Analyse et identification de peintures aérosols

Les peintures aérosols sont communément utilisées pour des profanations de lieux de cultes, des revendications d’organisations terroristes régionales ou des dégradations volontaires. L'étude de ces peinture est un domaine des sciences forensiques qui réunit dans certains cas tant des experts en chimie que des experts en comparaison d'écritures.

Différentes méthodes analytiques sont employées pour parvenir à une identification ou à une comparaison de peintures aérosols. Dans ce but, des bases de données sont mises en commun à l’échelle européenne.

Les peintures aérosols et leur intérêt criminalistique

La peinture aérosol est un mélange de pigments lui donnant sa couleur, de matières de charge matifiantes, d’additifs plastifiants, de solvant, et enfin d’une résine qui lie l’ensemble.

Prélevée par grattage, la peinture est envoyée à l’IRCGN qui dans le cadre d’enquêtes judiciaires, va la faire analyser par les experts en chimie du département véhicules. En effet, la méthode mise en place pour l’analyse chimique des peintures de véhicules est similaire à celle utilisée pour les peintures aérosols. Ces experts sont capables, selon les besoins de l’enquêteur,  d’identifier l’origine de la peinture ou bien de la comparer avec un ou plusieurs autres échantillons.

Le marché des peintures aérosols est très vaste, du fait des nombreux domaines d’utilisation (décor, entretien des véhicules...). En France, treize fabricants et une vingtaine de distributeurs se partagent l’essentiel du marché. De surcroît, chaque fabricant propose plusieurs marques comportant elles-mêmes des sous-familles. Il est donc primordial de suivre l’évolution de ce marché.    

 

 

Deux missions d'analyse chimique

Mission d'identification

Afin de pouvoir identifier ces peintures, l’IRCGN a initié en 2008 une base de données de peintures aérosols. A ce jour, cette base comporte plus de 1000 références.
Les échantillons proviennent soit d’affaires judiciaires, soit ils sont fournis par les fabricants partenaires. Dans ce dernier cas, les bombes sont entreposées dans une bibliothèque physique dans les locaux de l’IRCGN. Cette base est aujourd’hui partagée avec l’ensemble des laboratoires européens de criminalistique.

Lorsqu’il est question d’identification, les recherches en bases de données de spectres infrarouges permettent de connaître le fabriquant, la marque et la teinte exacte. A partir de là, il est alors souvent possible de référencer les points de vente sur une zone géographique définie par l’enquêteur.

Dans le cas de phénomènes sériels, les analyses chimiques peuvent également être couplées à une étude de comparaison d'écritures par des experts du département « Documents » de l’IRCGN.

    

Mission de comparaison

Les enquêteurs requièrent la comparaison d’aérosols dans différents cas : pour comparer la peinture d’un tag et une bombe retrouvée chez un suspect, pour faire un rapprochement de faits, ou quand de la peinture est retrouvée sur les vêtements d’un suspect. Il a en effet été démontré que certaines zones de vêtements sont plus atteintes que d’autres par les résidus de peinture lors de la vaporisation.

Particules de peinture aérosol bleue incrustées dans les fibres d'un vêtement

  

La mission de comparaison repose sur une procédure dont la performance a été validée. La stratégie suivante est appliquée et les différentes analyses sont effectuées successivement tant qu’aucune discrimination n’est possible entre les échantillons.

1)  Comparaison visuelle des échantillons :
L’expert décrit l’échantillon de peinture avec une loupe binoculaire et/ou un microscope optique (couleur, présence de particules métalliques, …).

2)  Analyse en spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier :
L’expert s’attache à comparer les spectres obtenus de ce qu’on appelle l’empreinte digitale de la résine de la peinture [1] [2]. Ces spectres nous apportent une information sur la composition chimique de l’échantillon.

3)  Analyse en spectroscopie Raman :
Cette technique met en évidence les pigments inhérents aux échantillons de peinture.

4)  Analyse en micro-fluorescence X :
L’étude des spectres permet d’identifier les composés minéraux en présence et aussi parfois de définir le type de la peinture, i.e. brillante, satinée ou matte.

5) Analyse par Pyrolyse GC/MS (Gas Chromatography/Mass Spectrometry) :
Cette technique analytique apporte une information organique plus détaillée qu’en spectroscopie IR au travail de comparaison de l’expert.

   

Pour conclure

Avec plus d’une centaine de cas par an à l’IRCGN, l’analyse des peintures aérosols représente une activité importante pour les experts en chimie du département véhicules.

Avec un spectre infractionnel très large allant du terrorisme à la dégradation simple, l’ensemble de nos concitoyens peut un jour être victime d’une peinture aérosol.

   

   

Sources

1: MUEHLETHALER Cyril, MASSONNET Geneviève, HICKS Tacha, Evaluation of infrared spectra analyses using a likelihood ratio approach: A practical example of spray paint examination, Journal of the Chartered society of forensic sciences, march 2016; vol. 56, n° 2, p. 61 – 72.

2: MUEHLETHALER Cyril, MASSONET Geneviève, DEVITERNE Marie, BRADLEY Maureen, HERRERO Ana, DIAZ DE LEZANA Itxaso, LAUPER Sandrine, DUBOIS Damien, GEYER-LIPPMANN Jochen, KETTERER Sonja, MILET Stéphane, BERTRAND Magali, LANGER Wolfgang, PLAGE Bernd, GORZAWSKI Gabriele, LAMOTHE Véronique, MARSH Louissa, TURUNEN Raija, Survey on batch-to-batch variation in spray paints: A collaborative study, Forensic Science International, June 2013; vol. 229, n° 1-3, p 80 – 91.

Actualités


Le puzzle macabre de la gendarmerie scientifique après les crues du 2 octobre

"Plus le temps passe, plus ça se complique": à Nice, les scientifiques...

Tempête Alex : la mission de l'UGIVC

Après le passage de la tempête Alex dans les vallées de la Roya...

Tempête Alex : Projection de l'UGIVC

L’unité d’identification de victimes de catastrophe #IRCGN a...