L'OCLDI change d’échelle dans la lutte contre la grande criminalité

  • Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
  • Publié le 06 mars 2026, mis à jour le 06 mars 2026
MRC005.jpg
Le général Thomas Andreu est diplômé de droit et de sciences criminelles à l’université Paris-XI, de l’Executive MBA d’HEC, du Cycle approfondi d’études judiciaires à l’ENM et de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (crédit photo : Sirpa Gendarmerie).

L'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) est rattaché depuis le 1er septembre 2025 à l'Unité nationale de police judiciaire. « Cette intégration a profondément renforcé notre efficacité opérationnelle », assure le général de brigade Thomas Andreu, commandant de l'OCLDI.

À la création de l'Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) au 1er septembre 2025, huit unités ont intégré cette nouvelle structure de la Gendarmerie nationale afin de lutter prioritairement contre la criminalité organisée. Parmi celles-ci figure l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI). Il est compétent pour lutter contre la criminalité et la délinquance commises par des malfaiteurs d’habitude, auteurs, coauteurs ou complices qui agissent en équipes structurées et itinérantes en plusieurs points du territoire. 

L'office a un champ d'action très large mais a développé des domaines d'expertise comme les attaques physiques de distributeurs automatiques de billets DAB (arrachage, explosif solide, explosif gazeux, etc.), les frets à haute valeur ajoutée (arraisonnement de poids lourds, attaques d'entrepôts, etc.), les organisations criminelles russophones (comme Vory v Zakone) et la gestion des biens mal acquis par ces groupes criminels organisés itinérants. Après avoir été le chef du pôle renseignement de l'Office anti-stupéfiants (Ofast), le général de brigade Thomas Andreu a pris le commandement de l'OCLDI le 1er janvier 2026. Il évoque l'évolution d'une délinquance qui s'internationalise, les enjeux et la montée en puissance de l'OCLDI au sein de l'UNPJ.

 

L'OCLDI a intégré l'Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) au 1er septembre 2025, qu'est-ce que cela implique pour votre office ?

Général Thomas Andreu (T.A.) : Cette intégration a profondément renforcé notre efficacité opérationnelle. Concrètement, l’OCLDI relève désormais d’une unité opérationnelle de police judiciaire, alors qu’il dépendait auparavant d’une direction. Cela peut sembler administratif, mais c’est en réalité un changement structurant : nous sommes aujourd’hui pleinement intégrés à une stratégie nationale unifiée de lutte contre la criminalité de haut niveau.

« Nous avons renforcé notre capacité d’anticipation »

Nous partageons désormais les mêmes doctrines, les mêmes priorités et le même langage que l’ensemble des unités engagées au sein de la Gendarmerie nationale contre la grande criminalité. Cette cohérence stratégique, combinée à un fort sentiment d’appartenance à l’UNPJ, fluidifie la prise de décision, renforce la coordination et a un impact direct, du commandement jusqu’aux enquêteurs sur le terrain.


L'évolution de la criminalité organisée, avec une violence qui s'est notamment banalisée, conduit-elle à un changement de méthode pour l'OCLDI ?

T.A. : L’OCLDI a toujours cherché à coller à l’évolution de la délinquance. Face à une criminalité plus mobile, plus structurée et parfois plus violente, nous avons renforcé notre capacité d’anticipation en créant une Division de la stratégie. Sa mission est claire : identifier les groupes criminels itinérants, comprendre leurs logiques et anticiper l’évolution de leurs modes opératoires. Ce travail nous permet ensuite de prioriser les objectifs à entraver.

Cela implique aussi un niveau de coopération internationale encore plus élevé. Les phénomènes que nous combattons dépassent les frontières. La connaissance partagée avec nos partenaires européens est devenue un levier essentiel de performance opérationnelle.

 

Internationale.JPG
© Crédit photo : OCLDI / UNPJ


On observe des groupes capables de traverser plusieurs départements en une nuit pour commettre des méfaits avant de repasser une frontière. Comment l'OCLDI parvient-il à coordonner une réponse en temps réel avec les unités territoriales ?

T.A. :  C’est précisément sur ce type de criminalité ultra-mobile que l’OCLDI apporte une vraie valeur ajoutée. Nous disposons d’un réseau international dense et réactif, qui nous permet d’agir en temps réel avec les pays frontaliers lors d’actions criminelles transfrontalières.

« Nous disposons d’un réseau international dense et réactif »

Concrètement, cela signifie que des engins de chantier volés peuvent être localisés et récupérés en Allemagne en quelques minutes, ou que des auteurs d’attaques de distributeurs automatiques de billets en Suisse peuvent être interpellés en flagrant délit en France, peu après les faits. Cette capacité à connecter immédiatement le terrain, le renseignement et nos partenaires étrangers est l’une des forces majeures de l’office.

 

La délinquance itinérante est aussi le fait de groupes originaires d'autres pays, notamment d'Europe de l'Est ou des Balkans, comme nous l'avons constaté lors du démantèlement récent d'un réseau de voleurs roumains de GPS agricoles. Comment se passe la coopération avec les autorités étrangères pour résoudre les enquêtes ?

T.A. : La coopération internationale est au cœur de l’ADN de l’OCLDI. Notre expertise est reconnue à l’échelle européenne. Nous sommes fortement impliqués dans EMPACT (ndlr : European multidisciplinary platform against criminal threats, la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles), en tant que leader d’actions opérationnelles et co-driver de plans d’actions opérationnels contre les formes les plus graves de criminalité organisée.

« Notre expertise est reconnue à l’échelle européenne »

Nous assurons également le volet opérationnel du Fonds de sécurité intérieure européen, Octopus, dédié au renforcement de la coopération contre les réseaux criminels les plus préjudiciables pour l’Europe. À cela s’ajoute notre implication au sein du CEPOL (ndlr : Collège européen de police), à travers des formations, des échanges d’expertise et la montée en compétences des services partenaires.

Enfin, la présence, au sein de l’unité, d’officiers de liaison étrangers - notamment roumains et géorgiens - constitue un atout opérationnel direct dans les enquêtes impliquant des groupes internationaux.
 

L'OCLDI a été créé en 1997, le profil du délinquant itinérant a-t-il profondément changé ces dernières années ?

T.A. : Oui, le changement majeur est l’internationalisation. À sa création, l’OCLDI était souvent perçu comme l’office traitant principalement des faits liés aux gens du voyage. Aujourd’hui, nous faisons face à des groupes structurés, organisés à l’échelle européenne, capables d’agir sur plusieurs pays en quelques heures.

Notre champ d’action couvre désormais autant des équipes nationales que des réseaux criminels transnationaux, avec des logiques proches de la criminalité organisée de haut niveau.
 

Quels sont les défis à venir pour l'OCLDI ?

T.A. : Le premier défi est celui de l’anticipation : comprendre avant les autres comment évoluent les groupes criminels itinérants pour adapter nos réponses. C’est tout le rôle de notre Division de la stratégie.

Le second défi est d’élargir nos capacités d’entrave pour neutraliser durablement ces groupes. Cela passe notamment par une utilisation plus systématique des leviers financiers, comme l’infraction de blanchiment présumé, ainsi que de l'ensemble de l'arsenal des mesures administratives existantes, afin de frapper ces organisations là où cela fait le plus mal : leurs ressources et leur capacité à se déplacer.

 

Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser