Sommet de Paris de la FIEP : la Gendarmerie nationale clôt son année de présidence
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 24 octobre 2025, mis à jour le 14 janvier 2026

À l’occasion du 25e sommet de la FIEP, qui s’est déroulé mardi 21 octobre 2025, la présidence a été transmise à la Gendarmerie argentine. Un changement qui signe la fin du cycle français, tourné vers la question des « Enjeux et impacts de l’intelligence artificielle pour les forces de gendarmerie », et le début d’un nouveau cycle.
Ce mardi 21 octobre 2025, dans le grand salon d’honneur du Cercle national des Armées, au cœur de la capitale française, les vingt-trois directeurs généraux des forces de sécurité intérieure de type gendarmerie se sont retrouvés pour le 25e Conseil supérieur des directeurs et commandants généraux de la FIEP, l’association des gendarmeries du monde.
En préambule de l’ouverture officielle de ce sommet par le directeur général de la Gendarmerie nationale, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, présent pour l’événement, a salué le travail de coopération « considérable » et de plus en plus indispensable dans « un climat géopolitique singulièrement tendu », des vingt-trois forces de sécurité intérieure des pays membres de la FIEP. « La FIEP n’est pas seulement un cénacle de discussion, mais c’est aussi une instance qui se veut résolument dans l’action, [en étant] finalement la première au monde à proposer une vision commune sur l’usage de l’intelligence artificielle par les forces de sécurité intérieure. Voilà une force collective dont vous pouvez être très fiers », a-t-il déclaré.
Sous les applaudissements des directeurs généraux, le directeur général de la Gendarmerie nationale, le général d’armée Hubert Bonneau, a ensuite pris la parole pour annoncer officiellement l’ouverture du 25e Conseil supérieur des directeurs et commandants généraux de la FIEP, faisant retentir le marteau emblématique de la FIEP, transmis de présidence en présidence.
« Une intelligence artificielle au service de la sécurité »
Tout au long de la journée, plusieurs temps forts se sont succédé, avec pour moment central le discours de vingt des vingt-trois directeurs généraux présents (le directeur général de la Gendarmerie nationale française s’étant déjà exprimé, et les deux directeurs généraux des pays nouvellement observateurs n’étant pas encore installés).
D’une même voix, chaque directeur général a évoqué, avec la même conviction, profonde et sincère, la nécessité de poursuivre le renforcement de la collaboration internationale face à une criminalité de plus en plus structurée, sans limite et sans frontières. Des propos notamment tenus par le général de corps d’armée Claudio Brilloni, chef de la Gendarmerie nationale argentine et prochain président de la FIEP : « La protection de nos citoyens constitue le pilier fondamental de tous les services de police à statut militaire. En ce sens, le renforcement des actions par la formation, la coopération policière contre le crime organisé, l’échange d’informations, la coordination et l’action conjointe entre les différentes forces constituent les moyens d’une lutte plus efficace, par des modes opérationnels innovants et variés. »
L’un de ces modes d’action innovants était au centre des discours : l’Intelligence artificielle (I.A.). Sujet central de la présidence française, choisi par la Gendarmerie nationale lors du sommet de Rome en octobre 2024, l’I.A. a jalonné les échanges entre les pays membres de la FIEP tout au long de l’année, avec comme thème central : les « Enjeux et impacts de l’intelligence artificielle pour les forces de type gendarmerie ».
Pour échanger autour de ce sujet, les débats ont été structurés autour de quatre commissions : les ressources humaines, les affaires internationales, les nouvelles technologies de l’intelligence artificielle et l’utilisation de l’I.A. dans l’organisation du service.
Ces commissions ont été évoquées par le général Patrick Perrot, chairman expert de la présidence française, docteur en intelligence artificielle, expert en gouvernance de l’I.A., et en cybersécurité, lors de son bilan : « Les travaux des commissions ont permis de tracer une voie claire, celle d’une intelligence artificielle au service de la sécurité, encadrée par une réglementation équilibrée, portée par l’humain et guidée par la responsabilité. Notre ambition collective doit désormais être d’inscrire durablement cette dynamique dans la pratique de nos forces, et d’en faire un levier de souveraineté et d’efficacité opérationnelle. Car l’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’action des femmes et des hommes qui composent nos forces, mais elle peut décupler leurs capacités et renforcer nos institutions, à la fois dans la lutte contre le crime et en matière de souveraineté. »
Afin d’incarner l’ensemble des axes de réflexion évoqués lors de ces commissions, plusieurs experts de la FIEP, coordonnés par le général Patrick Perrot, assisté de Mme Ysens de France, expert I.A. au sein du Service de la transformation (S.T.) de la DGGN, ont travaillé durant plus de six mois à la réalisation de deux livrables. Le premier, pensé comme une synthèse des travaux menés lors des quatre commissions, et le second, conçu comme un guide des bonnes pratiques pour un usage responsable et encadré de l’intelligence artificielle au sein des forces de sécurité. « Ce sont deux outils concrets pour guider nos forces vers une adoption raisonnée et déterminée de l’intelligence artificielle dédiée à la lutte contre le crime », a précisé le général Patrick Perrot.
