L’attaché de sécurité intérieure au cœur de la crise : l’exemple de l’attaque de l’ambassade de France en République démocratique du Congo
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 28 août 2025, mis à jour le 28 août 2025

Attaché de sécurité intérieure (ASI) en République démocratique du Congo (RDC) depuis août 2024, le colonel Jean Montal-Villette est intervenu lors d’une table ronde sur le thème de la gestion de crise à l’occasion du colloque annuel de la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS) qui se tient cette semaine. À cette occasion, il revient sur la crise survenue en janvier 2025, quand l'ambassade a été attaquée par des manifestants. L’officier aborde notamment la gestion de l'incident et les défis sécuritaires rencontrés.
S’étendant sur 2,3 millions de km², la République démocratique du Congo (RDC) est le plus vaste État d’Afrique subsaharienne et compte près de 100 millions d’habitants, ce qui en fait l’un des plus peuplés du continent. Son sous-sol recèle environ 60 % des réserves mondiales de cobalt et 80 % de celles de coltan, deux minerais stratégiques indispensables à la fabrication d’appareils électroniques et de batteries.
En dépit de ces atouts, le pays, classé au 180ᵉ rang mondial pour son produit intérieur brut, peine à tirer profit de ses richesses. Les tensions régionales, alimentées par la convoitise de certains États voisins, et les divers conflits persistants entravent son développement. Le Nord-Kivu, région frontalière du Rwanda et de l’Ouganda, rassemble d’importantes ressources minières et demeure donc particulièrement touché. On y assiste à des affrontements récurrents entre l’armée congolaise et plusieurs groupes armés irréguliers, dont le Mouvement du 23 mars (M23), provoquant d’importants déplacements de civils. Après plus de trois décennies de violences, le mois de janvier 2025 s’inscrit comme un nouveau point de bascule.
La crise du 28 janvier 2025 : l’attaque de l’Ambassade de France
En janvier 2025, la situation sécuritaire dans l’est de la RDC connaît une nouvelle escalade avec la progression du M23, qui parvient à prendre le contrôle de Goma. Cette agglomération d’un million d’habitants revêt une importance majeure, à la fois comme centre politique et économique, mais aussi par sa proximité immédiate avec les grands sites miniers de la région. Dans ce climat, les réseaux sociaux deviennent un vecteur essentiel de l’information. À plus de 1 500 kilomètres, à Kinshasa, les vidéos montrant le repli de l’armée régulière circulent en continu, alimentant à la fois l’indignation politique et une colère populaire grandissante. Très vite, des appels à descendre dans la rue sont relayés pour dénoncer la situation.
Dans ce contexte, le 28 janvier 2025, une mobilisation d’ampleur bloque plusieurs artères de la capitale congolaise. Dès les premières heures de la matinée, les manifestants s’en prennent à plusieurs représentations diplomatiques, accusant les puissances occidentales d’inaction. L’ambassade de France à Kinshasa est assaillie par près d’un millier de manifestants, qui détruisent les caméras de vidéo-surveillance, incendient une partie de l’ambassade et lancent de nombreux projectiles en béton. Dans une telle situation, réactivité, sang-froid et expertise dans la gestion de crise deviennent essentiels.
L’ASI au cœur de la crise de janvier 2025
En République démocratique du Congo, comme dans les autres pays, l’ASI incarne le ministère de l’Intérieur auprès de l’ambassade de France. Il conseille directement l’ambassadeur sur toutes les questions liées à la sécurité intérieure, qu’il s’agisse de coopération institutionnelle, technique ou opérationnelle. L’officier sécurité, quant à lui, est précisément en charge de la sécurité de l’ambassade de France. Cependant, lorsqu’une telle crise survient, l’ASI apporte toute sa plus-value dans ce qui relève de la sécurité de l’emprise diplomatique et de ses agents grâce aux relations privilégiées déjà établies et sa culture dans la gestion d’une crise. Contrairement à d'autres, la France a souhaité maintenir sa présence en RDC pour continuer à accompagner son partenaire congolais pendant cette nouvelle crise. Cette décision témoigne de l’importance que la France accorde à la RDC, aujourd’hui le pays francophone le plus peuplé. En effet, 42,5 millions de personnes, soit 51 % de la population totale du pays est francophone.
Le colonel Jean Montal-Villette souligne l’importance d’une lecture lucide de la menace. Même face à un adversaire déterminé à s’attaquer à des infrastructures diplomatiques et capable d’y pénétrer, « il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une opération d’ordre public », rappelle-t-il. La priorité consiste à anticiper, conserver une longueur d’avance, adapter en permanence le juste niveau de réponse, et prendre sans délai les mesures de sauvegarde indispensables. L’intrusion massive, comme la chute du mur de l’ambassade sous la pression d’un millier de manifestants, a constitué l’une des hypothèses envisagées. Quelle réponse apporter alors qu’il est clair que personne ne devait réussir à entrer ? C’est dans ce type de moment sensible que l’ASI apporte aussi sa plus-value, par son expertise dans la gestion d’une crise et son rôle de conseiller auprès de l’ambassadeur de France.
L’officier supérieur insiste également sur la portée symbolique des décisions prises. À l’heure où chaque geste est relayé en direct sur les réseaux sociaux, l’image renvoyée est déterminante. Le colonel Montal-Villette revient sur sa décision de rapidement « descendre les couleurs » afin d’éviter que le drapeau tricolore ne devienne une cible. « Le drapeau français en flammes, symboliquement, c’est très fort. » Dans ces moments sensibles, chaque posture, chaque réaction, envoie un signal fort à la fois aux manifestants et à l’opinion publique.
L’ASI poursuit en expliquant le caractère primordial de son rôle de conseiller dans la crise et de la coordination avec les autres services présents à l’ambassade de France. Il en va de la démonstration de la capacité et de l’expertise de la gendarmerie nationale à aborder la crise, y compris hors du territoire national. Par sa culture opérationnelle, forgée à la croisée des situations de paix, de crise et de guerre, la gendarmerie constitue un atout singulier dans un environnement diplomatique où la culture de la sécurité ne constitue pas le cœur du métier.
Face à la dégradation de la situation et la volonté de maintenir ouvert le poste diplomatique, l’ambassadeur de France, sur les conseils de l’ASI, a donc sollicité l’envoi immédiat de renforts. Des militaires du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) et des gendarmes d’un peloton d’intervention d’un escadron de gendarmerie mobile seront projetés sous le signe de l’urgence. « Cela permet de démontrer la capacité de la gendarmerie à monter en puissance au cœur d’une crise par la projection de moyens exceptionnels et de moyens plus conventionnels, tous complémentaires, et surtout, en démontrant sa capacité à interagir avec des acteurs externes à l’Institution »
Enfin, le colonel Montal-Villette insiste sur le savoir être du SSI dans les relations inter-services. L’objectif est d’entretenir des relations privilégiées et de confiance avec chacun des services en jouant un rôle de facilitateur. Cela vaut au sein de l’ambassade de France en RDC mais également avec les SSI voisins, afin d’échanger les bonnes pratiques. Ces relations entretenues en temps de paix produisent indéniablement des effets favorables en temps de crise, où la coordination entre chacun des acteurs doit être la plus fluide possible.
Au-delà de ses enjeux diplomatiques, la crise du 28 janvier 2025 a permis de mettre en évidence le rôle central de l’ASI dans la gestion d’événements majeurs. Elle a aussi révélé l’importance d’une préparation approfondie et d’une formation adaptée pour l’ensemble des acteurs impliqués, dont la gestion de crise n’est pas toujours la spécialité.
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