ÉPISODE 1/2 :  Laëtitia Perrais, les gendarmes et les quatre scènes de crime.

Série en exclusivité "Les jours" : à chaque crime, il y a une technique pour confondre le coupable. Deux journalistes de "les jours" en immersion au PJGN ont pu se glisser sous le microscope de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) pour raconter de l'intérieur les plus grandes enquêtes sur des meurtres que la science a aidé à résoudre.

Découvrez ici la première partie de l'épisode consacré à Laëtitia Perrais, les gendarmes et les quatre scènes de crime. «Les Jours» s’installent dans le labo de la gendarmerie, pour raconter de l’intérieur comment la science aide à résoudre les meurtres...

Je prenais régulièrement ma voiture personnelle pour remonter à Rosny-sous-Bois les scellés qui contenaient les éléments à analyser dans le cadre de l’enquête » explique, comme s’il s’agissait d’une évidence, le major Jean-Michel Erceau.

La cinquantaine, le gendarme, coordinateur de la chaîne criminalistique (Cocrim) au cours de l’enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais, insiste : « J’étais le garant de ces scellés. Je me devais de m’assurer qu’ils arrivaient à bon port. »

Sens de la responsabilité palpable jusque dans sa posture très droite, le major n’a jamais lésiné sur les kilomètres pour mettre ses indices en sécurité. Les destinataires desdits scellés ?

Les scientifiques de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), alors situé dans son fort historique de Rosny (Seine-Saint-Denis), et désormais installé dans des bâtiments ultra-modernes à Pontoise (Val-d’Oise). Il ne se doute pas encore que l’affaire va les mobiliser comme jamais.

Le major Erceau comprend très vite qu’il va avoir besoin de l’aide des experts scientifiques de la gendarmerie pour retrouver Laëtitia Perrais

Le 19 janvier 2011 à 7 h 30, Jessica, 18 ans, la sœur de Laëtitia, toutes deux placées en famille d’accueil à Pornic (Loire-Atlantique), découvre le scooter de sa jumelle abandonné, couché sur le flanc, à une cinquantaine de mètres de chez elles, clé sur le contact. Les ballerines noires de sa sœur juste à côté.

À 10 heures, le major Erceau, affecté à Nantes, l’une des deux sections de recherche des Pays de la Loire avec Angers, est désigné pour piloter la partie criminalistique de l’enquête.

Il arrive sur place à 11 h 45. Et comprend très vite qu’il aura besoin de l’aide des experts scientifiques de la gendarmerie. « Une fois le lieu sécurisé, je demande l’autorisation d’y entrer. Je fais le point avec le technicien en identification criminelle (TIC) qui est déjà sur place. Je constate que le scooter a été percuté. Il y a des traces de frottement sur la tôle, et des traces de freinage sur le bitume. Le scooter est mis sous scellé. On en démonte la pièce endommagée pour qu’elle soit analysée. On demande à la famille d’accueil la brosse à dents et la brosse à cheveux de Laëtitia, qui partent à l’IRCGN pour obtenir le profil génétique de la jeune femme », se remémore-t-il avec une précision stupéfiante près de dix ans plus tard, dans une salle du bâtiment de Pontoise où nous le rencontrons.

 

Le jour même de la découverte du scooter, alors qu’il ne s’agit encore que d’une *«disparition inquiétante», le pôle d’excellence de la gendarmerie est déjà à pied d’œuvre dans ses laboratoires. Créé en 1987, l’IRCGN, qui fait partie du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, doit son existence au fiasco de l’enquête sur le meurtre de Grégory Villemin. Le 16 octobre 1984, lorsque le corps de l’enfant est découvert dans la Vologne (Vosges), badauds et journalistes se précipitent sur les lieux. La scène de crime est piétinée, effaçant des traces qui auraient peut-être permis d’élucider l’affaire. Aucune méthodologie criminalistique n’est appliquée à l’époque. Une prise de conscience salutaire fait alors basculer la gendarmerie nationale dans l’ère moderne de la forensique. Depuis lors, tout a changé.

C’est une course contre la montre. Il nous faut rechercher et prélever toutes les traces potentielles, de façon exhaustive. Or, certaines s’altèrent avec le temps.» Le colonel Christian Fillon, directeur adjoint de l’IRCGN 

Il est 14 heures ce 19 janvier 2011 lorsque l’énergique colonel Fabrice Bouillié, aujourd’hui à la tête du Service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale (SCRCGN), second pilier avec l’IRCGN du Pôle judiciaire de la gendarmerie à Pontoise, arrive à Pornic. Il est alors commandant à la section de recherche d’Angers : « Lorsqu’un jeune adulte disparaît, on engage très vite de gros moyens », explique-t-il au quart de tour, sans chercher à masquer que cette affaire l’a « marqué ».

En parallèle du versant scientifique de l’enquête, des gendarmes s’activent pour reconstituer le parcours de Laëtitia la nuit du 18 au 19 et découvrent que, la dernière fois qu’elle a été vue, la jeune femme sortait d’une Peugeot 106 blanche conduite par un homme. Il s’agit dès lors d’identifier le conducteur. Une nouvelle équipe de gendarmes est chargée d’interroger ses indics, pudiquement appelés « sources humaines de renseignement » par le colonel Bouillié.

À 20 heures, le nom de Tony Meilhon émerge. « On travaille sur Tony Meilhon et on découvre une personne au passé sulfureux, agressif, qui peut avoir un rapport tendu avec les femmes », poursuit le haut gradé. Les informations recueillies donnent à penser que le trentenaire a séquestré sa victime pour lui faire subir des sévices sexuels. « Je décide de faire appel au GIGN », relate le colonel Bouillié.

À 6 heures du matin, l’unité d’élite pénètre en force dans la maison du cousin du suspect, où il est hébergé, et l’interpellent. Défiguré par le barillet de la porte qui a été propulsé sur son visage par la violence de l’effraction, le multirécidiviste est identifié par ses tatouages et ses empreintes digitales, conservées dans le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), actuellement gérée par le SCRCGN.

Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), actuellement gérée par le SCRCGN.

Une nouvelle potentielle scène de crime doit maintenant être gelée, perquisitionnée et passée au peigne fin. Et elle est extrêmement vaste (...)

 

 

à suivre... la deuxième partie de cet épisode, vendredi prochain !

 

À noter : Toutefois, si vous êtes trop curieux, vous pouvez découvrir l'épisode complet et enrichi en ligne sur "les jours" (pour abonnés)

 

En savoir plus sur le gel de la scène de crime

 

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* DISPARITION INQUIÉTANTE

Tout signalement de disparition d’un mineur ou d’un majeur protégé (sous tutelle, curatelle…) est considéré comme inquiétant. Concernant un adulte, il revient aux service de police et de gendarmerie de déterminer si la disparition présente un caractère inquiétant ou suspect, eu égard aux circonstances, à son âge ou à son état de santé. Si une disparition est jugée inquiétante, son signalement sera communiqué au niveau national dans les deux heures.

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