les coalisés à la retraite. Cette bataille a une importance déterminante dans le désenclavement de Dunkerque et la libération du nord de la France pour quelques mois. Ce premier exemple d’un engagement de la gendarmerie au combat est, depuis 1913, la première bataille inscrite au drapeau de l’Arme.

Dantzig (Mai 1807)

À partir d’octobre 1806, la France doit faire face à une coalition formée par le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Prusse. Cette dernière cherche à s’opposer à l’hégémonie de la France napoléonienne en Europe, notamment en refusant la réorganisation de l’Allemagne en une confédération du Rhin. C’est le début de la Guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807).

La Garde républicaine, alors garde municipale de Paris, participe aux combats : elle y envoie un régiment de marche, constitué de 47 officiers et 1 076 hommes, et commandé par le colonel Rabbe. Le régiment de marche de la Garde rejoint d’abord le corps du maréchal Mortier dans la Hesse insurgée, où il mène des missions de « nettoyage ». Ce n’est que le 1er mai 1807 qu’il est placé sous les ordres du maréchal Lefebvre afin d’être employé lors du siège de Dantzig.

La ville de Dantzig est située sur une position stratégique essentielle : c’est un port fortifié faisant office de tête de pont capable de menacer le flanc de l’armée française. Elle est bâtie sur des terres inondées et est entourée d’un double fossé rempli d’eau de la Vistule. Sur sa rive droite, le fleuve est protégé par le fort de Weichselmünde. En tout, les coalisés peuvent compter sur une garnison de quelque 11 000 défenseurs.

La Garde se voit confier un objectif vital : prendre l’île d’Olhm, une position fortifiée assurant la communication entre Dantzig et Weichselmünde.

Les gardes embarquent. Ce sont près de 200 grenadiers et fantassins qui débarquent sous la mitraille des défenseurs. Les Français progressent rapidement et prennent les redoutes adverses à la baïonnette. Ils capturent 17 canons, tuent ou blessent 600 hommes et en capturent 600 autres. Ce premier coup d’éclat vaut à la Garde cinq croix de la Légion d’Honneur.

L’île d’Olhm est investie. Mais la mission de la Garde demeure : il faut tenir la position afin d’empêcher le ravitaillement de Dantzig. Dans la nuit du 14 mai, la corvette anglaise Dauntless tente de ravitailler la ville. Elle essuie les tirs de la Garde et s’échoue dans la vase du fleuve. Le colonel Rabbe prend alors personnellement la tête d’un groupe d’assaut : ils sautent dans des barques et prennent le contrôle du Dauntless.

Le 15 mai, la garnison russe du fort de Weichselmünde tente une sortie. Huit mille hommes attaquent le camp français de la rive droite. Cinq assauts sont contenus mais les Français ploient sous le nombre. L’arrivée du général Gardanne à la tête d’un bataillon de la Garde municipale permet de repousser l’assaillant.

Le 21 mai, la ville de Dantzig est finalement prise par les Français.

Friedland (14 juin 1807)

À partir d’octobre 1806, la France doit faire face à une coalition formée par le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Prusse. Cette dernière cherche à s’opposer à l’hégémonie napoléonienne en Europe, notamment en refusant la réorganisation de l’Allemagne en une confédération du Rhin. C’est le début de la Guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807).

Les armées françaises se trouvent à une cinquantaine de kilomètres de la capitale de Prusse-Orientale : Königsberg, aujourd’hui ville russe de Kaliningrad. Les Français, commandés par Napoléon en personne, sont alors confrontés à l’armée russe du comte Levin August von Benningsen. Ce dernier occupe des positions défensives solides et cherche à traverser la rivière Alle pour pouvoir se redéployer à Königsberg.

L’objectif napoléonien est donc double : atteindre Königsberg afin de mettre à bas la Prusse, et poursuivre et neutraliser la menace russe.

Placées en avant du dispositif français, les soldats du maréchal Jean Lannes parviennent à accrocher l’armée russe. La ligne française s’étire afin de retenir un adversaire largement supérieur en nombre, le temps qu’arrive le reste de l’armée. La Garde municipale, ancêtre de la Garde républicaine, est alors rattachée à la division Dupas, dont le maréchal Mortier prend le commandement afin de porter assistance à l’avant-garde française.

Le 14 juin, les armées se font face. La division Dupas et la Garde municipale sont placées à gauche du champ de bataille. Le maréchal Ney est désigné pour mener l’attaque générale sur la gauche de l’armée russe. Il pénètre dans Friedland et détruit les ponts permettant de franchir la rivière. Les Russes sont désormais encerclés et acculés à l’Alle. Ils tentent en vain de se dégager à coup de charges à la baïonnette mais les Français ne relâchent pas leur étau. À dix heures du soir, les Russes sont en déroute. La Garde est citée à l’ordre de l’armée tandis que la victoire de Friedland consacre la victoire française et la fin de la Quatrième Coalition.

Alcolea (7 juin 1808)

En 1808, la France de Napoléon Bonaparte entame la conquête de l’Espagne. Elle souhaite réprimer le soulèvement antifrançais agitant la péninsule ibérique, conséquence de l’avènement sur le trône d’Espagne du propre frère de l’empereur.