En point d’orgue de ce sommet, après la présentation des livrables, les vingt-trois directeurs généraux ont ensuite été invités à signer le traité de déclaration commune, entérinant l’adhésion de tous les membres de la FIEP au guide de bonnes pratiques de l’I.A., une première à l’échelle internationale, comme l’a rappelé Mme Ysens de France lors de son allocution.
La FIEP, association des gendarmeries du monde, compte vingt-trois pays : les quatre membres historiques (dont elle tire son nom), la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, ainsi que 19 autres pays : la Turquie, les Pays-Bas, le Maroc, la Roumanie, l’Argentine, le Chili, la Jordanie, le Qatar, la Tunisie, le Brésil, la Palestine, l’Ukraine, Djibouti, le Sénégal, le Koweït, Saint-Marin, la Moldavie, et tout juste intégrés en tant que membres observateurs, le Congo-Brazzaville et les Émirats arabes unis.
Nouvelle présidence : nouveau thème de réflexion commun
À la suite de la signature de la déclaration commune, le directeur général de la Gendarmerie nationale a réalisé son dernier acte en tant que président de la FIEP en intronisant deux nouvelles forces : celle de la Gendarmerie nationale de la République du Congo (Congo-Brazzaville) et celle de la Garde nationale des Émirats arabes unis. Deux pays qui, pendant un an, auront le statut d’observateur, avant de devenir, lors du sommet de 2026, des membres à part entière de la FIEP. « C’est avec fierté que nous vous accueillons en qualité d’observateurs pour une période d’un an, au terme de laquelle vous serez membres de plein droit. Je vous adresse, au nom de l’ensemble des membres de notre organisation, mes plus sincères félicitations, et vous cède successivement la parole », a déclaré le général d’armée Hubert Bonneau après l’installation des deux nouveaux drapeaux.
Est ensuite venu le temps de la passation de présidence. « Cette présidence de la FIEP a été pour nous, pour la Gendarmerie nationale, une grande et belle aventure, un honneur et une fierté. L’année dernière, nous avions accueilli les Jeux olympiques et paralympiques, cette année, nous avons accueilli la FIEP. Le moment est venu, justement, de passer le flambeau à nos camarades argentins pour l’année prochaine. C’est donc avec émotion que je me tourne vers notre camarade de la Gendarmería Nacional Argentina. Cher général de corps d’armée Claudio Miguel Brilloni, c’est à votre tour d’assurer la présidence de la FIEP. Je sais à quel point vous êtes déjà fortement mobilisé pour que cette cuvée 2026 soit un véritable succès. Elle le sera, à n’en pas douter ! Les deseo lo mejor a nuestros compañeros argentinos para la próxima presidencia. ¡Vos sos Gardel ! (Je souhaite à mes camarades argentins le meilleur pour leur prochaine présidence, NDLR) », a clôturé le général d’armée Hubert Bonneau, transmettant ainsi symboliquement le marteau de la présidence au directeur général argentin.
Pour cette nouvelle année et ce nouveau cycle, la Gendarmerie nationale argentine animera des échanges et des débats autour d’un nouveau thème : « La protection des objectifs stratégiques : un défi commun pour les forces de type gendarmerie ». Le sujet sera de nouveau abordé et débattu au cours des quatre commissions de la FIEP. Ces quatre rencontres apporteront aux forces des vingt-trois pays de la FIEP de nouveaux axes de réflexion pour permettre aux forces de gendarmerie mondiales d’appréhender toujours mieux les enjeux de demain.
En parallèle de la journée du mardi 21 octobre, les directeurs généraux des vingt-trois forces membres de la FIEP ont poursuivi les échanges durant deux jours dans le cadre de discussions bilatérales ou multilatérales afin de développer de nouveaux axes de coopération ou de renforcer ceux déjà existants. Une opportunité d’échanges unique en son genre entre directeurs généraux issus d’autant de forces de sécurité de pays différents.
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