Algues, bactéries : comment détermine-t-on la mort par noyade ?
- Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
- Publié le 23 octobre 2024, mis à jour le 22 avril 2025

Le Pôle judiciaire dispose d’un département, spécialisé notamment dans l’analyse des cas de décès par noyade. Si une difficulté subsiste pour l’eau de mer, la recherche avance.
L’œil sur le microscope, les scientifiques du Département faune et flore forensiques (FFF) de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) se lancent dans une longue chasse aux diatomées (algues que l’on retrouve dans tout milieu aquatique naturel). Pour savoir si un individu est mort par noyade ou s’il a été plongé dans l’eau après le décès, ces experts tentent de repérer ces micro-organismes. Il y a plusieurs centaines de millions d’années, ceux-ci ont colonisé les eaux douces, comme les plans d’eau, les lacs, les étangs, les rivières, etc.
Quand les diatomées élisent domicile dans les organes humains
Au préalable, le Département FFF reçoit des échantillons d’organes et tissus de la victime, extraits à l’issue d’une autopsie. Les techniciens dissèquent lesdits échantillons : foie, cerveau, poumons, reins et moelle osseuse fémorale. Dans ceux-ci, les experts recherchent la partie la plus vascularisée afin de maximiser les chances de trouver les diatomées. Les parties disséquées sont ensuite transférées dans le laboratoire de chimie pour être digérées par traitement acide. Le résultat de la digestion est mis sur lame pour une étude au microscope. Le but est de pouvoir traquer les squelettes siliceux des diatomées qui auraient parcouru le réseau respiratoire et sanguin jusqu’aux organes et tissus cibles. Si celles-ci se trouvent en nombre dans cette recherche, alors les scientifiques peuvent confirmer une mort par noyade. Cela signifie en effet que la victime respirait et avait son cœur en fonctionnement durant la noyade, permettant la circulation des micro-algues dans le corps humain.
Le projet à court terme du Département FFF, sous la direction du commandant Hubert Joulin, est de faciliter la tâche des techniciens dans le processus, en développant de nouvelles techniques.
Dans cette optique, l’étape de digestion, qui dure actuellement une demi-journée, peut être optimisée en 30 minutes, avec l’utilisation d’un minéralisateur. Il agit comme une cocotte-minute haute pression. Si ce matériel existe, il a encore besoin d’ajustements pour ne pas « casser » le squelette des diatomées. Dans un second temps, une intelligence artificielle – un outil encore en perfectionnement - sera utilisée pour trier et dénombrer ces algues, facilitant de fait le travail d’observation.
Le Département FFF plongé dans la recherche marine
Dans le milieu marin, les diatomées (qui sont différentes de l’eau douce) ont plus de difficultés à entrer dans le corps humain. L’absence de ces algues dans les parties recherchées ne peut donc invalider la thèse de la mort par noyade.
Le département FFF a eu l’idée de pratiquer la biologie moléculaire pour dénicher une bactérie particulière, strictement marine. Celle-ci ne se trouve pas naturellement chez un individu, non immergé dans la mer. Si elle est repérée en nombre dans les échantillons d’organes prélevés, une conclusion de décès par noyade peut être établie. Il a fallu le concours de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) pour identifier cette souche bactérienne a priori inintéressante, car ne représentant aucun enjeu dans le domaine économique et de la santé publique.
Cet aspect théorique comporte malgré tout une difficulté technique. Le Département FFF attend d’avoir un appareil de pointe afin de travailler sur des cas et savoir si cette bactérie peut facilement être débusquée. Dans le cadre de cette recherche, une équipe scientifique permettra ou non de valider cette méthode.
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