Deux régiments de la Garde municipale, ancêtre de la Garde républicaine, rejoignent l’armée d’Espagne. Ils sont affectés au corps du général Dupont.

Le 2 mai 1808, la ville de Madrid se soulève. En réponse, le général Dupont reçoit l’ordre de se diriger vers Cordoue et Séville. Dès le 7 juin, il se présente avec ses 13 000 hommes devant le pont d’Alcolea, sur le Guadalquivir. Il fait alors face aux troupes de Don Pedro d’Echevarri, soit 1 400 soldats réguliers espagnols, 12 000 volontaires et 12 canons.

L’avant-garde française est accueillie par la mitraille. Dupont déploie son artillerie et pilonne les positions adverses. Des reconnaissances françaises révèlent que la position ennemie est défendue par une redoute improvisée sur la rive gauche du Guadalquivir. Soudain, des forces espagnoles apparaissent sur les hauteurs qui dominent la route principale, menaçant le flanc gauche et l’arrière-garde française. En réponse, Dupont envoie la division de cavalerie du général Fresia.

L’attaque est menée par la 2e brigade du général Claude Marie Joseph Pannetier, avec les 1 200 hommes des deux bataillons de la garde municipale en tête. Les Espagnols attendent le dernier moment de la charge. Ils font feu à bout portant, brisant net l’assaut français.

C’est à ce moment que le lieutenant de gendarmerie Rathelot s’élance sur le pont, le chapeau à la pointe de son épée, avant d’être frappé de plusieurs balles. Les gardes, subjugués par l’exemple de leur officier, reprennent la charge et parviennent à prendre la redoute à la baïonnette. Les combats se poursuivent dans le village d’Alcolea pendant deux heures, forçant les Espagnols à se replier.

La victoire française à Alcolea ouvre la voie à l’occupation de Cordoue. Mais les Français paient un lourd tribut et la bataille permet aux Espagnols de gagner le temps nécessaire au regroupement de leurs forces.

Burgos (Septembre à octobre 1812)

Burgos est située sur la rive droite de l’Arlanzon, à l’embranchement des routes de Reyosa et de Valladolid avec la grande route de Bayonne à Madrid. C’est un lieu stratégique, puisque la ville abrite les grands dépôts d’armes et de munitions de l’armée française.

Si la ville de Burgos est faiblement fortifiée, ne disposant que d’un simple mur, il en est autrement de son château. Les Français s’y retranchent avec une garnison d’environ 2 000 hommes commandée par le général de brigade Jean-Louis Dubreton. Parmi eux, on compte deux bataillons du 34e régiment d’infanterie de ligne, un bataillon du 130e régiment d’infanterie, une compagnie du 6e régiment d’artillerie à pied ainsi qu’un détachement de la Garde de Paris, ancêtre de la Garde républicaine.

Le 19 septembre 1812, une armée anglo-portugaise d’environ 35 000 hommes assiège Burgos. Les assaillants, commandés par le général Arthur Wellesley, marquis de Wellington, profitent du couvert de la nuit pour lancer plusieurs assauts sur la redoute la plus faible de la défense française : la colline de San Miguel, qui passe aux mains anglaises au terme de furieux combats.

Dès lors, la résistance des Français se fait plus féroce. Wellington entame un travail de sape et fait installer des batteries d’artillerie sur la colline de San Miguel. En réaction, Dubreton organise des sorties régulières afin de permettre aux défenseurs, soutenus par l’artillerie du château, de neutraliser les ouvrages de sape anglais.

Les gardes de Paris participent à plusieurs sorties françaises visant à repousser les assaillants, causant 400 morts dans les rangs anglais. Leur action permet de soulager les défenseurs de Burgos et de tenir la place forte en attendant l’arrivée des renforts français. Wellington est finalement contraint de lever le siège le 21 octobre 1812.

Villodrigo (23 octobre 1812)

1812. Guerre d’Espagne. La France de Napoléon est en guerre contre une coalition composée de l’Espagne, du Portugal et du Royaume-Uni. Les armées impériales annexent le nord de la Péninsule ibérique et progressent vers le sud du pays. Mais, dans les régions contrôlées, elles sont confrontées à des bandes de guérilleros qui perturbent les ravitaillements, harcèlent les troupes et enlèvent les officiers. L’insécurité des routes parasite l’effort de guerre français et Napoléon décide de constituer 20 escadrons de gendarmerie afin de rétablir l’ordre. Parmi eux, six sont rassemblés en une unité d’élite : la légion de Burgos.

Commandée par le colonel Jean-Alexis Béteille et épaulée du 15e bataillon de chasseurs à cheval et d’un escadron de lanciers de Berg, la légion de Burgos fait office d’avant-garde à l’armée impériale. Le 23 octobre, elle se trouve dans la commune de Villodrigo lorsqu’elle rencontre l’arrière-garde coalisée.

