Inauguration de la division "cold case"

Inaugurée vendredi 9 octobre 2020, cette nouvelle division "Cold case" travaille sur les affaires criminelles jamais élucidées. Franceinfo vous explique comment on peut retrouver un criminel des dizaines d’années après les faits. 

Par Margaux Stive de Radio France pour France Info le 09/10/2020 à 18h50

"Nous allons déstructurer complètement la procédure, l’éclater, permettre un regard nouveau" : la gendarmerie présente sa nouvelle division consacrée aux "cold case"

 

L’affaire Estelle Mouzin, le dossier Xavier Dupont-de-Ligonnès, le meurtre d’Elodie Kulik, ou encore les crimes de Michel Fourniret : autant d’enquêtes qui passionnent et qui ont été ou sont encore ce que l’on appelle dans le jargon des "cold case", ces affaires non élucidées pendant parfois des dizaines d’années. La gendarmerie présentait vendredi 9 octobre sa nouvelle division, créée début 2020 et consacrée à ces affaires. Le but : faire travailler ensemble plusieurs corps de métier pour trouver de nouvelles pistes et confondre les criminels qui sont passés jusqu’ici entre les mailles du filet.

 

Le précédent "Maëlys"

Tout a commencé avec l’affaire Maëlys, cette petite fille portée disparue à l’été 2017 à Pont-de-Beauvoisin en Isère. A l’époque, la gendarmerie se penche alors sur des centaines d’affaires non élucidées pour tenter de les rapprocher de la piste de Nordahl Lelandais, le meurtrier présumé de Maëlys. A cette occasion, la cellule expérimente de nouvelles méthodes de travail qui sont désormais pérennisées par cette nouvelle division "cold case".

"Le principe c’est de reprendre ces dossiers qui sont entrés dans une sorte de mur, où les directeurs d’enquête sont dans un 'effet tunnel' et où il est important de leur apporter un nouveau regard", explique le colonel Fabrice Bouillié, qui commande le service central de renseignement criminel de la gendarmerie. L’idée c’est de changer de point de vue, et d’arriver sans a priori sur ces dossiers pourtant déjà bien fournis. "C’est la métaphore de la piste dans la neige, poursuit le colonel Bouillié, si nous reprenons le même chemin, nous allons aller dans la même direction et donc dans le mur. Là, nous allons déstructurer complètement la procédure, l’éclater, permettre un regard nouveau pour damer la piste et prendre un nouveau chemin." Derrière la métaphore se cache des techniques d’enquête désormais bien rôdées, et qui passent d’abord par une relecture minutieuse du dossier, avec un cheminement très précis. 

"Rien que le rangement des pièces de procédure révèle ce que le premier enquêteur a voulu faire, donc on remet tout à plat." Marie-Laure Brunel-Dupin, cheffe du département des sciences du comportement à franceinfo

Ces pièces du dossier sont ensuite relues, les éléments importants extraits et entrés dans un logiciel précieux pour la gendarmerie. Baptisé Anacrim, il permet de faire des rapprochements entre les différentes déclarations des témoins, et les preuves récoltées par les enquêteurs, et d’en tirer des conclusions que le cerveau humain n’est parfois pas capable de faire face à des dizaines de milliers de page de procédures. Cela permet aussi par exemple de mettre à jour des liens jusqu’ici inconnus entre deux individus, ou de révéler une contradiction dans les déclarations de deux témoins.

 

Expertises ADN et techniques de profilage

Mais le véritable atout des enquêteurs d’aujourd’hui reste la révolution des techniques d’identification génétique. C’est grâce en effet à l’ADN que la plupart des "cold case" sont résolus. "Les technologies actuelles font que l’on peut obtenir aujourd’hui des résultats avec des quantités infimes d’ADN ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans", explique Hélène Charel, cheffe du département expertise génétique. Les enquêteurs peuvent donc reprendre d’anciens scellés, d’anciens objets retrouvés sur la scène de crime, procéder à de nouvelles expertises ADN et parvenir à identifier un auteur, quand cela n’aurait pas été possible au moment de la première enquête.

Plus surprenant, les techniques de profilage permettent aussi parfois de résoudre de vieilles affaires. Cette technique consiste à tenter de comprendre le caractère, la personnalité de celui qui a commis les faits pour mieux l’identifier. Cela passe notamment par un retour sur la scène de crime, explique Marie-Laure Brunel-Dupin, cheffe du département des sciences du comportement : "Vingt ans plus tard on retourne sur la scène de crime avec notre album photo, et on va essayer de se figurer comme c’était à ce moment-là. La première chose à faire c’est de marcher là où l’auteur des faits a marché", explique-t-elle.

"Cette scène de crime c’est la trace de ce qu’il a laissé en termes de comportement. En remontant ses traces, on va ainsi remonter sur sa personnalité et sur l’individu qu’il est." Marie-Laure Brunel-Dupin à franceinfo

 

Une technique qui va permettre aussi d’affiner la stratégie des enquêteurs au moment de l’interrogatoire du suspect.

La division "cold case" a déjà permis de résoudre, cet été, un crime commis il y a près de 20 ans : le meurtre de Chantal Chillou de Saint Albert, retrouvée morte dans la Drôme en 2001. Les équipes travaillent actuellement sur 14 autres affaires non élucidées.

 

 

> Voir l'article en ligne et écouter l'interview de la chef d'escadron Marie-Laure Brunel-Dupin

 

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