L'expertise ADN : Témoignage du Chef du SCAGGEND-Individu

Ancien officier sous contrat maintenant intégré dans le corps des officiers de gendarmerie de carrière, il est titulaire de deux diplômes de troisième cycle universitaire (biologie moléculaire et criminalistique) et actuellement doctorant à l’université de Cergy Pontoise (95). Expert en identification humaine par empreinte génétique depuis près de 10 ans, il reprendra à l’été 2017, à l’issue de son doctorat, ses fonctions de chef du service central d’analyses génétiques de la gendarmerie-Individu au sein de l’IRCGN.

Pouvez-vous nous exposer pourquoi et comment avez-vous rejoint l’IRCGN ?

C’est réellement en 2001, après l’obtention de ma maîtrise de Biochimie à l’université des sciences de Montpellier que j’ai souhaité orienter mon parcours de formation dans le but de devenir un expert scientifique à l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). J’étais à la fois très attiré par la gendarmerie nationale et les valeurs qu’elle représente et passionné par la criminalistique. C’est pourquoi, à l’issue de ma maîtrise, je décide de poursuivre mes études en vue d’obtenir un diplôme d’études approfondies (DEA) avec comme dominante la biologie moléculaire afin de disposer des conditions de diplômes me permettant à terme de devenir un expert de justice. Je complète ma formation en 2004 par un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de criminalistique. En parallèle, je candidate au recrutement d’officier sous contrat de la gendarmerie nationale pour un poste de biologiste au sein de l’IRCGN. Ma candidature est retenue et je débute à 24 ans ma formation militaire de 6 mois à l’école des officiers de la gendarmerie nationale à Melun (77). En février 2005, je suis affecté à l’IRCGN avec le grade de sous lieutenant.

  

Quelles ont été vos responsabilités dès votre affectation à l’IRCGN ?

Afin de répondre à la croissance exponentielle des demandes d’analyses génétiques aux fins d’alimentation du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) et de l’évolution du cadre législatif, la gendarmerie nationale a décidé de créer en 2005 le SCAGGEND (Service Central d’Analyses Génétiques de la GENDarmerie). Ce service est chargé de centraliser et d’analyser les prélèvements biologiques effectués sur des individus suspectés dans le cadre d’une procédure judiciaire et dont l’infraction visée par la procédure rentre dans le champ d’application réglementaire du FNAEG. Je suis donc affecté au SCAGGEND. Le volume de prélèvements à analyser annuel étant estimé à 60 000, je suis missionné en qualité de référent technique pour concevoir, développer, valider l’ensemble du processus d’analyse de la prise en compte du prélèvement biologique jusqu’au résultat et former les personnels techniques à sa mise en œuvre et sa maintenance. Compte tenu du volume important de prélèvements à traiter, le laboratoire s’oriente vers le développement d’un processus d’analyse automatisé à partir de cellules buccales d’individus déposés sur un support standardisé (carte FTA).

  

Quelles ont été vos évolutions successives au sein de l’IRCGN ?

En 2007, je deviens le plus jeune expert judiciaire en identification humaine par empreinte génétique près la cour d’appel de Versailles (78). En parallèle de mes fonctions d’expert, j’occupe désormais la fonction d’adjoint au chef du SCAGGEND. En 2010, je suis promu au grade de capitaine. En 2012, j’accède aux fonctions de chef du SCAGGEND. Je suis promu au grade de chef d’escadron en octobre 2015 et intégré dans le corps des officiers de gendarmerie de carrière au mois de septembre 2016. A cette même période, je débute le cycle de l’enseignement supérieur et technique (CEST) de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique (EMSST), tout en étant détaché dans mon unité, en réalisant un doctorat à l’université de Cergy Pontoise (95) sur la base de la valorisation des acquis d’expérience (VAE). Les travaux de recherche effectués dans le cadre de ce doctorat en partenariat avec le laboratoire ERRMECe portent sur le développement d’un outil innovant de prélèvement de traces biologiques.
 

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces innovations, êtes vous un précurseur en la matière du point de vue de leurs valorisations ?

Cet outil de prélèvement, baptisé GendSag, est destiné à l'analyse rapide et directe d'ADN au plus prés de la scène de crime. Il s’agit d’une innovation fruit de travaux de recherche et développement réalisés dès 2014 avec l’appui de mon chef de division par des techniciens de mon unité. Cette invention a fait l'objet d'une requête en brevetabilité déposée par la gendarmerie au nom de l’Etat auprès de l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) en février 2015. Il s’agit d’un écouvillon avec des propriétés physico-chimiques innovantes. Il permet de réaliser instantanément l'une des trois étapes d'analyses conduisant à l'obtention d'un profil génétique en moins de 2 heures alors que plusieurs heures et de multiples manipulations sont nécessaires avec les écouvillons traditionnels, tout en optimisant la collecte du matériel génétique. Il simplifie donc le prélèvement, limite les étapes intermédiaires de manipulation et présente surtout l’avantage de pouvoir être utilisé pour des analyses ADN rapides, soit dans un laboratoire conventionnel ou directement sur le terrain. Depuis novembre 2016 cet écouvillon est testé en doublon avec les systèmes traditionnels sur le terrain par des techniciens en identification criminelle de plusieurs unités territoriales. En complément du dispositif GendSAG, je propose à mes chefs dès 2015 un modèle de laboratoire mobile dédié à la réalisation d’analyses ADN au plus près de la scène de crime. Cette nouvelle invention a également fait l’objet d’une requête en brevetabilité déposée dans les mêmes conditions auprès de l’INPI en mai 2016. L’implication directe de mon chef de division permet d’obtenir l’agrément de ce laboratoire mobile par la commission interministérielle le 06 janvier 2016. Sa première projection opérationnelle lors de l’attentat de Nice le 14 juillet 2016 a grandement contribué à l’identification rapide de l’ensemble des victimes.

Une licence d’exploitation a été cédée pour chacune de ces inventions à deux industriels, l’un Français et l’autre Européen. Je suis le premier militaire de la gendarmerie à revendiquer une invention au nom de l’Etat et c’est à ce titre que je bénéficie d’un processus de valorisation qui à ma connaissance est une première pour l’Administration.

Pour parvenir à tous ces résultats, j’ai eu la chance de bénéficier de l’expérience, du soutien constant et de l’attention de mes chefs directs et de l’opportunité de rencontres et du soutien d’une structure de valorisation mise en place par la direction générale de la gendarmerie nationale.

Comment voyez-vous votre avenir au sein de l’institution ?

Je souhaite poursuivre ma carrière au sein de l’IRCGN avec de nouvelles opportunités en matière d'encadrement, notamment dans le domaine de la recherche scientifique appliquée aux besoins des investigations de police technique et scientifique. C'est la raison pour laquelle mes chefs m'ont orienté vers l'obtention d'un titre de docteur ès sciences. Je suis également motivé pour découvrir la vie des gendarmes des unités territoriales. Je serai ainsi très heureux de pouvoir exercer le commandement d’une unité opérationnelle de niveau TC2. Je suis certain de pouvoir y apporter mon expérience mais également m’y enrichir en étant confronté aux réalités du terrain. Cela me permettrait de revenir au sein du Pôle Judiciaire la Gendarmerie Nationale avec des idées plein la tête pour faciliter la vie de nos gendarmes et faire progresser la criminalistique.

  

Extrait de l’interview du Commandant par la Revue Gendarmerie.

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