Hommage au médecin général inspecteur Valérie André
- Par CEN Frédéric BONTE
- Publié le 06 mars 2025, mis à jour le 06 mars 2025

Le 21 janvier dernier, à l’aube de sa 103ème année, le médecin général inspecteur Valérie André, première femme à être nommée général au sein des Armées française, nous quittait.
La journée internationale des droits de la femme est l’occasion pour l’OGED de rendre hommage à cette pionnière qui, par son engagement et son audace, a fait progresser l’intégration des femmes au sein des Armées françaises et de la gendarmerie.
« Si des femmes possèdent la compétence, la motivation et l’aptitude requises pour occuper des emplois opérationnels, et si elles sont volontaires pour se préparer à la défense du pays en s’orientant vers une carrière militaire, rien ne permet de s’y opposer »[1].
Par ces mots, le médecin général inspecteur (cadre de réserve) Valérie André défendait, dans son rapport du 1er juillet 1982 adressé au ministre de la Défense de l’époque[2], une meilleur intégration des femmes au sein des Armées et la gendarmerie[3]. L’engagement de l’officier général, en tant que présidente de la commission d’étude prospective de la femme militaire[4], fut ainsi décisif : sous son impulsion, des décisions majeures pour la place des femmes au sein du monde militaire allaient suivre. Le 10 avril 1983, notamment, deux décrets étaient signés emportant l’ouverture aux femmes des corps des sous-officiers[5] et des officiers[6] de gendarmerie.
La féminisation des Armées et, singulièrement, de la gendarmerie nationale, doit en effet beaucoup aux combats du général Valérie André, dont la vie tout entière fut marquée du double sceau du sens du service et de l’audace. Guidée en permanence par ses hautes valeurs humaines et sa recherche d’engagement, la première femme à accéder au généralat au sein des Armées françaises s’est construite une stature de pionnière dans de multiples domaines.
Or, le 21 janvier dernier, nous apprenions avec une immense tristesse que le médecin général inspecteur Valérie André s’était éteinte. Elle était à l’aube de sa 103ème année.
Aussi, à l’occasion de la journée internationale de la femme, l’OGED propose de rendre hommage à cette figure inspirante en retraçant les grandes étapes de son parcours exceptionnel.
Née à Strasbourg en 1922, Valérie André s’est découvert très jeune deux passions : le monde aéronautique et la médecine. Durant tout son parcours, elle a cherché à allier celles-ci à son engagement professionnel.
Adolescente, elle débutait une formation de pilotage qu’elle dut interrompre suite à l’invasion du territoire français par le régime nazi. Orientant ses études supérieures vers la médecine, elle valida son doctorat en présentant une thèse sur les « pathologies du parachutisme ». Valérie André s’était en effet parallèlement attachée à obtenir son brevet de parachutisme.
Devenue médecin, elle s’engagea dans le Service de santé des Armées.
Dès 1948, elle s’envola vers le théâtre de guerre indochinois. Affectée à l’hôpital de My Tho puis de Saïgon, elle se démarqua très rapidement par son professionnalisme et ses compétences rares. Ces dernières amenèrent d’ailleurs ses supérieurs à la projeter en mission sur des sites où l’accès n’était possible que par parachutage. Sur place, sa passion aéronautique ne l’ayant pas quittée, elle comprit très vite l’intérêt de l’hélicoptère pour l’évacuation des blessés. Elle décida donc de se former au pilotage de ces engins. Le brevet en poche, devenant pour l’occasion la première femme pilote d’hélicoptère, elle procèda ainsi à de nombreuses évacuations dans des contextes très hostiles où elle n’hésita pas à mettre sa vie en jeu pour secourir ses camarades. Jusqu’à son retour en France en 1953, elle réalisa en Indochine 129 vols opérationnels permettant l’évacuation de 165 militaires.
Entre 1959 et 1962, c’est en Algérie qu’elle mit son courage au service de la vie humaine, en réalisant pas moins de 350 évacuations sanitaires.
De retour sur le territoire national, elle continua sa carrière d’officier au sein du Service de Santé des Armées, devenant d’abord médecin-chef au sein de la base aérienne de Villacoublay puis conseiller du commandement du Transport aérien militaire (COTAM).
Le 21 avril 1976, ce fut la consécration : Valérie André devint la première femme général au sein de l’Armée française. Elle poursuit son parcours en tant que Directrice du service de santé de la 2ème région aérienne (RA) ayant pris le rang de Médecin général inspecteur[7] en 1981.
Rejoignant la deuxième section, elle poursuivit son engagement au service des autres. Cette fois, c’est l’avenir et la place des femmes dans les Armées pour lesquels elle allait s’investir avec conviction. De février à juillet 1982, à la demande du ministre Charles Hernu, elle présida la commission d’étude prospective de la femme militaire dont les conclusions furent déterminantes pour l’intégration des femmes dans les fonctions opérationnelles au sein des Armées et la gendarmerie.
Par la suite, la Nation lui fut reconnaissante pour les services rendus au péril de sa vie : en 1987, elle fut la première femme élevée à la dignité de grand-croix de l’ordre national du Mérite. Puis, en 1999, elle ouvrit la voie pour l’élévation à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur.
De même, en tant que pionnière elle s’est vue remettre le brevet de pilote d’hélicoptère militaire – or – numéro 001 le 2 septembre 2010.
Par son engagement, son courage et son dévouement au service de grandes causes, le médecin général inspecteur Valérie André s’est construit un parcours de vie exceptionnel qui force le respect. Visionnaire, elle s’est engagée largement au profit de la modernisation des Armées et de la gendarmerie, faisant en sorte d’ouvrir la porte à l’intégration des femmes à des postes opérationnels. Le médecin général inspecteur Valérie André restera une figure d’inspiration pour toutes celles et ceux qui cherchent à s’engager au service de la Nation.
[1] Médecin général inspecteur Valérie André, Rapport final de la commission d’étude prospective de la femme militaire, 1er juillet 1982.
[2] Monsieur Charles Hernu, ministre de la Défense (de 1981 à 1985)
[3] A l’époque, la gendarmerie nationale fait partie intégrante du Ministère de la Défense.
[4] Le 19 février 1982, le ministre français de la Défense Charles Hernu confiait à la médecin général inspecteur Valérie André la présidence de la commission d’étude prospective de la femme militaire qu’il venait de créer. Cette commission, composée de 16 femmes et de 10 hommes, avait pour mission d’élaborer un rapport sur le recrutement, l’emploi et l’avancement des personnels féminins (officiers, sous-officiers et engagés volontaires) des armées.
[5] Décret n°83-96 du 10 février 1983 portant statut particulier des corps des sous-officiers de gendarmerie.
[6] Décret n°83-94 du 10 février 1983 portant statut particulier du corps des officiers de gendarmerie.
[7] Grade équivalent à celui de Général de division dans l’Armée de terre.
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