Les gendarmes sont d’abord pris à la légère par les troupes anglaises, qui s’amusent de voir cette troupe de cavaliers empanachés aux uniformes étincelants de dorures. Mais très vite, les gendarmes se distinguent. Quatre escadrons de la légion de Burgos chargent l’ennemi de front et de flanc. Le choc initial est violent. Un soldat hanovrien témoigne que, pendant les premières minutes de l’affrontement, cavaliers anglais et français se retrouvent mélangés, luttant sur un terrain constellé de cadavres. Très vite, les dragons anglais ploient. Ils tentent de se retirer derrière un carré d’infanterie le temps de se reformer. Les gendarmes entament alors une manœuvre audacieuse : ils réalisent plusieurs charges à fond et successives, écrasant l’ennemi sous des vagues de coups d’estoc.

L’action des gendarmes de Villodrigo est également marquée par celle de leur chef : le colonel Jean-Alexis Béteille. Ce dernier est atteint de six coups de sabre à la tête, cinq au bras et un au ventre. Défiguré, couvert de sang, il est entièrement dépouillé et traîné sur plusieurs mètres par des soldats qui lui arrachent ses bottes. Il est finalement reconnu par un de ses lieutenants grâce à la couleur de ses chaussettes. Contre toute attente, malgré ses nombreuses blessures mettant son cerveau à découvert, il survit et est fait général de brigade par Napoléon en personne.

Taguin (16 mai 1843)

Le combat de Taguin intervient en pleine conquête de l’Algérie par la France.

La gendarmerie est présente dès le début de la conquête d’Algérie. D’abord par une force prévôtale de 127 sous-officiers et gendarmes qui accompagnent le corps expéditionnaire du maréchal Bourmont. Puis, à partir de 1834, par le biais de la Gendarmerie d’Afrique, qui met progressivement en place un réseau de brigades devant contrôler le territoire conquis.

En 1843, la France occupe une bonne partie de l’Algérie. Elle y fait face, depuis 1832, à la résistance de l’émir Abd el-Kader, qui tente d’édifier un État musulman sur les ruines du pouvoir turc. Au printemps de la même année, la smalah de l’émir est localisée aux environs de Boghar. Le général Bugeaud ordonne aux colonnes mobiles d’Henri d’Orléans, duc d’Aumale, de se lancer à sa poursuite. Un peloton de trente gendarmes commandé par le lieutenant Grosjean est placé sous les ordres du duc.

Le 16 mai 1843 au matin, le duc d’Aumale effectue une reconnaissance avec sa cavalerie lorsqu’il est informé de la présence de la smalah d’Abd el-Kader près de Taguin. Après avoir consulté les spahis et les chasseurs d’Afrique qui l’accompagnent, il rassemble ses 500 hommes et se prépare à intercepter la troupe de l’émir.

Afin de progresser rapidement, les Français se divisent en trois colonnes. Ils trouvent la smalah au milieu d’une plaine légèrement creusée où coulent les eaux de la source de Taguine. Face eux se dresse une mer de tentes où s’abritent quelque 20 000 personnes.

Le duc d’Aumale fait immédiatement sonner la charge, compensant son désavantage numérique par l’effet de surprise d’une attaque éclair. Il parvient ainsi rapidement à neutraliser les combattants adverses avant qu’ils ne puissent coordonner leur riposte.

Après le combat, Henri d’Orléans salue la conduite et la discipline des gendarmes ayant chargé à ses côtés. Ces derniers continuent de servir en encadrant la colonne de plusieurs milliers de prisonniers.

Sébastopol (7 et 8 juin 1855)

En 1854, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à la Russie car cette dernière refuse de se retirer de la Moldavie et de la Valachie. Ces régions, normalement ottomanes, sont occupées au nom de la protection de la population orthodoxe. Ce motif religieux s’accompagne de raisons politiques plus opportunistes, Louis-Napoléon cherchant également à reproduire une geste impériale similaire à celle de son illustre aïeul.

La France envoie donc un corps expéditionnaire afin d’appuyer les troupes du sultan ottoman Abdülmecit Ier. En son sein, des gendarmes faisant initialement office de force prévôtale. À l’été 1854, Napoléon III décide de prendre d’assaut la ville de Sébastopol, faisant office de base navale abritant la flotte russe en mer Noire.

C’est le début d’un siège long et éprouvant. Les assiégeants font face à 571 pièces d’artillerie bien retranchées et appuyées par les canons des navires de la baie.

Les gendarmes y sont d’abord déployés afin de sanctionner les infractions relatives à la justice militaire. Ils veillent à la protection des habitants du pays contre les exactions des soldats français, sanctionnent les déserteurs, et contrôlent les interactions entre les militaires et les populations locales.

Il faut attendre l’hiver 1855 pour que soient mis en place deux bataillons de guerre du régiment de gendarmerie de la garde impériale. Ce sont donc 1 500 gendarmes supplémentaires qui sont déployés à Sébastopol afin de se joindre aux combats. Le 7 juin 1855, les gendarmes participent à un assaut sur les défenses de la ville. Ils investissent deux ouvrages fortifiés qu’ils sont chargés de tenir. Mais une contre-offensive russe repousse une partie de l’armée française, isolant les gendarmes au milieu des tirs croisés des défenseurs russes. Malgré tout, ils tiennent bon et sont finalement relevés le 9 juin.

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