L'archéologie forensique
- Par Contributeur 249519
- Publié le 26 janvier 2017, mis à jour le 21 avril 2026
Fouiller une sépulture, qu'elle remonte à la nuit des temps ou à quelques semaines, requiert un véritable savoir-faire : il faut en déterminer les contours, le contenu, identifier les ossements, les indices minuscules qui permettront de reconstituer toute une chaîne d'actions. En France, la Gendarmerie nationale est organisée depuis longtemps pour faire face aux cas de corps enfouis illégalement et dispose d'un service spécial, composé d'archéo-anthropologues, qui investit les scènes de crime.
L’archéologie forensique : qu’est-ce que c’est ?
Discipline criminalistique à part entière, dépassant la simple application des méthodes et techniques archéologiques à une scène de crime, l’archéologie forensique est la synthèse entre l’archéologie et la criminalistique.
Appelée parfois archéologie criminalistique, elle peut être employée dès lors que l'on suspecte l'enfouissement d'un corps ou de parties de corps dans un cadre criminel. Le relevé, systématique et méthodique de tous les indices présents, suivant des procédés criminalistiques éprouvés, est essentiel si l’on veut être en mesure d’identifier les victimes, de comprendre les circonstances d’enfouissement et de rechercher les auteurs.
Les archéologues de la gendarmerie
La présence d'archéologues est encore trop rare sur les scènes de crime en France à l'heure où, dans notre pays, l'archéologie forensique commence à s'organiser d'un point de vue institutionnel. Depuis sa création, l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN) s'est organisé pour faire face aux cas de corps enterrés. Ainsi, le département anthropologie hématomorphologie (DAH) de l'IRCGN, le plus important laboratoire français d'anthropologie forensique, utilise et développe des techniques et des méthodes en archéologie forensique, fondées notamment sur l'expérience anglo-saxonne, ainsi que sur sa propre expérience depuis plus de 30 ans. Celui-ci est également membre du sous-groupe Forensic Archaeology de l’European Network of Forensic Institutes (ENFSI).
Des recherches méthodiques
Si le département DAH est sollicité pour nombre de découvertes accidentelles de squelettes ou d'ossements épars (analyse en laboratoire dans ce cas), il est également apprécié pour sa capacité à mener des recherches méthodiques sur le terrain. Il s'intègre dans ce cas dans un dispositif complémentaire mis en œuvre pour localiser un cadavre enfoui illégalement. Les recherches sont effectuées à l'aide de chiens spécialisés en recherche de restes humains (RHH) du Groupe National d'Investigation Cynophile (GNIC) de GRAMAT (46) et des moyens de détection déployés par le département signal-image-parole (SIP) de l'IRCGN, à l’image du géoradar ou de drones spécifiques. Le géoradar ou radar à pénétration de sol est un appareil géophysique utilisant le principe d'un radar que l'on pointe vers le sol pour en étudier la composition et la structure, ce qui permet de détecter les corps enfouis jusqu'à une certaine profondeur.
Dès la phase de recherche, l’archéologie forensique va permettre d’identifier d’éventuelles anomalies de relief et/ou de végétation liées à la présence d’une zone de creusement ou de décomposition d’un corps.
Parallèlement, indépendamment des moyens de détection employés, seule une fouille, appuyée par des techniques criminalistiques spécialisées et maîtrisées, permet de confirmer ou d’infirmer la présence ou l’absence d’un creusement ou d’un corps.
Une excavation méticuleuse
Lorsque la zone d'enfouissement du corps est identifiée, les archéologues du département DAH prennent le relais. A ce jour, seul l’œil exercé d'un archéologue forensique permet de mettre à jour les fosses accueillant des cadavres en protégeant les traces et indices recherchés, avec ou sans emploi d’un engin mécanique équipé d’un godet lisse et travaillant en rétroaction. L’application des protocoles de l’archéologie forensique permet une lecture optimale des traces dans le sol, sans endommager l'intérieur de la fosse, tout en permettant la conservation de son contenu. Il s'agit alors pour les archéologues forensiques de repérer la limite du creusement, d’en déterminer ses contours, sa profondeur et de déterminer la nature de l’outil ayant pu avoir été utilisé ; d’identifier in situ les restes osseux et les traces comme les indices présents au sein de son comblement ; de déterminer la position du corps et d’identifier toute perturbation ultérieur ayant pu avoir affecté les restes comme le creusement. Il s’agit ainsi de restituer à la fois les modalités de dissimulation, de creusement, de comblement mais également les modalités de décomposition du corps et les phénomènes taphonomiques naturels ou volontaires ayant altéré la scène de crime.
Reconnaître les parois d'un creusement ou déterminer quelle est la forme de ce dernier sont autant d'informations qui pourront s'avérer capitales dans l'instruction. L’enjeu de l’archéologie forensique dédiée à la recherche de corps enfouis demeure la mise en œuvre de méthodes et de techniques criminalistiques de fouille et d’excavation spécialisées par des personnels formés en archéo-anthropologie forensique et en criminalistique afin de préserver et de collecter l’ensemble des traces et indices sans risque de déperdition.
Chaque indice relevé peut faire alors l’objet d’analyses par d’autres experts de l’IRCGN issus d’autres disciplines criminalistiques : balistique, faune, flore, incendie...
La mise en œuvre de méthodes et de techniques criminalistiques :
L'analyse des éléments osseux au laboratoire
Tous les ossements retrouvés dans la fosse sont alors prélevés et analysés en laboratoire. Les experts du département DAH appliquent alors les méthodes tirées de l'anthropologie médico-légale permettant l'identification et l'étude des restes humains squelettisés.
L'archéologie forensique est une discipline à proprement parler, essentielle à la gestion d'une scène de crime qualifiée alors d'archéologique en raison de l’enfouissement total ou partiel des vestiges. Elle assure surtout la découverte, la préservation et la collecte des traces et de la preuve indicielle, en toute sécurité. Les experts du département DAH peuvent de fait suivre des dossiers tout au long de la chaîne criminalistique : localisation, excavation et analyse des ossements en laboratoire. Leur expérience en matière d'archéologie criminalistique révèle combien les phases de terrain, à savoir le traitement de la scène de crime de nature archéologique (recherche, fouille et prélèvement) sont primordiales dans une affaire, dont en particulier dans la recherche de faits sériels.
Sources
1 : Ducrettet F. et al, Organisation, méthodes et recherches en archéologie criminalistique à l'institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. A propos de 20 ans d'expérience, La revue de médecine légale, 2013
2 : Georges P. et al, Problématiques et règles d'emploi criminalistiques des engins de chantier pour la recherche de cadavres enfouis. L'expérience de l'institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, , Revue internationale de Criminologie et de Police technique et scientifique, 2012
3 : Coulombeix A. et Georges P., Archéologie forensique : gendarmes et archéologues sur une scène de crime, Revue Archéologie, 2014, n°523 (ci-dessous en téléchargement)
Gendarmes et archéologues.pdf (2,3 MB)
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