De quand date la mort ? Quand les mouches et ses larves sont étudiées de près

  • Par la rédaction du site UNPJ - Unité nationale de police judiciaire
  • Publié le 07 février 2025, mis à jour le 07 février 2025
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Une entomologiste du département FFF scrute une mouche au microscope (crédit image : PJGN).

Faire avancer une enquête grâce à la faune, c’est l’une des missions du Département faune et flore forensiques. Il a pour spécialité d’étudier les larves, les pupes et les adultes de mouches pour déterminer une datation de la mort. Explications.

La découverte d’un cadavre soulève de multiples questions. Parmi celles-ci, à quand remonte la mort d’un corps retrouvé ? Au sein du Département faune et flore forensiques (FFF) de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), les entomologistes scrutent les larves et pupes de mouches ayant colonisé un cadavre. Ces spécimens permettent de réaliser des estimations du délai post mortem. Les stades immatures d’espèces strictement nécrophages ont un besoin impérieux de tissu en décomposition pour se développer, comme l’explique le commandant Hubert Joulin, chef du Département FFF : « Les mouches adultes viennent pondre des œufs. De ces œufs vont éclore des petites larves qui commenceront à s’alimenter. Trois stades larvaires vont s’enchaîner, pendant lesquels les insectes vont se nourrir de chair, se déplacer sur le cadavre et se nourrir à nouveau. »

Les calculs de datation varient selon l’espèce de la mouche

Lorsqu’elles ont mangé et cumulé suffisamment d’énergie calorifique, les larves quittent le corps pour se mettre à l’abri et se transformer en petites pupes – un stade intermédiaire permettant la métamorphose en mouche adulte.
Sur scène, ces spécimens sont prélevés puis mis en élevage au sein du département FFF à Pontoise afin qu’ils finissent leur cycle de développement. Une fois l’adulte obtenu, les scientifiques l’identifient et vérifient si des données de développement existent pour cette espèce. Le cas échéant, des calculs sont effectués par les entomologistes en prenant en compte les températures subies par les spécimens, depuis la ponte sur le corps jusqu’à l'élevage au laboratoire. L’objectif est de réaliser une estimation de la date correspondant au moment où le spécimen a été pondu sur scène. « Cette date est ensuite confrontée aux conditions de découverte du corps et à la colonisation entomologique (complète ou non). On recoupe les informations pour savoir si cette date peut correspondre à la date de décès de la victime », ajoute-t-il.

Une scène est examinée en profondeur pour rechercher tous les spécimens

L’une des difficultés repose sur le fait que des espèces différentes peuvent se succéder sur le corps. « Les entomologistes font alors une théorie sur les successions. Celle-ci se vérifie dans le cadre des enquêtes judiciaires, mais ce n’est pas un modèle mathématique qui va être strict car nous travaillons sur une science du vivant », souligne le commandant. En effet, selon les parties du corps d’un cadavre, celui-ci ne se putréfie pas de manière homogène. Ainsi, des mouches pionnières – intéressées par un corps frais – peuvent le coloniser alors que des espèces tardives – attirées par un corps en décomposition avancée – se trouvent également sur le cadavre. Pour réaliser au mieux leur calcul, les entomologistes demandent aux techniciens sur scène de vérifier d’éventuelles pupes vides dans l’environnement de l’individu décédé. Celles-ci seront potentiellement les spécimens les plus anciens. Selon Hubert Joulin, cela « permet de remonter dans le temps et de s’approcher le plus possible de la date de mort de la victime ». Néanmoins, dans un lieu, des éléments peuvent perturber l’analyse : « Est-ce qu’autour de la découverte du corps, une autre potentielle source de ponte existe ? Cela peut être un animal mort en extérieur ou en intérieur ou le reste de nourriture dans une poubelle à proximité. Dans ces cas, des pupes de différents endroits peuvent finir par se mélanger. On va travailler uniquement sur la faune active sur le corps. »

Certains cas spécifiques entraînent aussi des incohérences, par la suite expliquées rationnellement. Dans une affaire, les scientifiques de FFF n’avaient observé que des espèces tardives de mouches, sans aucune trace de mouches pionnières. Pourquoi ? Un travail minutieux a permis d’établir que le corps avait d’abord été enfermé dans un lieu hermétique – un congélateur en mauvais fonctionnement – puis déplacé dans la nature par une personne qui a voulu s’en débarrasser. La colonisation n’a pu se faire qu’à ce moment-là, avec un corps déjà en décomposition. En asticotant la faune, les entomologistes du département FFF remontent le temps. Leur expertise éclaire une enquête, confirmant (ou non) des hypothèses pour la recherche de la vérité.

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