Le numérique au service de la criminalistique : Témoignage d'un expert du département Informatique-Electronique

Ancien élève de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), il est titulaire d’un doctorat et de trois masters (Sécurité des Systèmes d’Information, Information Security and Computer Crime et Systèmes Embarqués, Mobiles et Sûrs). Responsable depuis août 2015 de l’unité extraction des données numériques du département informatique-électronique de l’IRCGN, il va cependant rejoindre le 1er août 2017 la compagnie de Pamiers en tant que commandant de compagnie.

Responsable de l’unité extraction de données du département informatique de l’IRCGN, pouvez-vous rapidement vous présenter et nous expliquer comment vous avez rejoint le laboratoire criminalistique de la gendarmerie ?

Issu d’une formation axée théorie de l’information et de la communication, je me suis peu à peu spécialisé dans l’administration de réseaux informatiques puis dans la sécurité des systèmes d’information. Ces différentes formations professionnelles (IUT, IUP, DESS) m’ont permis d’acquérir de nombreuses expériences en entreprise (stages) et de prendre conscience de mes attraits pour la recherche, les échanges internationaux et la criminalistique numérique.

C’est pour ces raisons que je suis parti au Pays-de-Galles pour suivre un Master of Science Information Security and Computer Crime. A l’issue de cette formation, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers la Gendarmerie, déjà très active en criminalistique numérique. Début 2004, je rejoignais ainsi l’IRCGN en qualité d’AGIV.

Cette première expérience ayant confirmé mon attrait pour l’institution, j’ai candidaté avec succès au concours d’officier de gendarmerie recruté sur titres. A l’été 2007, au terme des deux années de scolarité, je suis revenu au sein du département informatique-électronique (INL) de l’IRCGN.

  

Quelles ont alors été vos responsabilités au sein de ce département ?

Très rapidement, d’importantes responsabilités m’ont été accordées au sein de ce département de l’IRCGN qui analyse toutes sortes d’objets numériques au profit des enquêteurs et magistrats. J’ai, dès 2004, été chargé de travailler au profit des enquêteurs spécialisés en technologies numériques (NTechs) en mettant en place une collection des traces laissées par les logiciels utilisés sur les ordinateurs mais également en participant à leur formation initiale.

De même, j’ai rapidement été désigné correspondant qualité avec la responsabilité d’animer la démarche qualité du département et de veiller à la bonne application de nos prescriptions en la matière.

Ces différentes responsabilités m’ont enfin permis de prendre de la hauteur et de proposer une organisation structurée des unités qui constituent le département INL de l’IRCGN. Nouvelle structure qui a conduit à la création d’un laboratoire d’extraction de données numériques qui fait maintenant référence au niveau national.

  

Qu’en est-il de votre attrait pour l’international et la recherche ?

Je n’ai perdu mon attrait ni pour l’un pour, ni pour l’autre… bien au contraire !

Tout d’abord, j’ai rapidement eu la chance de représenter la gendarmerie au sein du réseau européen des laboratoires de sciences forensiques (ENFSI) que ce soit lors des réunions annuelles du groupe de travail dédié aux forensiques numériques (DFSWG) ou lors des conférences scientifiques triennales (EAFS). Tout comme de nombreux officiers et sous-officiers du département, j’ai également pu suivre des formations et participer à différentes conférences internationales. Enfin, convaincu que les échanges internationaux sont indispensables pour relever les défis quotidiens de la criminalistique numérique, je m’attelle à organiser des conférences regroupant les experts internationaux en matière d’accès à l’information protégée dans l’enceinte du PJGN à Pontoise.

Concernant mon attrait pour la recherche, j’ai pu le développer lors de la réalisation de mon cycle d’enseignement supérieur et technique (CEST) de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique (EMSST) en 2010. C’est en effet dans ce cadre que j’ai pu suivre le master Systèmes Embarqués, Mobiles et Sûrs du CNAM avec comme point d’orgue, une période de 6 mois au sein du département numérique du laboratoire fédéral de la police judiciaire allemande (Bundeskriminalamt - BKA). Ces travaux de recherche internationaux, ayant notamment conduit à extraire des clés de chiffrement de dispositifs frauduleux en observant leur consommation de courant, ont été les fondements d’une thèse en informatique que j’ai défendue fin 2014 à l’université Panthéon-Assas. Ce titre de docteur me permet aujourd’hui d’être chercheur associé au sein de l’Information Security Group de l’École Normale Supérieure (ENS Paris-Ulm).

  

Avec plus de 10 années de présence cumulée, vous quittez cet été l’IRCGN pour prendre le commandement de la compagnie de Pamiers (09), quel est votre regard sur votre passage ?

Je garderai en mémoire le professionnalisme de mes camarades de l’institut, la satisfaction de participer aux enquêtes judiciaires ainsi que le plaisir de former/suivre la chaîne criminalistique numérique de la gendarmerie (CyberGend).

L’omniprésence et l’évolution constante et rapide du numérique demande une remise en cause technique permanente. Celle-ci nécessite donc une gymnastique intellectuelle quotidienne puisqu’il faut aussi bien savoir réparer un disque dur qu’analyser des systèmes électroniques de fraude monétique ou encore extraire la clé de chiffrement d’un téléphone sécurisé. Aussi motivants qu’ils soient, ces challenges techniques ne peuvent être résolus que par un travail d’équipe. Le caractère pluridisciplinaire du laboratoire est un vrai plus. Sur un même dossier, il est ainsi possible de travailler avec les département Biologie (BIO) et Empreintes Digitales (EDG) pour réaliser les prélèvements sur les échantillons analysés, avec le département Micro-Analyses (MCA) pour le polissage d’un composant électronique d’intérêt et le département Véhicule (VHC) pour l’exploitation des données extraites.

Évidemment, certains dossiers d’expertise marquent particulièrement les esprits. Il est quelquefois gratifiant de voir que l’investissement paie. Dans ce sens, il me vient immédiatement ce dossier de fraude monétique. Partant de la simple expertise d’un terminal compromis, nous concevons et développons des outils d’aide à l’enquête. In fine, ces travaux, menés dans le cadre d’une entraide judiciaire internationale, participent au démantèlement d’une importante organisation criminelle (plusieurs millions d’euros de préjudice).

Je pars cet été avec la sensation du travail accompli. Outre les dynamiques techniques que j’ai essayé d’impulser à mon unité et au département en général, j’ai également participé ces derniers mois à l’obtention d’un financement européen de plusieurs centaines de milliers d’euros. Les équipements cofinancés par l’office européen de lutte anti-fraude (OLAF) seront de nature à pérenniser la dynamique amorcée et permettre aux experts de développer de nouvelles compétences.

En résumé, c’est avec nostalgie mais une réelle satisfaction que je quitte l’IRCGN pour prendre le commandement d’une compagnie de gendarmerie départementale et relever un nouveau défi personnel et professionnel…

  

Extrait de l'interview d'un Commandant tiré de la Revue Gendarmerie.

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