Intervention du cdt Haberbusch - Conférence " La gendarmerie et la mer à travers l’histoire "
- Par la rédaction du site CRGN
- Publié le 20 mai 2025, mis à jour le 20 mai 2025
En cette « Année de la Mer », le commandant Benoît Haberbusch a prononcé, le 17 mai 2025, une conférence au Service historique de la Défense à Châtellerault sur le thème de la gendarmerie et de la mer à travers l’histoire. Ce vaste panorama historique a permis au public de découvrir la richesse de ce thème au niveau d’une institution militaire pluriséculaire, grâce aux fonds du SHD. Un passé qui ne se limite pas à la gendarmerie maritime.
Alors que le gendarme apparaît plutôt comme un « continental » dans l’imaginaire collectif, ses liens avec la mer sont anciens. Lors de la réforme de 1720 instituant le premier maillage territorial de la maréchaussée, des brigades sont déjà installées dans 13 villes portuaires, telles que Calais, Boulogne, Dieppe, Saint-Brieuc, Morlaix, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Les Sables-d’Olonne, La Rochelle, Marennes, Biscarrosse, Marseille et Toulon. Si cela ne représente encore que 2, 5 % des 520 brigades installées durant cette période, les cavaliers de maréchaussée sont ainsi en contact direct avec les « gens de mer », qu’ils soient marins ou pêcheurs à pied.
Le Livre d’or de la gendarmerie conserve également le souvenir de quelques sauvetages épiques, comme le 24 décembre 1895 quand le brigadier Le Quellec et le gendarme Renaud de la brigade de La Chaume (Vendée) n’hésitent pas à plonger pour sauver trois pêcheurs dont la chaloupe s’est échouée dans une mer démontée à 60 mètres du rivage. Par la suite, les occasions ne manquent pas de confronter les gendarmes avec le monde de la mer, des transportations de bagnards à Saint-Martin-de-Ré, aux grèves des sardinières de Douarnenez en 1924, en passant par les naufrages, comme celui du Torrey Canyon (1967). À partir des années 1960, tandis que la société des loisirs pousse les Français à investir les bords de mer et les activités nautiques, le gendarme acquiert le « pied marin » en se dotant de ses propres moyens nautiques. Il crée un centre d’instruction à Antibes pour former ses enquêteurs à la police judiciaire subaquatique. Le gendarme se fait même un temps surveillant de plage aux côtés des CRS.
De nos jours, la maîtrise de l’espace littoral par la gendarmerie s’exprime de différentes manières. L’institution possède 26 Brigades nautiques côtières (BNC), dont 18 en métropole et 8 en outre-mer. Le long des côtes françaises, les gendarmes savent « répondre présents » à l’occasion des grands événements (Route du Rhum, Vendée Globe, Grande Armada), dans la lutte contre l’immigration clandestine (opération Poséidon) ou pour la protection de l’environnement. Même le GIGN a développé une action spécifique en mer afin de répondre à la gestion de crise dans ce milieu spécifique.
Quant à la Gendarmerie maritime (GMAR), son histoire, tout aussi riche, mérite d’être connue. Dans sa communication, elle fait remonter son origine au « prévôt des mers », Jean Montaigne, qui s’est illustré à la bataille de l’Écluse lors de la guerre de Cent Ans. En 1648, un édit portant la création de 43 postes d’archers définit des missions proches de la maréchaussée, mais localisées le long des côtes : [Ils] feront leurs chevauchées par les côtes et grèves et ports de nos mers, nettoieront celles-ci des voleurs et pirates, poursuivront les déserteurs des armées navales, leur feront procès. »
Rattachée à la gendarmerie en 1791, renommée « gendarmerie royale près les ports et arsenaux » en 1820, puis « gendarmerie royale des ports et arsenaux » en 1830 et « gendarmerie impériale maritime » en 1858, cette force a essentiellement une composante terrestre chargée de surveiller les accès des arsenaux français d’importance stratégique.
De 1791 à 1970, la GMAR est plusieurs fois rattachée, puis détachée de la gendarmerie, jusqu’à son ancrage définitif à l’Arme en 1970, tout en conservant son emploi par la Marine (dont elle s’inspire pour ses uniformes). C’est aussi à partir de 1973 que la GMAR se dote de ses premiers patrouilleurs aux noms floraux : Géranium, Jonquille, Violette… Depuis 50 ans, la GMAR n’a cessé de se restructurer pour répondre aux enjeux de la sécurisation de l’espace littoral français. En mer comme à terre, la GMAR participe à la sauvegarde des intérêts maritimes de la France : action de l’État en mer, sûreté maritime et portuaire, missions de police judiciaire et renseignement. Elle se coordonne avec les autres forces concernées par le milieu maritime dans le cadre de la Fonction Garde-Côtes (FGC) instituée en décembre 2009. La GMAR modernise également ses navires, comme le montre la livraison du patrouilleur côtier de nouvelle génération P 727 Rozel, le 7 avril 2025.
La nomination, le 16 avril 2025, du général d’armée Ducept au poste de secrétaire d’État à la Mer offre un dernier exemple inattendu du lien des gendarmes avec la mer.
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